CHAPITRE SIXIÈME
dire que c’étaient de vrais rois, et que pour celte raison leur sang guérissait de la morsure du chien enragé. On dit, en effet, qu’il n y a pour cela de remède plus sur que de boire du sang d un prince. Voici, raconte-t-on, comment on s’y prenait : Au pied gauche d’un prince, on piquait la veine du troisième orteil, et on laissait tomber une goutte de sang sur une datte qu’on donnait à manger au mordu, qui guérissait par ce moyen : d’après d’aulres récits, on tirait le sang du nez. »
M. Harlwig Dercnbourg, qui me communique ce texte, veut bien ajouter les renseignements suivants : « Un autre procédé curatif auxquels les Arabes avaient recours, était l’absorption de l’eau puisée dans certains puits, qui avaient la réputation de guérir la rage. Dans la Cosmographie d'Al- Ivazwînî (Éd. Wüslenfcld, II, p. 123), l’auteur, qui écrivait en 127G de notre ère, cite parmi les merveilles d’Alep « un puits situé dans un village de la banlieue, qui avait la vertu de gueiii celui qui buvait de son eau ». Puis il ajoute ;
« C’est bien connu. Un des habitants de ce village a dit: la condition du succès, c est que la morsure remonte au plus a quarante jours. Si le mal est plus ancien, il est incurable. » Dans la Vie des animaux , par Ad-Damîrî, mort en 1405 de notre ère (Éd. de Boulak, II, p. 337), les symptômes de la rage sont décrits; et, dans la citation du passage d’Al-Kazwînî, il est seulement ajouté que ce village voisin d’Alep était appelé lui-même « le puits de la rage ».
Chez les Masures (province de Prusse), on tourne trois fois autour de la personne mordue, les mains croisées et en récitant celte formule :
Dis ta prière du Seigneur ! Comme Notre-Seigneur Jésus- Christ se promenait avec ses disciples et que ceux-ci lui demandaient de les guérir de la morsure du chien enragé et de la chienne, il leur dit : Guérissez avec la puissance de Dieu et l’aide du Fils de Dieu et de l’Esprit-Saint. L’eau de la mer resta tranquille quand la Mère de Dieu baigna son Fils : ainsi puisse l'am-
RECETTES ET REMÈDES PROFANES
mal rester tranquille... et rendre le poison par l’aide de Dieu et du Saint-Esprit, au nom de Dieu le Père, du Fils et du Saint- Esprit l 2.
Los charmes ou incantations doivent naturellement produire un plus sur effet, quand on les avale et que, par ce moyen, on s’assimile leur vertu. Ainsi un écrivain du xvi° siècle, Jacques du Fouilloux, dans sa Venerie, donne une recette où la formule curative est enroulée dans une omelette. » J’ay appris une recette d’un gentilhomme, en Bretaigne, lequel faisoit de petits escriteaux, où il n’y avoit seulement que deux lignes, lesquels il mettoit en une omelette d’œufs, puis les faisoit avallcr aux chiens qui avoient esté mordus de chiens enragez, et y avoit dedansl’escrileau, Yran, qniran , cafram , cafratrem cafratrosque. Lesquels mots disoit estre singuliers pour empescher les chiens de la rage, mais quant à moy, je n’y adjoutepas de foy.' » D après Conrad de Wittenberg, auxvn0 siècle, on faisait avaler aux personnes mordues une beurrée où 1 on avait écrit les « sept paroles du Christ, » ou « l’Évangile de saint Jean3 4 5 ». « L’Évangile de saint Jean » était considéré comme un amulette ou phylactère des plus puissants. On le portait souvent au cou dans une bulle, ou un cylindre, ou dans un tuyau de plume d’oie. L’usage est presque aussi ancien que le christianisme, car il est mentionné dans saint Augustin1 et, d’après \iollct-lc-Duc il existait cncoie au siècle dernier.
En Angleterre, dans le Lincolnshirc, on écrivait sur une pomme ou sur un morceau de pain blanc, un charme ainsi