UNE CAUSE DE DIVISION
" NuU3 avons vu liîer l'un des notables de 8aint- Etistoche, et nous mius sommes reiispigTi^ parfaitement sur If- l)ii.)ji*t dont parlait la Miiierve do «tmedi, d'élever en cette pauroisse lui monument aa Dr Chénfer.
" Or, fait stgnifieatif : un docoment a, paratt-ïl, m ngôé il y a quelques semaines par la grands muonté des habitants de Saint-Eostache, jJns des toMB^uarts, dit-on, auraient condamné l'idée de ce SKranineut. Far contre, ils auraient, à la mâme majorité, plus des trois-quarts, exprimé leur désir d'élever un monument à teu M. le curé Paquin Or, l'idée du monument Paquin. c'est la condamnation absolue du monument Chénier.
" Cette attitude des habitants de Saint-Eustache est toute naturelle. Chénier quelque pût être l'excellence de ses intentions et la générosité de son patriotisme, a soulevé un mouvement déplorable qui a produit des effets désastreux. Révolte contre le pouvoir légitime, il agissait en même temps en désobéissance formelle à l'autorité religieuse qui condamnait énergiquement cette révolte.
" Tandis que M. Paquin, lui, a fait des fondations importantes, i-endus des services précieux, créé des monuments de charité chi-étienne qui en font le bienfaiteur de sa pai-oisse.
" Sous de telles circonstances, les promoteurs da monument Chénier foraient-ils acte de patriotisme en persistant dans leur projet ? Nous ne le croyons pas.
" Nous ne croyons pas même qu'ils serviraient les intérêts de la gloire de leurs braves, car sous de telles circonstances, ce serait offenser sa mémoire que de l'esposer à voir les trois-quarts de sa propre paroisse porter condamnation sur ses actes.
" Un monument national ne devrait jamais être l'oecasion d'une division nationale profonde ; il devrait au contraire être toujours un moyen d'union et de force, un point de ralliement.
" Si le monument Chénier a l'effet de nous diviser^ c'est qu'il n'a pas raison d'être, ou que le temps n'est pas venu de songer à l'élever.
" Ne serait-il pas absurde, de la part du public canadien, de faire des sacrifices pécuniaires pour aller imposer aux habitants d'une paroisse un monument dont la grande majorité ne veut pas.
" Ne serait-ce pas aller les insulter chez eux sous prétexte de faire un acte patriotique.
" Vous êtes libéraux: Chénier était-il le premier de vos chefs ? Etait-il selon vous plus grand que Papineau ?
" Or, Papineau a-t-il son monument ? Vos autres chefs libéraux ont-ils le leur ! Y en a-t-il un seul qui l'ait !
" Pourquoi alors élever un monument qui va être une occasion de guerre entre Canadiens, tandis que vous pourriez en élever tant d'autres qui pourraient ne rencontrer (jue l'approbation unanime universelle, ou du moins ne soulèveraient aucune hostilité.
" C'est une simple réflexion que nous suggèrent les circonstances. Nous la livrons pour ce qu'elle vaut à la minorité de Saint-Eustache, de même qu'à ceux qui la secondent dans son projet."
La Vérité, journal publié à Québec, formulait, à la date du 5 septembre 1885, les commentairts qui suivent :