‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 56 sur 102 · PREMIERE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIERE LETTRE

Je mentirais si je disais que la dernière lettre de M. David ne m'a pas surpris.

Durant une promenade à St-Eustache, il a fait, dit-il, '• l'étonnante découverte " que M. l'abbé Faquin n'est pas l'auteur du Joia-iial historique, mais que le véritable Témoin oculaire est son vicaire, M. Desèves. Il se fonde sur le passage suivant des mémoires inédits de M. Faquin, volume 3, chapitre V, 2'' alinéa :

" Nous répéterons ici pour cette bataille ce qui en est dû dans le journal des événements de St-Eustaclie fait par un témoin oculaire, M. Desèves, maintenant curé de St-Augustin et alors vicaire de M. Faquin, curé de St-Eustache. Ce journal, imprimé à Montréal par M. Jones, fut rapporté dans les gazettes de Québec et répandu à plus de 2000 exemplaires au rapport de M. Jones lui-même."

Les mots que j'ai soulignés dans ce passage sont bien le texte même de M. Faquin, mais ne sont pas

dans U citation faite par M. David. Cette variante n'est point d'une importance majeure, mais il est toujours bon de rappeler que lorsqu'on cite un auteur, il faut le citer exactement.

Passons à l'examen de la question au mérite, comme on dit dans le langage du palais.

C'est à M. David lui-même que je dois communication de ce 3e volume des Mémoires de M. Paquin, M. David l'ayant emprunté de M. le Dr Marsil, de St-Eustache. Le volume que j'ai entre les mains n'est pas le même ; il est bien moins considérable, il me semble être un premier jet, un brouillon. J'accepte la version que possède le Dr Marsil.

Or, celui-ci est le dépositaire de ce volume, a-til déclaré, depuis quinze à dix-huit années, chose que j'ignorais encore la semaine dernière. Comment se fait-il donc que M. Marsil, qui vit dans le même village que moi et avec qui je suis en bons termes, ne m'ait pas fait part de cette circonstance ? Est-ce parce que nous ne partageons pas les mêmes principes politiques ? Je crois qu'il a donné la réponse lui-même, lorsqu'il a dit à mon fils que ce n'est qu'après la publication de mon livre qu'il a découvert cela dans les Mémoires de M. Paquin.

Il a sans doute fait cette " découverte étonnante " conjointement avec M. David, son ami politique, durant la dernière promenade de ce dernier à St-Eustache. Mais il n'est pas donné à tout le monde d'être découvreur.

Nous qui vivons à St-Eustache depuis de longues années, nous avons toujours parlé du journal de M.

Paquin et nuus n'avons jamais entendu parler du journal de M. Desèves. Les héritiers Paquin, les parents qui lui survivent, dont quelques-uns ont été élevés par lui, en un mot toute la famille, dont M. le Dr Marsil lui-même est membre par alliance, ont toujours regardé notre ancien curé comme l'auteur ô.\x Journal. Et pourrait-on citer une seule personne sur les deux mille qui ont dû posséder un exemplaire du Journal imprimé, ou sur les vingt mille qui ont dû le lire, soit dans le texte, soit dans les reproductions des journaux ; peut-on, dis-je, citer une seule personne dans le pays qui ait pris le témoin oculaire pour M. le vicaire Desèves ?

Si nous consultons les historiens contemporains, ceux qui ont étudié avec le plus de soin les événements dans leurs détails, que voyons- nous ?

D'abord, M. Edouard de Bellefeuille, auteur de V Anmiaire de Ville-Marie, publié en 1871, dit :

" M. Paquin a de plus écrit un Journal Historique des événenie/ifs arrivés à Saint Eustache pendant la rébellion du comté du Lac des Deux- Montagnes^ qui a été imprimé en 1838, et auquel- nous avons fait plusieurs emprunts dans le cours de cette notice."

Et M. de Bellefeuille raconte ensuite la bataille de St-Eustache, en suivant de point en point le récit du Journal.

M. L. N. Carrier, auteur de l'ouvrage intitulé :

" Les événements de 1837-3.5', esquisse historique de V insurrection du Bas-Canada, 2877^^ dit à la page 87, en parlant du " témoin oculaire" :

"Le Révérend M. Paquin, auteur du journal historique des événements arrivés à St-Eustache pendant la rébellion. On doit d'autant plus ajouter foi aux récits de M. Paquin qu'ils sont confirmés par la presse impartiale du temps et que M. Paquin ne cachait pas ses sympathies en faveur de l'insurrection."

Je rappellerai en passant que M. L. N. Carrier, qui a fait sa marque comme historien, est le fils d'un patriote de 1837.

M. l'Abbé Verreau qui fait autorité comme historien bien renseigné, m'écrivait entr'autres choses, dans sa lettre datée du 24 mars dernier, ce qui suit :

'•' Quant au journal historigue, j'avais toujours cru qu'il était de M. Paquin. A l'époque où il a paru, j'étais assez jeune : mon défunt père nous le lisait le soir dans le Ca>iadien. J'avais l'esprit déjà frappé par la vue des habits rouges et des baïonnettes des soldats qui logeaient en face de chez nous. Les détails de cette époque sont restés assez gravés dans ma mémoire. C'est de cette époque que le nom de M. Paquin m'est connu. Plus tard, à Sainte-Thérèse, le vénérable M. Ducharme m'a parlé des événements de 37, du rôle qu'il y avait joué, ainsi que IVL Paquin. Je ne puis affirmer qu'il attribuait la paternité à\x Journal k M. Paquin, mais c'est l'impression qui m'en est restée. Lajoie, dans le catalogue de la bibliothèque du Parlement, Morgan, dans sa Bibliotheca canadensis^ rangent M. Paquin parmi les écrivains canadiens, précisément à cause de cet ouvrage . . .Au lieu d'un écrivain, vous en avez deux maintenant et deux témoins oculaires: le vicaire, M. Desèves, qui^me paraît mettre beaucoup de mesure dans ses paroles \ vous ayez en même temps l'opinion du curé, qui écrit au jour le jour, non en vue d'une publication immédiate. Ses ex-

pressions sont dures ; mais on ne l'a pas écouté ; on l'a insulté et presque maltraité ; on a causé la ruine de de son église^ du couvent, d'un village florissant. Pourquoi? pouvait-il se demander au bout d'un an et de plusieurs années.

'^ Je suis si occupé que je ne lis pas les journaux. On me dit que M. David veut tirer parti contre vous du fait que M. Paquin n'est pas Tauteur du Journal. Je sais gré à M. David d'avoir fait connaître ce fait, s'il est parfaitement établi, comme je l'ai dit plus haut ; c'est une erreur de moins. Mais l'auteur n'en est i>as moins témoin oculaire ; il n'en est pas moins véridique, et puisque M. Paquin renvoie à cet écrit pour les détails, c'est qu'il a trouvé ces détails corrects."

Ce que je viens de citer de la lettre de M. l'abbé Yerreau n'est qu'un extrait tiré d'une longue lettre où il me parle d'autres sujets historiques.

Dans une autre lettre que m'adressait M. l'abbé Verreau, le 23 de mars ilernier, il ajoutait :

" Ce qui justifiera M. l'abbé Paquin de n'avoir pas voulu suivre le mouvement révolutioanaire, c'est son obéissance aux instructions de son évêque, et aux yeux des catholiques, les patriotes auront toujours le grand tort d'avoir repoussé avec mépris, même avec des insolences, les conseils paternels de Mgr. Lartigue."

Ceux qui ont lu mon livre ont dû remarc^uer le passage suivant de la lettre de M. Joseph de Bellefeuille, page 136 :

" J'ai lu avec intérêt le petit pamphlet sur les malheureux événements arrivés en 1837 dans notre paroisse.

" C'est vers la première date de ce pamphlet, c'est-àdire le 26 de novembre 1837, que je suis parti de St- Eustache pour aller à Nicolet, et j'y suis revenu durant l'hiver suivant, de sorte que je n'ai pu être témoin de ces événements. Mais je crois que, d'après le rapport de beaucoup de personnes très dignes de foi et que j'ai questionnées, tous les faits rapportés par l'auteur de ce pamphlet que l'on attribue à feu Messire Faquin, le curé de St-Eustache lors de ces événements, sont très véridiques. D'ailleurs, jamais personne, à ma connaissance, n'a eu la témérité de contredire la véracité et l'authenticité de cette brochure qui a été écrite par un homme franc, généreux et animé des sentiments patriotiques et évangéliques les plus purs. "

Lisons maintenant les trois lettres qui suivent : l'une du Révd. M Guyon, curé de Saint-Eustache ; la seconde de M l'abbé Tassé ; la troisième du révérend M. Théberge, curé actuel de Varennes, mais qui fut précédemntfirit à la tête de la cure de St. Augustin durant un grand nombre d'années et où demeurait M. le curé Desèves :

Presbytère de St-Eustache, 24 mars 1884.

A C. A. M. Globensky, écuyer, au Plateau des Chênes, St-Eustache.

Mon cher Monsieur^

Vous me demandez si j'ai quelque raison de croire que le Journal historique par Un témoin oculaire a pour auteur M. 1 abbé Paquin plutôt que son vicaire M, Desèves.

Je puis vous répondre ceci : Je suis prêtre depuig

1843 £t curé de St-Eustache depuis 1860. Jamais je n'ai entendu dire que M. Desèves fût l'auteur du Journal en question, mais au contraire, j'ai toujours pris comme chose certaine que l'auteur était M. l'abbé Faquin.

Avec une parfaite considération,

Votre, etc, etc.

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