WM. HENRY SCOTT
M. Scott était de taille moyenne ; mais sa stature avait des proportions athlétiques et proportionnées pour la lutte, pour le combat. Sa marche était hardie, sa tournure distinguée. Sa physionomie était agréable et pleine d'attrait. Une large tête recouverte d'une belle chevelure noire et bouclée, se fesait tout spécialement
remarquer. Sur un front haut et b!en développé ra3'onnait l'intelligence. L'œil brillant tomme une étoile lançait des éclairs lorsqu'il se trouvait en face d'un adversaire, d'autant plus qu'il était brave comme l'épée du roi; et s'il n'a pas combattu en 1837, c'est uniqu ment parcecju'il savait qu'il aurait perpétré un acte de démence impardonnable. Sa parole dans laquelle il y avait un grasseyement naturel et moqueur, était remplie de sel et de reparties promptes et acérées comme l'acier. Son esprit pétulant en fesait un causeur charmant dans les conversations amicales.
Si dans la contrariété il était mordant et impitoyable, particulièrement en temps de lutte ou d'élection, d'un autre côté il était d'une affabilité et d'une bonté admirables dans les relations intimes et familières. Quoique d'un caractère vif, il était cependant naturellement doux et sympathique et il recevait chez lui avec distinction, avec bienveillance ; et les jeunes gens qu'il affectionnait tout particulièrement, l'aimaient on ne peut plus, pour l'hospitalité, l'urbanité et l'indulgence qu'il leur prodiguait. Il était l'ami du riche com.i.e du pauvre et sa main généreuse fut toujours ouverte aux malheureux. Inutile de dire c[u'avec de tels attributs il s'était acquis une grande popularité dans St. Eusta he, et dans le comté des Deux-Montagnes qu'il re]:)résenta dans le Parlement durant un grand nombre d'années.
Sa résidence, à l'intérieur comme à l'extérieur, portait le cachet d'une demeure somptueuse et princ ère.
Il était à la tête d'un immense établissement de commerce qui attirait les chalands de plusieurs lieues à la ronde. Sa fortune était considérable, mais sa trop généreuse libéralité lui fit faire une brèche sérieuse et à sa mort sa succession était gravement affectée.
Quoique d'origine écossaise, il était canadien de cœur. Aussi, en 1837, il représentait avec M. Girouard le
comté des Deux-Montagnes et il n'a cessé de le représenter jusqu'à sa mort en décembre 1851.
Facile et porté à goûtjr les émotions enthousiastes et ardentes, rien d'étonnant qu'au début des troubles de 1837, ^1 ss soit laissé entraîner par la fo«gue des orateurs de l'époque à figurer parmi eux ; mais après avoir bu à la coupe de la rébellion, son jugement droit lui fit bientôt voir qu'il fesait fausse route et qu'il ne devait pas employer son influence et sa popularité pour engager ses co-paroissiens à la violence à la révolte. Aussi fit-il tous ses efforts pour les ramener à des sentiments plus tempérés et plus réfléchis. Il eut à ce sujet maille à partir avec les chefs exaltés et étrangers à St. Eustache. Il essaya de dompter l'impétuosité et l'orgueil téméraires du Dr Chénier, qui déployait toujours un zèle ardent à engager la population à prendre les armes. Mais sa parole énergique et patriotique comme ses supplications ne réussirent pas plus à réprimer la détermination désordonnée du Dr Chénier qu'à arrêter les progrès de la rébellion ; car l'entêtement du Dr Chénier qui ne raisonnait point et l'exaltation comme l'efi'ervescence des révoltés qui étaient en outre chauffées à blanc, rien ne pouvait alors obtenir des concession-, de paix. D'ailleurs l'exaltation fiévreuse des insurgés était trop bien nourrie et trop bien cultivée par le notoire Girod, pour y mettre un frein salutaire, d'autant plus que lui et les autres chefs les assuraient qu'ils étaient à l'abri de tout danger et que jamais les troupes anglaises n'auraient l'audace de venir les attaquer dans leur camp.
Le mal était fait. Les digues étaient rompue?. M. Scott n'y pouvait plus rien. La frénésie, le vertige, l'emportement causés par des aspirations déréglées comme par des passions violentes de parti, ne devaient être subjugués et étouffés que dans le sang de nos malheureux compatriotes et les ruines fumantes du riche et yrand villaLire de St-Eustache.
EMERY FÈRÉ
M. Emery Fèré, issu d'une famille de aotabilité remar- (luable, était ■ un arpenteur habile qui s'était créé une excellente renommée dans sa profession.
Homme bien planté, d^une stature au-dessus de la moyenne et aux formes athléti(]ues, il imposait par un port majestueux et la distinction de ses manières gracieuses.
C'était en un mot un type rare et parfait de notre ancienne bourgeoisie française. Toujours, mis avec som et quelque recherche, il figurait toujours bien et la bonnesociété l'accueillait favorablement, particulièrement pour le charme de sa conversation attrayante et agréable.
Grand amateur de chasse et habile tireur, il enchantait les disciples de saint Hubert par le récit de ses exploits cynégétiques. A un âge même déjà avancé, il se livrait encore à cet amusement irré istible de lu chasse qu'il affectionnait par dessus tout ; et bien des fois ce vieux Nemrod se donnait la douce et orgueilleuse jouissance d'enseigner aux jeunes chasseurs comment avec un fusil à deux coups on abat au vol le gibier à right and left, et cela sans perdre sa poudre et son plomb.
En 1837, il fut visité et choyé par les agitateurs de l'époque qui l'entraînèrent dar.s le courant révolutionnaire ; mais homme d'un sen& parfaitement droit et lucide, il s'ai^erçut avec son aani M. Scott qu'il s'était égaré et qu'il fallait revenir dans Le droit chemin de la prudence et de la sagesse..
Ami et beau-frère de M. l'abbé Paquin qui était hostile à la rébellion, il partagea en dernier lieu les sentiments de son noble parent et ne voulut plus, pactiser avec ceux qui entraînaient le pays dans le désordre, dans l'anarchie et il fit tous ses efforts pour conjurer le Dr Chénier qui s'était emparé de la confiance des insurgés, de suivre sou
exemple comme celui de M. Scott. Il supplia non seulement une fois, mais à plusieurs reprises ce chef dangereux qui était devenu l'âme de la révolution, d'abandonner des projets qui étaient impossibles et une violation coupable de la loi et de l'humanité. Le Dr Chénier répondit à ses conseils judicieux par des lieux communs et le menaça de le faire incarcérer, s'il continuait à donner de tels avis aux insurgés. " Vous défendez, lui répliqua M. Fèré, une position qui vous sera fatal ainsi qu'à vos malheureux compatriotes, et je ne puis m'empêcher de vous dire qu'il y a chez vous plus d'orgueil et d'entêtement que de jugement et de patriotisme."
Cette semonce bien appliquée exaspéra le Dr Chénier qui, dès le soir même, fit arrêter M. Fèré et le fit garder comme prisonnier des insurgés.
Il faut ajouter que M. Fèré avait sucé, non le suc d'une pomme de discorde, mais le lait du libéralisme, de ce libéralisme modéré que nul ne peut réellement craindre ou comparer à celui des radicaux européens ; et il sympathisa toujours avec les libéraux avancés de notre pays.
M. Latte, français de passage au Canada, qui avait une certaine célébrité comme homme de lettres, fut durant plusieurs mois l'hôte bien accueilli de M. Fèré. Fier et heureux de 1 hospitalité bienveillante que lui offrait M. Fèré, il en profita pour s'appliquer à écrire plusieurs lettres et ouvrages sur la politique de ce pays.
M. Fèré, à ï'encontre de tant d'hommes qui ont le cerveau aussi exalté que les sentiments, fut durant les jours de 1837 comme plus tard un homme modéré, conciliant ; en un mot, un aviseur sage, prudent, et particulièrement très avide de la paix comme du bonheur de ses frères en origine.
Cet homme charmant, cet excellent patriote, est mort en 1860, à l'âge de soixante-et-cinq ans