CHAPITRE IX
AFFECTIONS DIVERSES
Ce chapitre comprendra un ensemble d’affections sur lesquelles la radiothérapie a donné des résultats plus ou moins contradictoires; le nombre limité d’expériences ne permet pas de se faire une opinion exacte sur la valeur de la méthode.
NÆVI
La radiothérapie a été appliquée par quelques praticiens au traitement des nævi, sans beaucoup de succès.
Ces lésions se divisent, d’après Brocq, en deux grandes classes : les nævi pigmentaires et les nævi vasculaires. Les premiers comprennent les nævi spili, les nævi verrucosi et les nævi hypertrophiques non vasculaires.
Si les nævi sont recouverts de poils, les applications radiothérapiques peuvent facilement les rendre glabres. 11 semble même que les formes verruqueuses et hypertrophiques soient améliorées. Mais nous savons que l'électrolyse agit bien sur ces formes. Elle est, par contre, inefficace sur les nævi pigmentaires plans et surtout sur les nævi vasculaires plans. La radiothérapie, sans être une méthode sûre et facile à appliquer, donnerait, dans ces cas, de meilleurs résultats.
Gocht a publié quelques observations. Scholtz, dans un cas
AFFECTIONS DIVERSES
de nævus pigmentaire, obtint une guérison apparente, en produisant par les rayons X la nécrose superficielle de la peau. Mais quelque temps après la réparation, la pigmentation semblait vouloir se reproduire de nouveau.
Jutassy a traité par cette méthode un cas de nævus vasculaire. Il s’agissait de ce que l’on appelle vulgairement une tache de vin. Le nævus s’étendait sur la moitié du visage et empiétait sur les muqueuses nasale et buccale. La région malade fut exposée aux rayons X, de façon qu’une réaction violente, accompagnée de croûtes, de chute de l’épiderme, survienne sur toute la surface atteinte de nævus. L’épiderme se reforma et fut normalement coloré. Un an et demi après la guérison, il ne s’était pas encore produit de récidive. L’auteur explique ce succès par l’action des rayons X sur les vaisseaux sanguins : ils en provoqueraient la contraction, l’inflammation et l’oblitération.
Scholtz, à la clinique de Breslau, fut moins heureux : il ne put arriver à faire disparaître des nævi vasculaires par la radiothérapie.
Dickson, de Toronto, a relaté un cas de nævus vasculaire qui a été très amélioré.
Xous avons traité, à l'hôpital Broca, une jeune fille qui présentait sur la figure un nævus plan vasculaire (tache de vin . La lésion occupait presque toute la moitié gauche du visage.
La malade avait déjà été soumise à la photothérapie et à l’électrolyse, sans amélioration notable. Les applications radiothérapiques furent conduites de façon à éviter toute réaction violente. La coloration ne se modifia pour ainsi dire pas.
Résolus d’agir plus activement, nous avons prévenu la patiente qu’il faudrait, pour la guérir, déterminer une réaction violente sur toute la surface atteinte. Avec son assentiment, nous avons fait absorber, à la peau de la joue, une quantité suffisante pour obtenir une violente inflammation, avec chute de l’épi-
AFFECTIONS DIVERSES
derme. Les rayons furent choisis très peu pénétrants, n°4 environ, et la dose fut de 10 H environ. L’épiderme se souleva en phlyctènes, et tomba. Au bout d’un mois environ, la réparation fut complète. Le tissu néoformé n’a presque pas l’aspect cicatriciel, et sa coloration est à peine un peu plus rosée que celle de la peau normale. En quelques points, où la réaction a été moins vive, la coloration est plus foncée, et une nouvelle intervention sera nécessaire.
Ce qui est certain, c’est que l’acpect actuel n’est pas comparable à celui qui existait jadis, et tout nous fait espérer que nous arriverons à modifier presque totalement la coloration du visage de cette jeune fille.
Cette observation semble prouver que. dans cette forme du moins, on ne peut obtenir de résultat satisfaisant qu’en provoquant une radiodermite suffisante pour déterminer la chute de l’épiderme. L’écueil à éviter est d’agir plus profondément, car alors la réparation serait longue à se faire, et la cicatrice consécutive pourrait être disgracieuse. Aussi, nous semble-t-il que la dose de 10 H ne devra pas être dépassée, par application. On devra attendre que l’inflammation se soit calmée pour recommencer.
Dans les formes où l’électrolyse donne de bons résultats, elle devra être préférée à la radiothérapie, car son application est plus simple, moins dispendieuse et n’expose pas aux mêmes dangers.
INTERTRIGO
Williams croit que de bons résultats ont été obtenus dans cette affection par la radiothérapie.
Il faudrait savoir ce que cet auteur entend par le mot : intertrigo; car, pour nous, il exprime un S3'mptôme et non une affection.
AFFECTIONS DIVERSES
HERPES ZOSTER
Williams cite deux malades qu’il a soignés par cette méthode.
Le premier fut soulagé par une seule application, mais dut cesser le traitement pour affaire.
L’autre vit disparaître les sensations de brûlure et la douleur après de légères irradiations. Le traitement fut alors suspendu, mais les douleurs reparurent. Une nouvelle irradiation les fît totalement disparaître.
Une de nos malades, atteinte d’un cancer du sein, eut, au cours du traitement, un zona très douloureux, qui ne parut pas sensiblement modifié (douleurs) par la radiothérapie. Il faut reconnaître que le traitement fut plutôt appliqué sur la tumeur cancéreuse que sur le trajet du nerf malade. Du reste, la réunion de ces deux affections compliquait la situation.
XÉRODERMIE PIGMENTAIRE
Jamieson obtint par la radiothérapie la disparition de cette affection chez une petite fille de 12 mois. La lésion avait débuté sur l'aile du nez et envahi peu à peu la figure. Il fit 84 irradiations : une dermatite se produisit et la lésion disparut.
Allen rapporte un cas de xérodermie généralisée. Les deux yeux étaient atteints. L’un fut détruit ; l’autre fut préservé, grâce au traitement par les rayons X.
Par contre, quelques auteurs n’ont obtenu aucune amélioration par cette méthode.
KRAUROSIS VULVÆ
Stower Denver a publié, en 1903, l’observation d’une femme atteinte de cette affection, et traitée par les irradiations de
AFFECTIONS DIVERSES
Rôntgen. La malade était âgée de 50 ans. Le traitement n’a pas donné de bons résultats. La lésion s’est aggravée ; les régions irradiées ont été envahies par un érythème érysipélatoïde. Huit à quatorze jours plus tard, les parties malades (petite lèvre et partie de la muqueuse vaginale) se sont mortifiées et sont tombées.
Sans vouloir critiquer le manuel opératoire de l’auteur, puisqu’il ne donne pas de mesures, il semble que, d’après la marche des phénomènes, cet insuccès doive être attribué à une irradiation trop intense, qui a déterminé la nécrose des parties traitées.