‹ La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache avec un exposé préliminaire de la situation politique du Bas-Canada, depuis la cessionChapitre 44 sur 90 · BIOGRAPHIE DE UABBÉ PAQUIN · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE UABBÉ PAQUIN

Après avoir terminé cet ouvrage histon([ue, je me rendrai sans doute agréable au lecteur si j'accomplis la promesse que je lui ai faite, c'est-à-dire celle de faire la biographie de M. Jacques Paquia Oui, aj)rbs avoir inséré dans mon essai historique l'ouvrage que M. labbé Faquin a publié en 1 838 et après avoir fait de nombreux et intéressants emprunts à ses mémoires autographes et inédits, j*ai un devoii à remplir et c'est celui d'essayer à faire connaître ce fju'a été ce digne et distingué prêtre.

Je voudrais avoir le talent d'un habile biographe pour faire Thistoire succincte et parfaite de la vie si bien remplie de feu M. l'abbé Jacques Paquin ; je m'appliquerai néanmoins à écrire les traits particuliers et principaux de cette grande et patriotique figure, qui a laissé des souvenirs impérissables dans la paroisse de St Eustache comme dans tout le pays.

Celui (jui comme M. Paquin a écrit, commenté et frappé les fautes, les abus et le mal partout où ils se trouvaient, même en haut lieu, et cela avec autant d'indépendance que d'impartialité, a dû être la personnification parfaite de l'homme de bien, de l'homme de cœur.

Messire Jacfjucs Pacjuin était natif de la paroisse de Deschambault, dans le diocèse de Québec.

Son intelligence précoce et son amour du travail le placèrent de prime-saut au premier rang parmi les meilleurs élèves du collège de Nicolet, où il fit un cours d'études brillant.

Il reçut l'ordre de la prêtrise le 24 de septembre 18 14.

Après avoir été vicaire à Varennes, puis missionnaire de Saint- François du-I^c où il évangélisa la peuplade des Abénakis, il fut promu à la cure de St Eustache, en

M. Paquin avait alors une taille moyenne qui ne man-

qudt point d'élégance et de fierté j mus en acquérant de

I flge, il fut affecté par un excès d'embonpoint qui temblait le fatiguer; cependant, son énergie physique et morale, en présence de l'accom plissement de ses devwi de pasteur, lui faisait oublier et dompter ticilement sa pénible obésité.

Sur ses épaules athlétiques on admirait une t£te et une figure larges et belles oU rayonnaient l'intelligence, b fermeté et la volonté. Son œil bleu, vif et animé, semblait vouloir pénétrer jusque dans. les plis et replis les plus profonds de l'esprit et du cœur de cenx qu'il questionnait ou de ceux auxquels il s'adressait

D'un tempe'rament sanguin, la circulation du sang devait se faire avec impétuosité dans ses veines ; aussi, n'airaait-il pas la contrariété, les obstacles, |,aiticulil-remcnt quand une opposition lui était faite par des opposants frivoles, irréfléchis, préjugés et sans savoir.

Mais si dans les contrariétés vexatoires, il était d'une humeur vive, voire même emportée, d'un autre côté sa promptitude de caractère comme celle de son intelligence et l'excellcDce de son cceur l'aidaient facilement à faire un retour sur lui-même, et alors il calmait et persuadait ceux qui s'opposaient à ses arrêts, à ses fins.

Il exerçait une grande influence sur ses paroissiens.

II profilait et abusait queUiuefois, disent ses contemporains, de cette autorité et de cette ascendance pour flageller et humilier ses adversaires, aux^iuels il jiarlait avec un sans gêne et une familiarité que l'on pouvait comparer i celle d'un père avec ses enfants. Quoiciuc brusque, prom]it et rude, il était cependant universellement aimé et respecté par ses paroissiens, que d'ailleurs il aimait luimême de toute la tendresse d'un véritable pî;re. Chacun savait que après l'omge arrivaient le calme, la douceur et les bienfait''.

Son influence ne se fesaît point sentir uniquement sur ses coreligionnaires, il Texerçiit même sur tous les protestants de St. Eustache qui Taimaient et le respectaient.

II avait un mot favori et coutumier qu'il appliquait à tous ses inférieurs comme à tous ses in imes ; ce mot était celui ^original-. " Viens ici original \ tais- toi originar\ disait-il.

A propos de ce qualificatif et de son influence, je me rappelle qu'un protestant, riche cultivateur du village de St. Eustache, me disait un jour, en parlant du regretté M. Paqiiin : ** Je l'aimais comme un père, et ce qui me plaisait en lui, c'étaient son sans gêne et sa franchise ; il était l'ami du riche comme du pauvre ; bien des fois il me taquinait, il m'agaçait et quand je me fâchais, il m'apostrophait toujours avec son mot favori que d'ailleurs il jetait h la figure de tous ceux qui badinaient avec lui, et quant à moi, il me disait : " Tais-toi donc orij^nal ^Ecossais. "

Tous ceux qui ont eu le pLiisir et l'avantage de le onnuitre aiment à sj rappeler son originalité comme ses reparties promptes, spirituelles et quelquefois fantasques.

Gai, plaisant, ai nable et fort hospitalier, il aimait la jeunesse qu'il se plaisait à recevoir, à instruire et à divertir même.

Grand fumeur, il ne se séparait jamais de sa pipe de plâtre qui pour lui était le compagnon intime et joyeux de tous SCS instants. Pour en donner la preuve, il faut savoir que après le feu de 1837, le presbytère n'existant plus, M. Paq'iin logeait sur l'une de ses fermes sise à l'extrémité Est du village. Consé(iuemment, il av'aitàse transporter de son domicile à l'église plusieurs fois dans le cours d'une journée ; mais durant ces courses quotidiennes ou ce va-et-vient nécessaire et répété, son camarade fumeur raccompagnait toujours. Aussitôt qu'il

avait dit la giande ou la basse messe» le bedeau allait l'attendre dans l'une des tours de Téglise, oii d'une main il lui présentait ccrémonicusement au bout d'une pincette un charbon ardent, et de l'autre main, la vieille pipe culottée ; deux objets qui fcsaient venir Icau à la bouche du digne curé et qui le faisaient tressaillir do plaisir. Ce cérémonial avait lieu de la même manière à la sortie des vêpres. Armé de sa favorite qu'il serrait tendrement entre ses dents, il passait dans les rues du village en lançant des bouffées énormes et précipitées qui, dans le lointain, représentaient le travail actif d'une locomotive vivante laissant échappej une traînée de nuages épais au milieu desquels l'heureux curé disparaissait.

Outre la pipe, il prisait copieusement et il semblait dire à ceux (jui le voyaient ouvrir sa tabatière qu'il affectionnait souverainement, puisque dans l'église elle lui fesait oublier la pipe : Je pourrais bien vous appliquer la fameuse et sarcastique sentence de Molière qui est consignée dans ses œuvres : " Celui qui n'aime ])oint le tabac n'est pas un homme d'esprit, et n'est i»as digne de vivre ! "

D'un zèle infatigable, M. Paquin était i)artout ou il y avait (lu bien à faire. C'est lui (jui, après bien (Ils difficultés, organisa la Société d'Agi iculture du comté des Deux- Montagnes dont il fut longtemï)s le [)rc.sident actif et /élé. Ainiant souverainement les aijriculteurs, il j)ul)lia m.ûnts é(Tits - patriotiques pour faire proj^resser et aimer la carrière agr cole ; mais M. rai|uin (comme celui (jui écrit actuellement sa biograj hie etcjui a ])uMic j)lusieurs lettres sur le même sujet) dut échouer et j»re( lier souvent dans le désert. Aussi, un jinir cjuil revenait à la f.har;;e, il écrivait et formulait entre autres repro' lies, le suivant : '* Nous (pii appartenons à ia " rlas>e cX( lue, nous disions aux membres du Parlemer.t : '* rour<juoi, si vcnis voulez vraiment encourager l'agricul- *' turc parmi vos compatriotes moins avancés ipie les

Européens, piuriuoi n'établissez-roiis pas des fermas " niodèl-s dans différentes campagnes ou des jeunes

gens instruits puissent m)ntrer aux habitants, par une

expérience pra'. <jue, la vraie manière de bien cultiver •* leurs chami>&

'* M. Girouard (alors de'puté pour le comté des Deux- *• Mon agnes), ajoute M. Pa<iuin, était de cette o:»inion ;

mais sa voix fut étouffée dans un temps où l'on ne

s'occupait que de révolte et de rébellion absurde. Que

pouvait le bon sens d'un membre distingué flottant " sur un océan de bêtises. "

En 1837, il aurait vouiu maitiiserou brider l'ambition, les aspirations comme l'ardeur téméraire des chefs de la rébellion, spécialement celles du pétulant Dr Chénier; car s*il blâmait les abus vrais «et non ceux exagérés) (jue Ton reprochait aîors au pouvoir exécutif, il blâmait encore plus les fauteurs exaltés d'une révolte inoi)portune et plus que prématurée. Il entrevoyait un effrayant résultat, si non pour lui, du moins pour ses paroissiens qu*il chérissait avec tant d'am<jur et toute la tendresse d'un père crlairé et |»atriolique. Il recourut à tous les moyens possibles pour arrêter le Dr Chénier et j)réser\-cr sa paroisse des lléaux fjui allaient fondre sur elle, mais il échoua.

Comme histori-jn désireux de sinstruire et d'instruire les autres et comme homme observateur, il n'avait pas de supérieur. Sa i^randj intelli^^ence comme sa urande mémoire lavaient porté à s'i'lentihvr avec l'histoire de tous les peuj»les et e!i particulier avec celle de son pays qu'il connais>ait part'aitement.

11 avait pan ou ru ]»re>']ue to.:tes les ]»aroisses de la province de ^^)i:éber, afin d'y puiser des notes hiNtorii]Ues dans les archives ^:es îa'jri jues et dans les bibliothèques publiques et reiles des î>articuliers.

Il peignait avec une ^Tande facilité les hommes et le-; <ho5es, et il ex(.el.a:t dans le ré< it des faits généralement

dignes de mémoire comme dans le r^t des évAieinents publics et particuliers qu'il nanait avec concisioii, avec exactitude et avec toutes leurs circonstances. Tous ses mémoires qui restent sont des brouillons ou canevas écrits à la volée qu'il avait l'intention de mettre plus tard au net, mais il n'en eut pas le temps.

Il avait écrit l'histoire de l'Eglise en Canada ainsi que celle de son pays : ouvrage gigantesque qui datait du jour de la découverte de ce continent et qui ne se terminait qu'avec l'année 1S43. Malheureusement et au moment même de mettre la clef à cet ouvrage principal qui lui avait coûté tant de voyages, tant de redierches, tant de veilles, tant de travaux et dont la publication aurait produit tant de bien, la mort vint le frapper. Cette histoire de l'Eglise et du pays qui formait plusieurs manuscrits volumineux, fut transportée après sa mort à l'évécbé de Montiéal ; mais le fruit de tous les travaux prodigieux de ce grand patriote ne devait jamais voir le jour, car cet ou\Tage fut détruit (nous dit-on) lors de l'incendie de l'édifice épiscopal, en

Cette perte fut une véritable catastrophe pour la famille Parjuin, et un grand malheur national au pmnt de vue des lettres et de l'histoire du pays.

Des nécrologies écrites à la mémo.re de M. Paquin, je dois reproduire celle publiée par les " Mélanges Religieux " et qui fera voir comment ce journal ap|)réciait l'ouvrage historique du sa^-atit défunt :

" Au milieu de touies ces occupations, au milieu de " tous ces travaux de fondation et de construction d'édi- " lices religieux, M. l'aquin trouva encore moyen de '■ consacrer de frc([uents moments à des recherches •' historiques sur le pays. Mais la mort a des rigutuis à •'nulle autre partilUs ; elle vient de nous l'enlever au " moment oii l'on s'y attendait le moins ; elle l'arrête au " milieu du ses utiles travaux et ne nous laisse plus qu'à

^' pl urer sur sa tombe. .' Il s'est montré bon

*' prêtre et bon citoyen ; il a encouragé Tcducation ** religieuse et profane et n'a pas craint de demander ■** justice pour les fidl-les con^ac rés à ses soins. Ce " n'était pas assez pour lui. Il a voulu travailler pour ** le pays tout entier ; il lui préparait, en effets on " magnifique présent, œuvre de ses veilles. Mais la " Providence ne lui a pas donné le temps de compléter " son travail ; elle Ta retiré du m lieu de nous pour lui ** donner la place que d'avance il s'était acquise au ciel. " Pour nous, il ne nous reste plus qu'a pleurer la perte ** que vient de faire la religion et cjue la patrie peut bien " aussi pleurer ; mais tn mcmc temps conservons l'es- ** pérance que l'œuvre j)atrioti(iue de ce bon citoyen ne " demeurera pas sans voir le jour, et que celui de nos " compatriotes qui sera chargé de ses précieux Mcmoirts, " se fera un devoir d'y mettre la dernière main et d'en ** faire jouir le pays."

Outre ses talents hist'>ri(iucs et littéraires, M. Paquin possédait à un haut degré ceux de \x i»rédicatijn, et il tenait la première i>la(e parmi les orateurs de la chaire. Personne mieux que lui ne savait dévelopj>er ])lus efficacement la parole de Dieu, et il le faisait avec un genre d'éloquence qui plaisait à tout son auditoire et particulièrement lorsque cet auditoire était instruit. Les étrangers comme ses paroissi-ns aimai nt à l'entendre. Quand il avait h prêcher sur un vice ca);ital ou sur le scandale et lorsqu'il se laissait entraincr i)ar sa nature vive et impétueuse, c'est alors (pril se surj>as^ait, (ju'il tonnait, qu'il avait de grands numvements d élo(^uence et qu'il faisait trembler ses auditeurs conime Tenceiiite même de l'église. Dans ses trans[K)rt> orato res, sa voix mâle retentissait et se faisa t entendre comme le br-.iit de la foudre, comme le gronderiicnt et le r<julement du tonnerre. Aussi chacun s'en rappelle î Ayant fait une étude assidue du cœur hr.man et de ses faiblesses,

îl en pénétrait toute la profondeur ; aussi ce moraliste éclairé en profitait habilement et' il s'adressait aux sentiments et à la sensibilité humaines pour exalter, pour transformer son auditoire et lui faire verser des larmes.

Si M Paquin a produit des œuvres historiques qui devaient avoir une meilleure destinée, d*autant plus qu'elles auraient été accueillies avec orgueil et empressement par le pays, il a aussi laissé d'autres œuvres que l'incendie ne i>ourra jamais anéantir. Ces œuvres impérissables sont des héritages et des souvenirs tangibles qu'il a légués à sa paroisse ; paroisse privilégiée iju'il aimait et chérissait avec une affection vive et toute ]).itcTnelle, comme je vais le prouver.

Durant les 26 années (]u'il a desservi la paroisse de St. Kust.u hc, il n'a cessé d'y donner des témoignages éclatants et <:onstants de ses largesses et de sa charité. Sa main était toujours ouverte aux malheureux. En 1845, il donnait deux belles cloches à sa parv>isse qui, alors, n'avait pas les moyens de les acheter, vu les sacrifices considérables (qu'elle venait de faire p-jur reconstruire son église ; sur chacune de ces cloches est gravte une in<ri|)tion qui i)or;e le nom du vénéré et généreux ])asteur.

Mai*^ (es su])erbes larijesses n'égalaient point celle vraiment ]jrin( .ère (ju'il tit à l'éducation, puisciu'il fît bâtir à se^ frais et (léj»ens un magnifique couvent en ]):e!re |>i(juée, qui mtsur.îit 55 pieds de longueur sur 36 pieds (le pr<jlondei:r ; mais la rébellion et la conflagration de iS^^7 détruisirent entièrement ce beau monument Ml moment ou ^es savantes légataires, les Dames Reli- ■jieuns de la Congrégation, devaient en prendre pf)sses- ■>Ui'A. A[)ros ce désastre, il en entreprit de nouveau la re( onstru* lion, et il faisait alors de larges sacrifices pécuniaires et de temps your faire rebâtir le beau temple que nous po.s^édun^ aujourd'hui et que le malheureux

[837 avait réduit en cendres. Lentreprise delareconsniction du presbytère fat également commencée sous

s auspices, sous sa sur\eillancc. mais il ne put faire parachever ses travaux ; la mort inexorable vint inter- Tompre le cours bienfaiteur de sa belle carrière, et il mourut en 1847, à l'âge peu avancé de 56 ans.

Après le tréj^as de ce digne prêtre, on avait lieu de supposer (\\ic ses actes de bienfaisance envers si paroisse ne pourraient se manife>ter au-drlà ; mais Ton se tromjKiiL M. Faquin, malgré toutes ses largesses, avait pu acquérir des biens-fonds, mais il n'av.iit pas plus thésaurisé îX)ur lui que pour sa famille, et au détriment de cette dernière, il donnait par un testament tous ses immeubks à la fabrique de St. Kustache, pour le bien et le plus grand avantage de l'étUication. Tr )is belles terres formant un seul et gran<l ttablissement avec de magnîfiquo dépendances, et di:U\ prairies de vakvir avec granges dessus construites furent léizuées aux Hames religieuses tle la Congré^^aiioii. li légua en outre à la même fabrique une sonnne de $400, pour taire i'ac(juisition dune statue de .':^t. Kustji he.

Ou pcut-on trouver l'é-al d'un tel bienfaiteur qui, non seulement se dé]»ouille durant -a vie des LparL'nts qu'il a gagnées à la sueur de son front, mais «jui. ;q)rès >a mort, en déj^ouille même >a famille (à laciuelie il n^ lai^^e (jue quel<|Ues légers souvenir^) pour lé.L,aKr tous î-es lien à ses paroi>^ieriS ! Personne plu.-. (|ue !ui n'a ; orié si u»in la bienfaisance en faveur d'une parois.-e. K^pérons «jue celle de St. Kusi.u hc, «ctte i>arois>e choyée et gâtée i»ar de tels actes d'affei tion, de munifu L-mc. saura reconr.aitre Icn bienfaits t|ui lui ont é:é prod;/: es à pleines mains; bienfaits qui lui ont été 01 troy-J--. sans doute pour lui taire aimer sa re:igi(»n. >cs m;nistre> et sans doute aussi j-our qu'elle garde un doux et pieux souvenir de celui qui tut .>on père et s'jn irl-s digfie pasteur.

Ainsi s'est écoulée la vie de ce grand ap6trç qui sut toujours se faire bénir et chérir par sa chanté) par ses largesses et ses vertus évangéliques.

Je ne puis mieux terminer cette biographie ou le récit incomplet de la vie glorieuse et exemplaire de M. Faquin ([u'en reproduis.-int l'étojje que lui Ht un poète canadien résidant au village de St. Ëustache, M, Pierre Laviolette, co-seigneur des Mille-Iles :

Tu meun toi. le pasicur d'un immense troupeui.

Par In soins vigilants si Rurisnnl, si beau I

TumeuR C'est au milieu de U noble carrière

Que l'infleuble mort vient fermer ta paupière I 51 l'automne â ta tombe a leYusé des fleurs.

Entends rei;Dis du moins nos soupin et nos pleun.

N'éiait^ce pas assez que nacuéres la foudre Vint briser u houlette, hèlas 1 réduire en poudre Ce bercail, tant de fois embelli de tes mains I Devais-lu donc fléchir au:< rigueurs des destins » IMj.1. grâce i les soins, â ton ardent couraee, De Mars ua recherchait le foudroyant passage. L'étranger s'étonnait de voir que tes travaux Kussent. si tAl. vaincu le sort el le cahn*. II le restait, sans doute, encore beaucoup à faire. Mais tu te iiromettais au boul de la carrière

Que la justice, un jour, la main lasse du temps Couronnerait, enfin, les lalwurs incessant.*. H£Ias! \-'eui superlIuB I espérance éphimère !

Console-toi, du moins : ledicne monument

I)e ton lèlc pieui, de mn saint dévouement,

A l'ombre des autels, loin ilei rej-atd'j profanes,

Oui ! j'en fus le témoin, ta dépouille fragile Descendit lentement A son dernier asile,

Au milieu des soupirs, au milieu des sanglots D*un peuple dont en vain on refoulait les flots 1

Après six lustres, plus, de ton saint ministère,

Tant mille souvenirs s'évoquaient de ta bière. Pouvait-on refouler les mille sentiments Qu'inspiraient tes vertus et tes bienfaits contants ?

Là, la haine s'éteint avec la calomnie ;

Là, là, ne sifflent point les serpents de l'envie. Repose donc en paix, du sommeil des élus. Dans cet asile saint, ouvert à tes vertus.

Désormais insensible à toute humaine gloire.

Tu vivras, cependant, aux pages de l'histoire Dont ta débile main traçait les derniers traits, Quand la mort te surprit, succombant sous le faix.

Pour toi, ce fut toujours une terre promise ;

Tu meurs, à son aspect, comme un autre Moïse. Mais l'Eglise et l'Etat apprécieront toujours Ce fruit de tes labeurs, de tes chastes amours.

Et la religion unie à la patrie

T'offriront, de concert, la palme du génie.

Cette élégie de M. Laviolelte me fait faire la réflexion suivante :

St Eustache a donc eu l'honneur de fournir au pays des hommes marquants, même des hommes célèbres dans les lettres et les sciences et je ne puis résister au désir et à l'orgueil légitimes de dire que, avec M. Paquin, je pourrais citer entr'autres hommes distingués :

lo. E. N. I^mbert Dumont, seigneur des Mille-Iles, grand mathématicien.

2**. " Le Docteur Auguste Globensky (dictionnaire historique de Bibaud), arrivé en Canada comme chirurgien

dans les troupes Allemandes auxiliaires de la Grande^ Bretagne, (\u\ s'établit dans le pays après la guerre de rindépendance, et qui fit ses preuves comme habile chirurgien.

3'>. I.c Docteur Labrie, membre du Par!ement dans son temps ; renommé par son éducation, sa science, et l'établissement dans St. Eustache d'un pensionnat célèbre qui attirait de toutes les parties du pays la jeunesse avide de s'instruire.

4°. M. Antoine de Bellefeuille, co-seigneur des Mille- Iles ; grand orateur ; homme très versé dans les deux langues, française et anglaise, qu'il parlait avec élégance et une grande facilité. M. Faquin en fait l'éloge suivant dans ses Mémoires inédits et autographes : " Ce M. Antoine de Bellefeuille possédait d'immenses talents, et fut regardé comme un des meilleurs orateurs du ))ays. Il a occupé plusieurs places de confiance dans l'administration Dalhousie."

5". M. Pierre Laviolette, co-seigneur des Mille-Iles, canadien (jui cultivait la poésie avec les plus grands succès. L'un de ses poèmes figure dans le traité de Belles- Lettres enseigné de mon temps d'étude au collège de Montréal.

6^. ^L \'ital Durocher, célèbre artiste et sculpteur.

7". M. Hyacinthe LeMaire St. -Germain, aussi instruit et spirituel qu'habile arpenteur. Ce digne citoyen avait écrit, lui aussi, des mémoires précieux et volumineux, même plusieurs pièces de poésie, entr'autres des chansons comi(jues et satiri(iues remplies de sel et de finesse ; mais l'incendie et des mains destructrices, durant une certaine période néfaste, semblaient s'acharner sur St. Eustache, pour le détruire et lui ravir même tout ce qu'il enfantait dans les lettres. Tel fut le sort réservé aux œuvres de M. LeMaire St. -Germain.

S^. Le Révérend Charles de Bellefeuille, célèbre missionnaire et colonisateur. Voici ce qu'en dit

NI. Faquin dans ses Mémoires : " M. Charles de ** Bellefeuille, membre du Séminaire de Montréal, est '** le premier qui ait ouvert les raissioni» sauvages des •* Lacs Nipissing, Témiscaming et d'Arbitibi, pendant ''* trois ans, savoir en 1837 et 1838, et comme on peut *'* le voir par la relation de ses courses vraiment aposto- •* liques, publiée dans les journaux de la Propagation de ** la foi." Sur une autre page de ses Mémoires, M* Taquin ajoute : ** Les missions principales sont la ** Rivière Rouge, la Colombie, &c., &c., formées par M. " Charles de Bellefeuille, mort en 1838 à la suite de ses ** missions pénibles^ Plus loin M. Pacjuin ajoute encore : " M. Charles de Bellefeuille natif de St. Eustache " entra au Séminaire en 181 9 et y mourut le 25 octobre ** 1838. Il fit une touchante relation de ses missions ** lointaines et périlleuses. Il séjourna près de trois ** années dans ces pénibles missions (ju'il a défrichées le " premier et dans lesquelles il avait produit beaucoup de ** fruits suivant le témo gnag," de ses successeurs. Il ny ** avait qu'un mois qu'il était de retour de ses fatigants voyages qu'une violente attacjue de typhus occasionnée par la fatigue l'enleva en 1838, aux vifs regrets *• de toute la population de Montréal et de sa paroisse ** natale, à l'âge de 44 ans seulement

** M. Charles de Bellefeuille avait des talents, un ** cœur extrêmement bon, un caractère sensible et plein ** d'une douceur et d'une urbanité enchanteresses. Il ** avait avec tout cela la vertu du cloître. Il était frère ** du curé de St. Roch et du co-seigrieur de St. Eustache. " Comme eux il passa jeime dans les bras de la mort." 90 M. Arrtoine de Bellefeuille, père de MM. Eustache et Antoine et du révérend Charles de Bellefeuille, dont il est parlé plus haut. Aussi l'aïeul de M. Eustache Marc Antoine de Bellefeuille ; de Charles de Bellefeuille, soldat d'Afrique, de Crimée, lieutenant dans le loo* régiment à Gibraltar, major de brigade * *, et

l'aïeu) aussi de Mde A. C de Lotbîiti^c Hanroocit mérite une mention toute spéciale.

Il coml>attit bravement en 1775. Fut fut prisonnier au blocus de St-Jean. Prisonnier sur parole, il suivit sir Henry Hamilton au Détroit comme son secrétaire priv^ et intime.

Fait plus tard prisonnier avec sir Henry Hamilton, le major Hay, le Ur McUeath et cinq autres officiers, à la prise du Fort Sackville ou Fort de Vincennes, il fiit jeté dans un cachot à Wîlliams-Burg, dans l'Eut de la Virginie, oîi il fut détenu durant 14 longs mois.

Les souffrances et les mauvais traitements qu'il eut à endurer durant sa captivité sont inqualifiables et indescriptibles;

Cette famille des de Bellefeuille a donc rendu des services signalés au pays et qui doivent valoir aux descendants une belle et bottm noie.

lo*. I-e Ur B. Globensky auquel l'historien Bibaud dédie une page élogicuse pour sa science médicale.

Outre les conitemporains de M. Taquin qui se connaissaient et se voyaient intimement, je ne puis et n'ose en signaler un jilus grand nombre ; mais je pourrais citer de notre éi)Oque, M. l'ablié Godin, renommé jiar sa science, par ses écrits, et qui aujourd'hui occuiie une chaire de professeur à l'Ecole Normale Jacques-Cartier.

1 1". M. le Chevalier Edouard de Bellefeuille qui tient son titu: honorififiue de l'ordre de la chevalerie de Pie IX, pour les écrits renommés qu'il a publiés sur la religion, et qui comme iurisconsulte a légué des traités de jurisprudence fort estimés, et qui comme littérateur profane et avocat a fait sa marijue dans le monde sivant.

i2'> Le DrMarsil qui a acquis une belle réputation et qui t'A à l'accélérer par des études et des essais constants, dans cette partie difficile de la science médicjle, la chirurgie.

Si St. Eustache a fourni des hommes de lettres, des

historiens, des missionnaires, des orateurs, des colonisateurs, des poëtes, des militaires, des mathématiciens etc., etc, il a aussi fourni d*autres hommes fort distingués, instruits et dont les familles occupaient et occupent le premier échelon dans la haute société.

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