SCÈNE VIII
GRACE, LE GOVAIN
le govain. — Il est rigolo, décidément...
grâce. — Très curieux !
le govain. — Trop vulgaire, par exemple.
grâce. — Pas si vulgaire!
le govain. — Qu'est-ce qu'il vous faut?
grâce. — Je ne déteste pas son allure. Il a l'air d'un homme de lutte...
le govain. — Il a l'air de ce qu'il a été... d'un homme de peine, oui!... d'un débardeur..
Un temps.
grâce, tranquillement. — Tu couches avec 6a femme, n'est-ce pas?
le govain, sursautant. — Hein?
grâce. — Je dis : tu couches avec sa femme, avec la femme de Bracliart ?
le govain. — Ah çà, tu perds la raison, toi!...
grâce. — Tu vois bien que non.
le govain. — Soignez-vous, ma petite Grâce! Le sanatorium, l'isolement, vite!
grâce. — Mou vieux Jérôme, tu es l'amant d'Anne-Marie.
le govain. — Enchanté de l'apprendre 1 Excellente nouvelle !
grâce. — - Jessie, a ce petit jeu-là, tu ne me rouleras pas... les choses de l'amour, c'est ma partie, vois-tu.
le govain. — En ce cas...
grâce. — Inutile de t'effarer!
le govain. — Je m'effare?
grâce. — Je suis sans doute la seule h me douter... Je t'aime encore un peu... Alors j'observe... Quand je suis entrée, tu envoyais un petit signe tendre à ton Annette... Et, bien d'autres fois, j'ai remarqué...
le govain. — Ainsi, tu t'imagines sérieusement...
grâce. — Je ne peux pas me tromper.
le govain. — Annette que j'ai connue haute comme ça !
grâce. — Parfaitement! Et ses parents te traitent un peu comme un fils... Et le mari te rend des services que tu reçois avec impatience, avec un certain dégoût... L'entreprise était cynique, vicieuse, dangereuse,
mais, au grand jamais, Anne-Marie ne consentirait, ne souffrirait...
le govain. — Ainsi, qu'un de ces soirs je décide cette enfant à se distraire un brin, à s'amuser avec nous, tu colporterais aussitôt que je suis son amant ! Tu en as de joyeuses !
grâce, stupéfaite. — Alors, c'est elle qui vient au souper?
le govain. — Tu es bête !
grâce. — Je l'ai été, mais ça passe, ça s'en
GRACE. — Tu couches avec sa femme, n'est-ce pas"?
en plu=... Il n'en a pas fallu davantage pour te tenter.
le govain. — Fortement déduit !
gbace. — • Je connais ton cœur, ma belle!... ça m'a instruite, d'en souffrir!
le govain. — Le cœur d'Anne-Marie, tu le devines par-dessus le marché !
grâce. — Anne-Marie... Elle doit faire une petite maîtresse assez passionnée... Je le crains... Elle a de qui tenir... Françoiso d'Ândeline était une des femmes les plus amoureuses, les plus ardentes... Et le pauvre Nono...
le govain. — Infortunée Grâce... Tout ce qui passe dans cette tête-là!
GBACE. — ■ C'est Annette que tu comptes produire au Café de Paris?
i.i. govain, qui essaye de donner le change. — Ju
gbace. Son... tout de même tu n'irais
g as jusque-là!... Profiter du sommeil do raehart... (Riant.) Méfie-toi! Il est fou <!<• sa femme, il <!oit rôder dans l'hôtel... (Elle réfléchit.) Non! Non!... Impossible!... Ja-
va... Sincèrement!... Quel Jessie, si la petite te plaît..
le govain. — Chut !
bonheur!... mon