L'ARIZONA
plus ou moins d'abondance. Humboldt a dit de ce pays que la richesse du monde y était renfermée. En effet, on y trouve de l'or à l'état natif dans son enveloppe de quartz. Il est aussi combiné avec du fer, du soufre, du plomb, du zinc, du cuivre, etc. L'argent se montre dans son état primitif sous diverses formes. 11 en est de même du cuivre. Tous ces mélanges compactes indiquent un état de bouleversement de la terre dontles époques nous sont inconnues. Jusqu'à présentées trésors, plutôt encore supposés que con« nus, ont été à peine fouillés, à cause des empêchements de communication dus à l'absence de chemins de fer; mais déjà des usines ont été créées, des mines découvertes et le produit de leur exploitation s'est graduellement élevé.
Ainsi, en 1870, l'or et l'argent découvert ont produit 1,942,403 dollars; en 1880 4,472,471 ; en 1881 8,198,766; en 1882 9,298,267.
En 1883, l'une des mines ayant suspendu ses opérations, une grève s'en est suivie, qui n'a point permis de constater les résultats. Mais l'intervention militaire, vu l'insuffisance de la milice, a ramené l'ordre. Des arrangements sont intervenus avec les mineurs qui ont permis la reprise des travaux.
La même progression a eu lieu pour les mines de cuivre dont, en trois ans de temps, la production s'est avancée de deux millions à quinze millions de livres pesant (1).
Toutes ces mines ne prendront leur complet essor qu'à l'aide de chemins de fer de grande communication, dont deux déjà atteignent ce pays; d'autres les suivront bientôt.
Quant à l'agriculture et aux pâturages, quelques comtés sont suffisamment arrosés, tandis que d'autres sont privés d'eau entièrement, et il faut recourir à la création de canaux d'irrigations et à des puits artésiens, sans lesquels de vastes contrées resteraient à tout jamais stériles. Il en est de même des pâturages dans nombre desquels l'eau
(1) Voir The report of the Governor of Arizona, 30 septembre 1883, p. 507.
manque, ce qui rend impossible de ce côté d'élever de nombreux bestiaux des races ovine et bovine.
L'eau et les chemins de fer sont les grands besoins de ce territoire, et, avec l'aide du Congrès, il arrivera à un état aussi prospère que les autres, pour ne pas dire davantage, vu sa richesse naturelle.
Beaucoup <X haciendas, des colonnes, de magnifiques ruines se trouvent dans diverses parties de ce territoire, et attestent l'état de civilisation des populations antérieures, qui faisaient usage de pâturages, cultivaient la terre et la vigne, et exploitaient le minerai; mais cet état de colonisation pratiqué par les Aztèques fut anéanti par les agressions des Indiens de la tribu des Apaches, qui détruisirent tout ce qui se trouvait sur leur passage.
Les émigrants qui, aujourd'hui, s'avancent sur ce territoire, sont des travailleurs Mexicains, agriculteurs et pâtres, et des Américains aptes à tous les travaux; mais jusqu'à présent ils sont insuffisamment protégés contre les Indiens de la tribu des Apaches, au nombre de 25,000 environ, dont les réserves sont enclavées dans ce territoire. Tous ne sont pas hostiles, tous n'ont pas pris les armes contre les habitants; mais les quelques bandes qui se sont soulevées en 1882 ont nécessité l'intervention militaire qui, en leur infligeant une sévère répression, les a ramenés au calme dans leurs réserves de manière à rétablir la sécurité de ce côté. Cependant les réserves de ces Indiens renferment, paraît-il, les terres les plus riches dont ils ne font rien. Ce serait chose utile de la part du Congrès d'acheter ces terres et de caser les indigènes sur d'autres réserves où rien ne serait à craindre ni pour eux ni pour les habitants du territoire.
L'insécurité des habitants n'était pas due seulement aux invasions des Indiens delà réserve San-Carlos et d'autres ; mais aussi aux vols, aux déprédations des Mexicains du voisinage. Là se trouvent de hardis brigands qui enlèvent des troupeaux de bœufs, font la contrebande et violent les lois du territoire impunément. Ces attentats et ces fraudes
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appellent une vigoureuse répression, réclamée avec instance par le gouverneur. Ces misérables dépouillent les citoyens, inquiètent les gens paisibles et empêchent ainsi le développement du territoire de ce côté (1).
Une autre cause encore vient agiter l'Arizona. Dans quelques localités, notamment dans le comté d'Apache, des Mormons, en assez grand nombre, sont venus s'établir, conlraints qu'ils sont de quitter l'Utah, afin de pouvoir continuer les pratiques de la polygamie qui heurtent les sentiments chrétiens d'Arizona (2). Des poursuites judiciaires ont déjà été exercées contre quelques-uns d'eux qui voudraient, fervents missionnaires, étendre cette phalange en Arizona. Tout territoire de nouvelle formation, recevant desémigrants de tous pays et de toutes croyances, doit se mettre en garde contre l'invasion de pratiques plus ou moins antisociales, afin de diminuer d'autant le trouble et les désordres sociaux qu'entraîne cet amalgame d'éléments hérélogènes, qui résistent aisément à la règle, et qu'on ne domine que par l'application de la loi pénale. On cherche à réprimer, à prévenir; mais le bras séculier est lent à agir et laisse consommer beaucoup de méfaits qui paralysent les émigrants, les settlers, et arrêtent les progrès de la colonisation.
Une autre cause encore, et celle-là est grave, vient arrêter l'occupation générale de ce territoire. Nous voulons parler des réclamations de terres considérables qui sont déjà faites et qui peuvent se faire, en vertu de titres mexicains.
Des fraudes monstrueuses se sont déjà faites par la production de titres faux qui ont été confirmés par la nonchalance ou la corruption des agents chargés d'éclairer la justice. Aucune prescription ne peut être opposée aux réclamants, qui s'appuient sur le traité de Guadaluppe hidalgo, de telle sorte que le sol acquis par ce traité est paralysé par la crainte d'évictions imprévues, mais que
(1) Voir The report of the Governor, 1er octobre 1887, p. 760. — (2) Voir The report ofthe Governor, 25 octobre 1884, p. 530.
tout rend possibles, attendu que les titres invoqués ne se peuvent connaître que lorsqu'ils sont produits à la diligence des réclamants. Peu importe que les titres portent sur des towns ou sur des propriétés particulières, bâties ou occupées sur des présomptions favorables. Si la réclamation (private daim) est fondée, les cours de justice doivent consacrer le titre et assurer force à la loi, c'est-à-dire au traité de cession qui est the law of the land (la loi du pays).
Il est à peine croyable qu'un grand peuple se considère comme à ce point enchaîné par un traité de cession de territoire, qu'il ne soit pas le maître d'assigner à ces revendications les limites de durée par des avertissements réitérés donnés aux parties intéressées, parla voie des journaux, afin qu'elles ne puissent prétendre cause d'ignorance, si elles n'exerçaient point leurs droits dans les délais déterminés. Ces considérations s'appliquent à tous les territoires et Etats créés sur les terres acquises de la France, mais principalement du Mexique; car ce sont celles-là qui, plus que d'autres, sont très recherchées aujourd'hui.
L'éducation est fort négligée sur ce territoire, faute de ressources. L'on a adopté cependant un système d'écoles : 97 écoles ont été créées et réparties par comtés eu égard à la force de chacun d'eux; mais l'argent, qui est le nerf des écoles comme de tout autre chose, manque. L'on a fait appel au Congrès pour qu'il accorde dès maintenant au territoire, avant son admission comme Etat, les 16e et 36e sections des townships. Jusqu'à présent cet appel n'a point été accueilli, et il ne paraît pas que ce corps politique veuille rien changer à l'ordre établi, ce qui l'entraînerait trop loin. La population d'Arizona qui, d'après le recensement de 1880, s'élevait à 40,440, montait en 1887 à 90,000 âmes. Ce chiffre croissant prouve que la richesse du sol commence à être mieux appréciée et va en augmentant (1).
Plusieurs tribus indiennes sont établies sur ce territoire.
(1) The report of the Governor, 1887, p. 753 et suiv.