LA PETITE-FILLE DE MIGNARD
neur ; incompatibilité d'humeur, dit-on ! Mais voilà qu'un bavard très renseigné nous apprend que la marquise mène une vie décousue.
Dans la maison qu'elle possède au coin de la rue de Sèvres et de .la rue du Petit-Bac, la dame scandalise son voisinage : — elle passe dans le quartier pour avoir des inclinations semblables à celles de la demoiselle Raucourt, phrase consacrée pour désigner le vice lesbien depuis que Raucourt a détrôné Sapho.
Un plaisant mémorialiste, fort au courant des mœurs de son temps, dit à propos de la veuve Mignon. « Cette personne jeune encore, traîne toujours à sa suite, deux ou trois nymphes, enrôlées comme elle, non dans le régiment d'Anjou, mais dans celui de la « Fricarelle » ainsi que le nomme assez plaisamment le bon Brantôme dans les Mémoires un peu gaillards sur les dames galantes de son temps (1). »
Est-ce une passion tardive ou la dominante de sa vie ? on aurait alors l'explication du scandale de la première union, — en tous cas, cela démontre, pourquoi cette fantasque marquise a demeuré si peu de temps avec son second mari.
Sa petite cour féminine avait toutes ses faveurs. En préférant son sexe, elle était bien excusable car son époux initial lui avait donné une triste opinion des hommes.
Mme veuve Mignon se vengea du procureur sur le gouverneur et, après avoir vécu cette romanesque partie de sa vie, consacra le reste de son existence à son sérail de femmes ; sa fortune lui permettant
(1) Mém. raisonnes. Mss., doc. cit.