LA POLÉMIQUE
" M. le Rédactev/r,
" Vous aviez raison de clore l'autre jour la discussion sur 1837-38, non parce qu'elle manmie d'intérêt ; mais parce q^u'elle aoct de son orbite. JLa* ceunpagne de M^ le seigneur Olobensky» de Saint- Eustadie, est terminée et le public lui donne le crédit de la victoire. Je n en veux d'autres preuves que l'assaut de personnalités organisé à la dernière heure par la Patrie contre lui. MM. L. 0. David, A. Lusignan, Cyprien et même M. Prieur, qu'on ne s'attendait pas à trouver là, font du persifflaffe à défaut d'arguments. Ça ne mène jamais loin. L'étude des événements de 1837 est un beau sujet historique et l'écrivain devrait pouvoir l'aborder sans être insulté par ceux qui diffèrent d'opinion avec lui.
" Le soulèvement de 1837 était-il un mouvement raisonné ?
" M. C. A. M. Globensky dit non : M. L. 0. David dit oui. Très bien : voila le combat engagé. M. Globensky traite son sujet en homme sérieux. Il cherche, fouille partout, remet en lumière des documents devenus rares, produit un livre et trois brochures remplis de renseignements importants et d'appréciations consciencieuses.
" Que fait M. David ? Du pathétique, de la déclamation, puis des injures. Pas une information historique, pas un point de vue élevé, pa»s un brin d'aliment pour l'histoire.
" M. David ne doit pourtant pas ignorer que le sentiment public de notre époque condamne presque unanimement la rébellion de 1837. Puisquil avait entrepris la thèse favorable du soulèvement, il devait faire des eflforts pour ramener les esprits à ses vues. Dans les circonstances, les phrases pompeuses ne sont qu'un aveu d'impuissance.
" Les manifestations qui ont précédé la rébellion étaient admirables ; la violence dont on a voulu les accompagner était une faute, dont Papineau ne s'est jamais relevé. Cet homme, qui a vécu quarante ans après cette malheureuse affaire, qui a conservé jusqu'au dernier moment la plénitude de ses facultés, qui jouissait d'une grande fortune, n'a jamais pu reprendre un rang dans notre politique. Si Papineau avait eu raison, il serait devenu l'homme irrésistible ; il est resté l'homme impossible. Voilà le verdict de la nation.
" On dit trop légèrement que ce sont les troubles de 1837 qui nous ont valu nos libertés politiques. Ils les ont retardées de quelques années, voilà tout ; et si vous lisez les débats du parlement anglais, vous y verrez que nos adversaires ont failli, en invoquant les violences de 1837-38, défaire la mesure qui nous donnait le régime constitutionnel.
" Comme l'a si bien mis en relief M. Globensky, le soulèvement de 1837 n'était pas exclusivement l'explosion d'un grand sentiment patriotique ; il était aussi le produit d'une idée politique : l'annexion aux Etats-Unis. Dans l'espnt des chefs, le Bas- Canada ne devait pas obtenir une autonomie particulière ; il devait faire partie de l'Union américaine. Et quand on envisage ce singulier côté de la médaille. Ton doit vivement remercier le clergé d'alors d'avoir enrayé ce mouvement désastreux. La Providence nous réservait à de plus hautes destinées.
" Pourquoi donc M. Globensky ne pourrait-il pas
«ajoardliui chercher à établir que ceux c)ui <Hit pris les armes pour étooflfor ce cri d'annexion avaient aatant de natriotisme que les patriotes ? N'est-ce pas une belle thèse que œlle-la ? Ne coavre-t-elle pas un terrain des plus vastes, des plus sérieux ? Celui qui soulève une telle discussion n'a-t-il pas droit au respect de tous ? De fait, ne rend-il pas «service à son pajrs ?
" Je n'entends pas ici dénoncer ou amoindrir les braves de 1837. Moi-même je suis lils de patriote. Mais c'est de mon père même que je tiens ces sentiments de désapprobation. D^ chefs mal éclairés avaient mal dirigé l'ardeur des partisans dévoués jusqu'à la mort Les braves de 1837 sont des héi^os ; personne ne nie cela, et s'il s'agit de rendre hommage à leumiémoire comme hommes courageux, sublimes dans leur audace, nous serons tous (i*aceord Mais telle n'est pas Ja question du moment.
" La révolte de 1837-38 était-elle justiiîablt.% avantageuse et digne d'éloges ? Voilà le point à décider.
" L'opinion publique a répondu : non, et tant qu'il y aura du bon sens parmi nous, ce non se répercutera de génération en génération. Rendons hoinmao^e à la bravoure, à l'héroïsme de nos compatriotes si vous le voulez. Combattons la politique conçue par leurs chefs qu'ils n'étaient pas en état de juger dans un moment d'effervescence.
" Un Fils de Patriote.
" Montréal, 6 octobre 1884."
La seconde lettre a été publiée dans le même journal, L<i Minerve, le 7 de novembre 1884.
L'auteur est M. l'abbé Verreau, renommé pour sa science et ses grandes connaissances historiques :