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DANS L'HOMME, OU LA DESTINEE DE L'HOMME II ANS L'ORDRE NATUREL

La philosophie ancienue et moderne n'a jamais rien compris à cette grande question. La science chrétienne seulement y a vu clair et l'a résolue , 449

§ 3. Les anges, quatre-vingt-dix-neuf fois plus nombreux que tous les hommes qui ont été sur la terre, qui y sont, et qui y seront jusqu'à la fin du monde. Pourquoi Dieu les a créés en un si grand nombre. Ils se distinguent enlre eux par espèce , et non pas par individus dans îa même espèce : chaque individu de la nature angélique formant à lui seul une espèce. Cette différence spécifique consiste en cela que chaque ange a un degré d'intelligence supérieur ou inférieur à celui de l'autre. L'ordre résulte de la gradation des êtres. Comme Dieu a diversifié les espèces de la nature animale, depuis les animaux les plus parfaits jusqu'aux plus imparfaits où finit toute rie sensitive; de même il a dû diversifier les espèces de la nature intelligente, depuis le premier des anges jusqu'à l'homme, le plus imparfait des tires intelligents, et dans lequel finit toute vie intellect'ne 45o

§ 4. La faiblesse de l'entendement humain consiste en cela que, dans l'échelle des êtres intelligents , selon qu'on s'éloigne le plus de I'entendement divin, duquel dérive toute lumière intellectuelle, on voit moins directement Iuniversel, qui est l'objet de l'entendement, comme le singulier est l'objet du sens ; et l'entendement humain, étant le dernier degré dans cette échelle infinie, est, par cela même, le plus faible ; il ne peut pas voir I'universel directement , mais par le moyen du corps qui lui précise les objets; c'est donc pour son mieux que l'âme a été unie au corps 455

§ 5. On développe encore davantage la même doctrine. Les anges tiennent, dans Tordre intellectuel, la même place que les corps célestes tiennent dans l'ordre matériel. Comme ceux-ci ont eu leur perfection des le moment de leur création ; de même les anges; de sorte qu'ils n'ont pas besoin du discours pour saisir l'uNrversel. Au lieu que l'entendement humain, semblable aux corps ter-

restres, qui n'atteignent leur perfection que par le mouvement, ne connaît I'universel que par le discours, qui est le mouvement de l'esprit. Convenance de cette différence dans la nature intellectuelle. Réduction de toute celte doctrine à deux principes : i° que l'ordre universitaire demandait que l'entendement liumain fût le plus faible ; et 2° que c'est à cause de sa faiblesse naturelle qu'il est uni au corps 457

§ 6. Seconde partie. Conséquences de la doctrine qu'on vient d'exposer. C'est à tort qu'on suspecterait cette doctrine de favoriser le sensualisme , tandis qu'au contraire sa première conséquence est de fournir des nouveaux arguments en faveur de la spiritualité et Yimmortalité de l'àme 463

§ 7. Par quels moyens l'âme séparée du corps entend I'universel. Quoique pendant cette vie l'entendement humain ait besoin des fantômes des objets sensibles pour s'élever aux objets intellectuels, cependant Y entendre est tellement l'opération de l'esprit, que le corps n'y est pour rien. Indépendante donc du corps par rapport à cette opération spécifique, l'âme humaine est aussi indépendante du corps par rapport à son être; elle survit donc au corps, elle est immortelle 464

§ 8. Seconde conséquence de la doctrine exposée. L'âme humaine, s'unissant au corps par une nécessité de sa nature , s'y unit comme la forme à la matière, d'une manière substantielle. Il est contre la nature qu'une forme toujours subsistante soit toujours privée de la matière à laquelle elle a été substantiellement unie. I/àme doit donc reprendre son corps, et la résurrection des morts, tout élant un grand prodige, sera un prodige demandé par les lois naturelles de l'ordre universel 469

§ 9. Troisième conséquence de la doctrine expliquée. L'ange a son opération complète, sans aucun rapport à la matière. L'àme de la brute n'a d'opération que dépendante de la matière. L'âme humaine, indépendante de la matière, opère sur la matière. L'ange est une forme sans matière; l'âme de la brute une forme avec la matière; l'àme humaine une forme dans la matière. Par cette doctrine, l'homme est placé dans le rang qui lui convient; et on le reconnaît pour le lien de tous les êtres, qui complète l'ordre universitaire 47^

§ io. Troisième partie. La destinée de l'homme dans l'ordre surnaturel. La philosophie, en se séparant du dogme religieux, n'a rien compris à la fin dernière de l'homme. De nos jours, elle a fait Y/iomme la fin de lui-même; les tendances infinies de l'enlende-

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