‹ La rafale. Samson. Illus. d'apres les dessins de ReneferChapitre 54 sur 76 · GRACE, JACQUES · texte numérisé non relu

GRACE, JACQUES

grâce. — Le sous-préfet, la sous-préfète ■du Monde où Von s'ennuie! (Jacques s'est relevé.) Tiens, vous ne riez pas, vous!

jacques, qui tente de plaisanter. — Il n'y a, pas de quoi rire.

grâce, sérieuse. — Mon pauvre ami!

jacques. — Vous me plaignez?

guace. — Un peu. Je ne suis pas heureuse non plus... Et nous sommes des copains, Jacques, de vieux copains, n'est-ce pas?

jacques, qui la regarde de coin. — Certes!

grâce. — Tout cela m'agace pour vous... •m'attriste...

jacques. — Tout cela ?

grâce. — Décidément la vie n'est pas une aventure très propre... Enfin!... Bonsoir, Jacques...

jacques, qui caresse la main de Grâce. — • 'Grâce...

grâce. — Mon cher?

jacques. — Soyez chic... Est-ce qu'elle me trompe ?

grâce, candide. — Anne-Marie?

Jacques. — Biea sûr, Anne-Marie... Elle me trompe, hein?

grâce. — Mais non!... A quel propos me...

jacques. — Sans propos! Ces machines-là traversent leur homme, comme un courant... Longtemps on contient de vagues choses empoisonnées, on souffre obscurément... on ne s'explique pas avec soi-même... Et soudain, la vérité vous suffoque... Il a suffi d'une impression, d'un regard... Tenez, votre regard, à la seconde! Votre voix!... (Protestation de Grâce.) Anne-Marie nie trompe! Je parie qu'elle me trompe. J'en réponds. Grâce, soyez gentille... Ne me tourmentez pas!...

grâce. — Mais vous me faites mal!... Je ne sais rien.

jacques. — Si! si! vous savez!... vous savez à merveille.

guace. — Je ne sais rien! lâchez-moi... Je vous affirme que je ne sais rien!... Vous me faites très mal... (Un temps. Jacques s'est éloigné d'elle.) Mon ami, votre état me navre. Vous êtes pris terriblement...

jacques. — Oui. Rien d'autre n'existe. Je veux l'amour de cette petite-là. Et je ne le veux pas qu'un peu... Je le veux comme j'ai voulu tout le reste... comme j'ai voulu ne pas croupir dans la pauvreté... comme j'ai voulu mon argent, ma place au soleil... le monde... Je le veux plus... incroyablement plus !...

grâce. — Jacques, Jacques, prenez garde!... Il ne s'agit plus de combiner des plans, de tomber des gens de finance, d'emporter une fortune... Vous vous heurtez au petit cœur d'une femme... C'est joliment dur un cœur qui ne vous aime pas. Les plus victorieux se brisent.

jacques. — J'attendrai... Je sais attendre...

gkace. — Vous attendrez quoi?

jacques. — Mon heure. Oh ! ça signifie quelque chose. Elle est toujours venue, mon heure... Il faudra bien qu'elle vienne cette fois comme les autres. Et alors...

grâce. — - Je vous souhaite de guérir... Adieu, mon cher Jacques.

jacques, très calme, tout à coup et avec un petit ricanement. — Ho! ho! ho!... Non.

Il la retient doucement.

grâce. — Comment ?

jacques. — Non, ne me traitez pas en ga ga . . . Pas encore !

grâce. — Mais...

jacques. — Je me suis livré... vidé... Vous avez recueilli mes secrets, mes cris, presque mes larmes... Et maintenant, vous me planteriez là ? Impossible ! « Chacun son tour! » A vous, Grâce!

grâce. — Enfin, mon ami, que...

jacques. — Votre ami vous a posé une question... Et il ne l'oublie pas... Répondez!

grâce. — Jacques, laissez-moi tranquille!... Je vous répète...

jacques. — Grâce, mon enfant, ne jouez pas des petits jeux avec Brachart!... Vous me connaissez un peu, vous ! Il ne fait pas bon être mon ennemi.

grâce. — Des menaces?

Jacques. — Pourquoi pas? Et puis des actes... Et puis tout!

grâce. — Délicieux! Vous êtes délicieux!

Jacques. — ■ A quoi sert cette comédie?... Tu brûles de me confier ton histoire!... Tu en brûles! Raconte! Vas-y!

grâce. — Ainsi, vous me prenez pour une femme méchante?... pour une dénonciatrice ?

jacqles. — Non ! Cn intérêt te guide, que j'ignore. Vas-y!... vas-y donc!

grâce. — Ecoutez, Jacques...

Jacques. — A la bonne heure !

grâce. — Je ne suis guidée par aucun intérêt.

JACQUES. Soit.

grâce. — ■ Seulement je garde pour vous un sentiment très sincère...

Jacques. — Et partagé...

grâce. — Je me souviens de notre hiver, là-bas... il y a cinq ans... Je me souviens des nuits du Khedivial Palace... Et, depuis, tu t'es montré un ami... un homme discret, honnête...

jacques. — C'est le moins !

grâce. — Je t'en demeure reconnaissante... Aujourd'hui, tu es dans la peine... Alors, voici : je viens d'apprendre que tu partais pour Londres...

jacques. — Exact! (Regardant sa montre.) Dans huit minutes il faut que...

grâce. — - Ce voyage est important?...

jacques. — Très.

grâce. — En ce cas...

jacques. — Marchez toujours!

guace. — J'allais vous donner le conseil de ne pas prendre le train, de faire semblant de le prendre et de rester à Paris.

jacques. — Parce que?

grâce. — Je ne suis sûre de rien... vous m'entendez, de rien. Mais, si vous rentrez chez vous vers une heure du matin, si vous frappez à la porte de votre femme...

jacques, farouche. — Eh bien?

grâce. — Ne m'en demandez pas davantage.

jacques, se dominant. — Eon.

Un silence.

grâce. — Alors? (Un temps.) Abandonnezvous l'Angleterre?

jacques, après une pause.

GRACE. — Vous partez?

jacques, après une pause.

Hum...

Hum...

Un silence.

grâce. — Enfin, que décidez-vous? (Geste érasif de Jacques.) — Ah! vous voici muet... Vous êtes rentré dans votre coquille... Bien! bien... Je n'insiste pas. Je ne suis pas curieuse. A un de ces jours, Jacques! (Elle n gagné la porte du vestibide. Se retournant.) Oui, mon bonhomme, lève tes lourdes épaules, baisse tes lourdes paupières, cache-toi... Mais ne néglige pas le conseil d'une femme.

Reste.

Elle sort.

HONORE. — Oui, racontez! Racontez-nous toutI

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