HENRIETTE, M"»* LEBLANC
Oui, Madame, je suis très heureuse.
M"^* LEBLANC
Il n'en pouvait être autrement avec un jeune homme aussi accompli que monsieur Guéret. Je considère que vous avez eu beaucoup de bonheur de tomber à lui. Il y a aujourd'hui tant de jeunes gens qui sont mal élevés, qui manquent de cœur et de mœurs.
HENRIETTE
Il est très bon.
M"™® LEBLANC
Quand on est le fils modèle qu'il a été, on est toujours un bon mari: Cela tient, voyez-vous, à ce qu'il fut élevé en province, avec des principes religieux. On a beau ensuite venir à Paris, vivre dans le tour-
billon, devenir en quelque sorte irréligieux, de cette première éducation quelque chose subsiste toujours qui continue à influer sur l'homme, qui le dirige dans la bonne voie, et qui l'aide à sortir de la mauvaise, s'il y est entré. Ainsi, je suis sûre que monsieur Guéret n'avait pas de liaison.
Je n'en sais -rien, Madame. Je ne le lui ai pas demandé et il ne me Ta pas dit.
M"» LEBLANC
Vous êtes encore trop jeunes mariés, il vous dira cela un peu après.
HENRIETTE
Peut-être.
Mm« LEBLANC.
Elle est si jolie cette histoire de votre mariage ! Ce pur roman d'amour! En dehors de tous les intérêts, de toute question d'argent, guidés seulement par le sentiment le plus juvénile, vous êtes allés . l'un vers l'autre. Ce qu'on ne voit plus dans les livres on le retrouve dans la vie réelle. Un roman d'amour, cela est si rare aujourd'hui que c'est admirable. .
HENRIETTE
J'avais dix-neuf ans, lui vingt-quatre^ on ne calcule pas à cet âge.
M""® LEBLANC
Puis enfin vous eûtes, de part et d'autre, des parents qui ne contrarièrent point votre inclination.
doit se marier
M™" LEBLANC
Voilà qui prouve son bon sens. Tant de parents contraignent les jeunes filles et leur font faire des mariages détestables ! Moi-même. a mais ne parlons pas de choses tristes. C'est de vous qu'il s'agit, de votre bonheur à tous deux, de cette union dont rhistoire est charmante. Ah ! si nos romanciers savaient écrire comme vous avez su vivre, s'ils savaient voir la vie sous ses vraies couleurs.
Elle se lève.
HENRIETTE
Vous partez déjà, Madame?
M"»® LEBLANC
Oui, il le faut. Je pense que vous me ferez souvent l'amitié de venir me voir. Je reste chez moi tous les maj*dis, vous le savez du reste, je crois.
HENRIETTE
Oui, Madame, oui, et je n'aurai garde de l'oublier.
M"» Leblanc sort.