‹ La rafale. Samson. Illus. d'apres les dessins de ReneferChapitre 11 sur 76 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

HELENE. LEBOl'HG

Les Mêmes, LA BARONNE

leboirg, changeant soudain de visage. — Il commence à m'embêter, ton Aniédée !

Hélène. — Mon Aniédée!

leboirg. — Naturellement! Sans ta protection, il y a beau temps qu'il ne fieberait plus les pieds chez moi !

Hélène. — Ecoute, il ne nous accable pas de ses visites. Et. eu effet, je désire re.-ter l'amie de Geneviève... Puis, franchement, nous avons eu des torts envers Aniédée.

leboi rg. — Des torts!... Pour tenir une promesse en l'air, je devais te donner à cet individu qui te déplaisait, à ce polisson Parfaitement, à ce polisson ! Depuis ton mariage, il ne cherche qu'a me nuire! Le voilà lancé dans le socialisme, uniquement pour me compromettre aux yeux des gens du monde. Tu ne le crois pa.- F

Hélène. — Si. Mais que t'importe?

leboitrg. — Oh! je m'en consolerai. Ce grotesque m'a agacé, voilà tout. Je vous avais ménagé une surprise...

Hélène. — Une surprise?

lebourg. — Et une belle!... Mon enfant, ouvre tes oreilles... Ton père s'est comporté tantôt en grand diplomate. Résultat : Graveline et la duchesse dînent ici ce soir.

hélène, calme. — Ah!

lebolrg. — Comment : «i Ah ! » ? Me comprends-tu bien F Le duc et la duchesse de Graveline dînent pour la première fois au château... et ils y coucheront.

hélène. — Eh bien, oui!

lebourg. — C'est juste... Tu ne te rends pas compte de certaines choses... Tu as des lacunes. Enfin, sache que cette invitation impromptue fut un trait de génie. Si je l'avais prié quinze jours d'avance, le duc aurait trouve une échappatoire... Très probablement je le manquais. Il fallait bondir sur l'occasion. J'ai bondi. Cet après-midi, Graveline me parlait d'une soixante-chevaux qu'il essayait après les course.-. Il a eu l'imprudence de me demander un itinéraire... Il était pris ! Je lui ai répondu négligemment : • Venez donc à Champville, ravissante promenade. . Vous dînerez chez moi dans l'intimité... Nous sommée une vingtaine... » Il m'a objecté le retour à la nuit. << Passez la nuit au château' Et des vêtements? Et P nez votre femme de chambre. Elle prendra le train avec une malle pour la duché aire ! » Ri-

poste à tout! Pas moyen de me résister!... Bref, ils vont arriver. Avoue que c'est joli!

la baronne, qui entre en coup de vent. — Ah! Charles!... 11 y a longtemps que tu es rentré F

leboirg, sec. — .. que vous êtes rentré? Oui. Non, à l'instant! Ma chère amie, une nouvelle : Graveline et sa femme viennent dîner.

la baronne. — Gra... Tu te moques... Vous vous moquez de moi !

lebourg. — Ne perdons pas de temps. Je vous répète que...

la baronne. — Vovoiis ! c'est sérieux?...

LA BARONNE. - Alors?

Le duc de... Mais expliquez-moi... Vous avez pu comme cela...

lebourg. — Oui, j'ai pu.

la baronne. — Vous êtes étonnant !...

leboi-Rl.. — Merci. Vous me complimenterez plus tard. Pour l'heure, un problème se pose. Qui mettre à votre droite?

la BARONNE. — Mais le duc!

leboirg. avec un rr<j<ird dr pitié agacée. — Quel duc?

la baronne. — Quel duc... (Un temps. Piteuse.) Mon Dieu, mon Dieu, je n'y pensaiplus!... Nous en avons deux.

lebourg, méprisant. -- Exactement!

la BARONNE. — Oh! (Un temps. Très perplexe.) Eh bien, il faut mettre... il faut mettre...

lebourg, tonitruant. — Il faut, il faut!... Ne tranchez donc pas de la sorte, ma chère!... Il faut!... Aux courses, j'ai consulté

Mais

des compétences et les opinions étaient très partagées.

hélene, doucement. — Papa, il me paraît qu'entre le duc Brial, qui est général, qui est décoré, qui a soixante-cinq ans, et un gamin comme Gr a véline...

lebourg. — Et allez donc !... Mais, ma pauvre petite, l'âge ne signifie rien eu ces matières. Ce serait trop commode!... Je le sais que Brial est général de brigade et je sais aussi que son grand-père était maréchal de Napoléon, mais son arrière-grand-père vendait du drap... et pas pour son compte encore!... iEffrayé de ses paroles.) Oh! je ne médis pas de la noblesse d'Empire ! Ces genslà sont les fils de leurs œuvres. Mais n'ou- I lions pas que les Graveliue ont du sang royal !

LA BARONNE. Royal ?

lebourg. — Parfaitement ! Très peu., si peu qu'il y en ait, il n'en est pas moins royal. Enfin, vous ne nierez pas que Graveîine soit un des plus beaux et des plus vieux noms de France, et, comme me le taisait très justement observer M. de Chalon- Croucy, si cent ans passent avant mille ans, où allons-nous? (.1 sa femme.) Hein?

la baronne. — Il y a du vrai.

lebourg. — D'autre part, je ne voudrais pour rien au monde désobliger mon vieil ami Brial... Je suis très tourmenté

LA BARONNE. Alors ?

lebourg. — Je vais encore réfléchir sérieusement, en m' habillant, et un quart d'heure avant le dîner je donnerai mes ordres. Ah ! chère amie, lorsque les Graveline seront signalés, nous irons, vous et moi, les attendre sous le péristyle et vous conduirez vous-même la duchesse à sa chambre.

la baronne. — Directement?

lebourg. — Directement. Si les Graveline no connaissent pas tous nos invités, les présentations se feront avant que nous nous mettion- à table. Tels sont le^ usages.

Hélène. — Tu crois?

lebourg. — Je ne crois pas, je suis certain, .j'ai pris mes informations.

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