ÈME EXTRAIT, TIRÉ DU CHAP. III
La mort de Gnillaume IV, d'heureuse mémoire, qui plongea la Grande-Breta^e dans un deuil profond, arriva à Windsor le 20 juin 1837, et fut connue dans le pays le 29 juillet suivant Tous les papiers anglais furent d'accord sur le mérite de ce bon RoL
Le lendemain de la mort du Roi, la Princesse Victoria, la seule héritière du trône, a été proclamée Reine de la Grande-Bretagne. Tout annonce en elle, disent les journaux de Londres, un esprit fort, un caractère éne^ gique, des talents supérieurs et très-bien cultivés par sa mère la duchesse de Kent, femme d'un ordre supérieur.
Le 20 juin, la jeune Reine Victoria présida elle-même le conseil de la couronne, et lui fît la déclaration suivante : "La perte douleureuse que la nation vient de " faire par la mort de Sa Majesté, mon bien aimé oncle, " m'impose le devoir d'administrer le gouvernement de " cet empire. Cette effrayante responsabilité m'est im- ** posée si soudainement et à un âge si peu avancé " (16 ans) que j'en considérerais le fardeau comme en- " tièrement au-dessus de mes forces, si je n'étais soute- " nue par l'espérance qui m'appelle à cette œuvre me '* donnera, dans la pureté de mes intentions et dans mon " rôle pour le bien public, ce soutien et ces ressources ** qui appartiennent ordinairement à un âge plus avancé. " Je place toute ma confiance dans la sagesse du Parle- '* ment et dans la loyauté et l'affection de mon peuple . . " Elevée par les soins éclairés d'une mère chérie, j'ai
'' appris dès l'enfance à respecter et à aimer la consdtu- '' tion de mon pays natal.
^ Mon étude constante sera de maintenir la religion ** réfonnée telle qu'elle est établie par les lois, mais en ^ asnirant à tous la pleine et entière jouissance de la ** Hberté de conscience. Tous mes efforts tendront ^ aussi à faire le bonheur constant de tnes sujets. "
Les Lords demandèrent à S. M. qu'elle voulût bien permettre de rendre publique sa touchante déclaration ; ce qu'elle accorda. Elle fut ensuite proclamée Reine sous le nom de Victoria i*' avec les cérémonies çt la pompe ordinaires.
Le 4 août, à une heure après midi, eut lieu la reconnaissance de Tavènement de Victoria i< au trône de la Grande-Bretagne, avec les pompeuses cérémonies auxquelles furent présents tous les corps ecclésiastiques et civils de la ville, des campagnes environnantes. La même chose eut lieu dans les différentes villes des Deux Canadas, suivant la proclamation donnée à ce sujet par le gouverneur en chef, Sir G. Gosford, avec le même cérémonial.
Six jours après cette reconnaissance majestueuse, FEvêque de Montréal donna le mandement d'usage en pareil cas, dans lequel il recommandait aux fidèles d'implorer le secours du ciel sous le nouveau règne, et enjoignait aux curés de toutes les paroisses ou missions de son diocèse de chanter un Te Deum à cette occasion, après la granfle messe du dimanche le plus prochain de la réception de son mandement
Cette cérémonie qui a toujours lieu à chaque nouveau règne, comme on le voit par les mandements de tous les évêques de Québec, le même cas avenant, et qui excitait toujours la joie et des applaudissements, occasionna, Cette année, dans quelques localités, du scandale et du bruit de la part des chefs patriotes. Ces scandales n'eurent lieu néanmoins que dans trois ou quatre paroisses du district de Montréal, foyer de l'agitation et demeure des Roués politiques,
Montréal donna l'exemple. Cinq à six chefs sortirent de Tenceinte sacrée ausssitôt qu'on commença la lecture du mandement de Pévêque, mais ne furent suivis de de personne autre. St-6enoît, singe du maître, essaya aussi du scandale, mais sans réussite. A St-£ustache> le frénétique Chênier balbutia quelques mots d'opposition à la porte de l'église. On cite encore Vaudreuil, St-Ch^rles, Ste-Scholastique comme compromis dans cette affaire ; mais c'est particulièrement à St-Polycarpe, rivière à Delisle, que la scène devint bruyante ; voici ce qu'en dit La Minerve^ papier anarchique qu'on ne soupçonnera pas de partialité dans cette affaire. 31 août Ï837, Verbatim :
" On nous écrit de St-Polycarpe de la Rivière à De- " lisle, en date du 28 : Hier, notre curé, M. Quevillon, " monta en chaire et après avoir fait allusion à la polî- " tique du temps et recommandé de la soumission, an- " nonça un Te Deum à l'occasion du glorieux avènement " de la princesse Victoria au trône d'Angleterre. Il fit '' l'éloge de la nouvelle Souveraine, et des allusions au '* règne glorieux de la fameuse Elizabeth.
*' Plusieurs personnes qui, en assistant au saint sacri*
** fice ne s'attendaient point à une réunion politique, sor*
** tirent aussitôt de F^lise. Ce fiit bien pis lorsque le 7Sr
*' J}nfm fiit entonné ; tout ce qui se trouvait dans Vé^daù
*' sortit en foule, ne laissant que des femmes et sept à
^ huit hommes parmi lesquels se trouvaient les marguil-
'* kn. La paroisse de St-Polycarpe est nouvelle, de sorte
^ que nous n'avons pas d'église, les offices se font dans
*' on presbytère et la cloche se trouve suspendue sur
** vme charpente en bois en face de la porte de la cha-
^ pdle. Les premiers qui sortirent de l'église ordonnè-
** lent à l'assistant bedeau d'arrêter la cloche qui leur
^ appartenait et non à la Reine d'Angleterre.
** M. le curé s'apercevant qu'on avait arrêté de sonner, " fit signe au bedeau d'aller s'informer de quoi il était ** question. Celui-ci ayant commandé de laisser sonner, " fut mal accueilli et trouva prudent de rentrer. Le curé " envoya un enfant de chœur auprès des marguillers de " Êdre sonner. Ceux-ci furent encore plus mal reçus que *' le bedeau. Etant retournés dans l'église, ils rendirent ** compte au curé qui, malgré tout, leur ordonna de re* " tourner de nouveau ; mais ils répondirent au curé " qu'il y allât plutôt lui-même, que pour eux c'est inutile " d'y aller. Le curé renvoya de nouveau le bedeau qui " fiit reçu de manière à n'avoir plus envie d'y revenir.
'' Le TV Doim^ qui avait été interrompu plusieurs fois, " fut achevé sans cloche. Après que la cérémonie fut '' achevée, il fut annoncé qu'il y aurait une assemblée '' après les vêpres. Plus de 400 personnes y assistèrent,
'' censurèrent la conduite du curé et approuvèrent ceux '* qui avaient arrêté la cloche, etc. . . ."
Voilà le beau triomphe de La Minerve t La conduite morale des habitants de la Rivière à Delisle ! Un bel échantillon du gouvernement qu'on nous préparait par des moyens aussi immoraux qu'ils étaient ineptes et impossibles I La démoralisation allait grand train à cette époque : on était tellement fou qu'on se croyait déjà maître de tout et capable de faire tout trembler sans prévoir le danger de pareilles folies ! mais
Leur courage ejfronti passe leur turpiiude J
Cependant il est juste de faire remarquer ici que M. Quevillon est un jeune prêtre plein de zèle, de mérites et qui avait déjà fait de grands sacrifices pour aider les habitants de cette paroisse à bâtir une église. Voilà comme il est récompensé 1 et à quel propos, dans quelbut cette extravagante opposition ? Quelle misère pour des hommes de faire tant de bravades contre le gouver* pement, tandis qu'ils sont si faibles et qu'il n'aurait fallu que deux régiments pour mettre hors de combats tant de faux vaillants ! Mais la perte de notre constitution et atVec elle de notre nationalité en est la conséquence em-. pgisonnée I
La Minerve ajoute qu'à StJsidpre l'hjrmme de la reconnaissance fit aussi sortir tout le monde de l'église et que pendant qu'on le chantait, un notaire de l'endroit lisait au peuple, à la porte de l'église, la lettre de L. M. N. avec de grands applaudissements I II faut observer que cette lettre signée L. M. N. était une de ces publi-
cations incendiaires envoyées de Montréal à \ Express de New-Yorky et reproduites ensuite dans La Minerve et le VmHeaiar de Montréal, pour faire croire à la sympa* thie américaine envers les révolutionnaires du Canada.
C'est par de semblables dévergondages et nullement par une organisation sérieuse qu'on provoquait la foQe et anti-canadienne rébellion de l'automne de 1837, la* quelle toa l'influence des enfants du sol sur l'héritage même de leurs pères I
Mais pendant que les souffleurs de tempêtes révolutionnaires jettaient à deux mains les brandons de la discorde civile dans le beau district de Montréal, M Michel BibeaUy littérateur distingué, cultivait les arts de la paix et achevait d'élever à l'honneur de son pays l'histoire du Canada. Cet ouvrage est écrit avec modération, avec sagesse et une impartialité qui caractérisent l'historien honnête. Son patriotisme est pur, éclairé, c'est l'homme de 1837, qui réclame avec énergie les droits du peuple comme sujet anglais et constitutionnel, mais qui ne veut jamais qu'on se jette en dehors du périmètre sacré de Fordre social pour tenter les droits injustes et faux de l'anarchie.