CHAPITRE PREMIER
L'examen du sang.
Comme il était aisé de le prévoir, ces méthodes se sont surtout attachées à l'examen du sang, tant au point de vue a) de ses éléments figurés, que de b) son sérum.
Les recherches effectuées du côté des éléments figurés du sang n'ont pas donné lieu à des résultats pratiquement intéressants ; les modifications globulaires, telles que lhyperleucocytose qu’on observe dans le cancer, sont des indications auxquelles on ne peut accorder de grande utilité pratique, puisqu'on les observe avec des modalités approchantes dans nombre d’autres affections. Nous en dirons autant de la résistance globulaire qui ne suit pas de règle fixe dans les néoplasies.
L'étude approfondie des propriélés du sérum cancéreux offrait aux chercheurs un champ d'étude des plus intéressants, et le nombre incalculable de travaux fails récemment dans cette direction peut seul}nous donner une idée des efforts qui ont été tentés dans ce sens.
Ces procédés de diagnostic hématologique, peuvent être divisés en deux groupes :
a) Un premier groupe de procédés basés sur une réaction soi-disant spécifique.
b) Un deuxième groupe de procédés indirects.
ETS à: poees
De ce premier groupe font partie les méthodes basées sur :
1° La déviation du complément ;
20 L'action précipitante ;
30 Les phénomènes anaphylactiques ; 4 Action agglutinante :
5° Action opsonique.
La méthode de la déviation du complément, qui théoriquement était fort séduisante, a trompé les espoirs qu'on. avait mis en elle. Dans les mains de différents observateurs, elle a donné des résultats différents et d'ailleurs peu probants, puisqu'on ne la trouverait positive que dans 20 0h des cas.
C'est la proportion de Wenger et Mello qui se servent conime anligène d’un extrait aqueux de lissu cancéreux. C’est également la proportion de Guillot et Daufresne, qui à la place d'extrait aqueux ont utilisé un extrait alcoolique. Dans les numéros de Février et Juin 1910, le Bulletin de l’Association Française pour l’élude du cancer rapporte les expériences intéressantes de Vidal, d'Angers, se rapportant à cette dévialion du complément .Cel auleur, comme conclusions d’expériences longuement poursuivies, déclare que le sérum d’un cancéreux ne fixerait le complément d’une façon constante qui si on le mettait en contact avec l'extrait de sa propre lumeur. La conclusion s'impose ; puisqu'il faut prélever un fragment de la tumeur du sujet pour l'utiliser comme antigène, aulant vaut Putiliser pour un examen histologique, le résullal sera aussi rapide et pour le moins aussi précis.
La réaction précipitante, que l’on observerail après mélange du sérum de sujet cancéreux avec un extrait de cancer, a pris sous Pimpulsion de Freund et Kaminer un renouveau d'actualité. Ces deux auteurs ont préparé un extrait « dont la substance active thermostabile doit être débarrassée d’abord des albuminoïdes par ébullition, en présence d'acide acétique,
du chlorure de sodium, ensuite par dialyse : Ainsi préparé,
puis dilué, cet extrait est additionné de sérum suspéct ; la . formation d’un précipité serail constante dans le cancer et
dans le cancer seul. » Ces résultats n’ont pas malheureuse-
ment été confirmés ; Weingerg, de l’Institut Pasteur, a repris
ces expériences avec des résultats contradictoires.
Les travaux ayant pour but l’étude des réactions anaphylactiques n'ont pas eu un sort plus enviable. Le procédé consiste à inoculer un cobaye avec du sérum provenant
d’un cancéreux ; au bout de 48 heures, ce cobaye est injecté
avec du suc cancéreux frais ; il doit se produire des phénomènes d'intoxication par les anticorps anaphylactiques ‘du sérum cancéreux. On observerait une baisse de tempéra-
ture jusqu’à 34 qui se produirait de 1 à 2 heures après l’in-
jection. Ici encore, discordance dans les résultats des divers expérimentateurs ; mais le plus grand reproche qu’on puisse faire à la méthode, c’est quelle n’est pas spécifique; les phénomènes observés se produisant avec des sérums indif-
férents ; ce seul fait, à notre avis, permet d’écarter définiti-
vement la méthode.
Nous n'insisterons pas sur les méthodes basées sur laction agglutinante el opsonique. Pour qu'elles puissent être retenues, il faudrait qu'on soit d'accord sur l’agent causal et spécifique du cancer ; cet accord n'existe pas à l’heure actuelle.
Dans le deuxième groupe des procédés hématologiques indirects, nous ferons entrer les méthodes basées :
1° Sur l’action hémolytique ;
20. Sur l’action digestive empêchante (pouvoir antitryptique) ; : | | |
3° Sur l’action, vis-à-vis de la cellule cancéreuse, du sérum cancéreux.
La première de ces méthodes est basée sur la connaissance des propriétés hémolysantes du sérum cancéreux. Par ses hétérolysines, le sérum des cancéreux hémolyse les globules rouges de poule et de moutons, etc, mais ces hétérolysines se trouvent aussi dans les sérums normaux, el des sujets tuberculeux. Les isolysines ont été par contre l’objet de recherches plus approfondies. Allessandri, à qui nous devons un travail très documenté sur la question, a constaté leur grande abondance chez les sujels en puissance de cancer. Cette abondance est même en relation directe avec la gravité de la tumeur ; les isolvsines disparaîtraient après l’exlirpation, et réapparaîtraient avec la récidive. Ces constatations sont des plus intéressantes, mais il ne faut pas oublier qu'on l'observe également, dans certains cas, chez des sujets tuberculeux. Les indications, provenant de sa recherche ne peuvent qu'augmenter nos présomptions en faveur du cancer, mais elles ne nous permettent pas de. nous prononcer d’une façon catégorique.
Elsberg, dans la Journal of the American Medical Association, préconise un ingénieux procédé pour mettre en évidence cette hémolyse ; il injecte, sous la peau d’un sujet suspecl, une dilution de globules rouges normaux; il se produit, au niveau du point injecté, une plaque de coloration jaunâtre, qu'il attribue à l’hémolyse des globules injectés. Les résultats séraient positifs dans 90 % des cas du cancer avancé ef dans 4,6 % des sujets non cancéreux, d’après Krida.
À l’état normal, le sérum possède un pouvoir antitryptique, c’est-à-dire qu’il peut, dans une certaine mesure, neutraliser l’action digestive des ferments protéolytiques sur lalbumine. Dans le cancer, cette propriété serait particulièrement exagérée et la détermination de l'intensité du pouvoir antitryptique a été par certains auteurs élevé à la valeur. d’une méthode. Les procédés destinés à déterminer lindex antitryptique sont nombreux, nous ne les décrirons pas ici. Marcus, Fould, J.-C. Roux et Savignac Achalme, qui se sont occupés de la question, utilisent des techniques diffé-
rentes ; la valeur diagnostique est surtout intéressante pour nous.
Dans le cancer, tous les -expérimentateurs sont unanimes à trouver un index élevé dans la majorité des cas de 80 à 90 %. Celte augmentation du pouvoir antitryptique se rencontre dans des maladies aiguës : pneumonie, septicémie, rhumatisme, fièvre typhoiïde, elle se rencontre aussi dans des maladies chroniques, telles que la tuberculose, la maladie de Basedow, la syphylis. La réaction paraît présenter quelque intérêt, tant par son côté positif que négatif.” Dans le premier cas, il faudra éliminer les affections chroniques signalées plus haut, un examen clinique approfondi, une investigation sérieuse dans les antécédents du malade, permettront de réduire, dans une grosse mesure, les chances d'erreur. Dans le second cas, la constalalion d’un pouvoir antitryptique faible permet d'éliminer presque à coup sûr l'hypothèse de néoplasme.
À côté de leur réaction précipitante déjà signalée, Freund, Mie Kaminer et Neuberg, expérimentent l'action des sérums sur des suspensions de cellules cancéreuses. Le sérum normal détruirait les cellules cancéreuses, tandis que ces dernières seraient indifférentes à l’action du sérum cancéreux. D’après eux, le sérum de sujet cancéreux renfermerait une substance qui .protèg e les cellules cancéreuses. Freund et Kaminer prétendent leur réaction spécifique. Il n'existe point encore un nombre d'observations suffisant pour porter sur la méthode, un jugement définitif.
.Ascoli et Izar ont annoncé par la méiostagnine- réaction, des résultats positifs dans 93 % des cas de lumeur malignes, c'est évidemment une proportion des plus intéressantes ; mais, hâtons-nous de dire que la réaction est, d’une technique difficile, la conservation de l’antigène utilisé, peu commode, étant donné sa grande instabilité ; en somme, réaction qui deviendra difficilement pratique, en admettant que les résultats annoncés soient confirmés.