‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 69 sur 102 · C. A. M. Globensky, Ecuyer · texte numérisé non relu

C. A. M. Globensky, Ecuyer

à Saint- Eustache.

Mon cher monsieur,

J'ai lu votre ouvrage historique, intitulé " La rébellion de 1837 à Sa'nt-Eustache" et je l'ai parcouru avec d'autant plus d'intérêt que, peu s'en est fallu que j'aie pris moi-même une part active à cette révolte de bien triste mémoire.

En effet, peu de jours avant le désastre du 14 de décembre 1837, époque où le florissant village de Salnt-Eustache fut, en grande partie, incendié et détrait à la suite de l'insurrection aussi peu réfléchie que fort mal dirigée par des chefs qui, peut-être, eussent pu s'iflustrer dans d'autres causes, on est venu m'assaillir à Terrebonne, où je vivais dans le calme d'au citoyen qui comprend sa position et ses devoirs. Le chef de l'escouale alla même jusqu'à me menacer de me conduire par la contrainte au camp de Saint-Eustache, si je refusais de m'y rendre de bon gré ou de prendre part à la rébellion. Je répondis que les procédés d'un grand nombre de mes compatriotes étaient blâmables, plus que téméraires ; mais on était fanatisé, et l'établissement d'une répubhque en ce pays était une pierre d'achoppement qui était attachée aux noms des Chénier, des Girod et de tant d'autres chefs qui les commandaient, qui les appuyaient, et mon refus de prendre part à ce mouvement déréglé fut très mal accueilli.

Toutefois, je pus m'échapper à la faveur de quelques bonnes personnes accourues pour apaiser un peu l'exaltation de ce farouche patriote, de ce chef dont je veux cependant taire le nom, et je laiseai Terrebonne pour Montréal où je devais être plus en sûreté.

Après quelques jours d'absence, je revenais à mon humble gîte, l'énergumène patriote avait disparu; mais voici que, tout-à-coup, une lumière sinistre éclaire un vai?te

horizon : c'était la conflagration du grand village de Saint- Eustaclie et des environs. A.nxieux de connaître le faneste résultat, je partis ou plutôt je volai, le 16 de décembre, vers ce village en ruine. Quel spectacle, mon Dieu !

La belle église paroissiale, le manoir, le couvent, le presbytère en cendres ; de longues rues détruites et obstruées de décombres ; des corps humains calcinés ou demi-consumés gisaient çà et là; des mères de familles sanglotant, hurlant de douleur ; des jeunes personnes «'arrachant les cheveux, cherchant qui leurs maris, qui leurs frères, etc., en maudissant l'absurde et téméraire insurrection.

Avec la permission du commandant, votre bon pè-^e, j'entrai dans l'auberge où gisait sur un comptoir l'infortuné docteur Chénier, portant un capot d'étoffe du pays, fort décemment placé. Bien des rumeurs circulaient ; cependant aucune n'allait à dire qu'on avait arrachée promené en triomphe le cœur du docteur Chénier ; l'autopsie avait eu lieu à huis-clos. Je visitai ensuite un appartement où étaient détenus un certain nombre de prisonniers ; les uns avaient la figure brûlée, d'autres étaient mortellement blessés, enfin plusieurs sans vie n'offraient que des cadavres horribles à voir.

Quelques bons prêtres, dévoués à leur ministère, administraient avec empressement et bonheur aux victimes de l'insurrection toutes les consolations de la religion.

Le village était sous la régie et le commandement du capitaine Globensby. Tout était calme, silencieux, et votre père semblait inspirer une confiance illimitée dans le cœur des malheureux prisonniers.

Je ne connaissais point monsieur votre père, mais il me suffisait de sa voir qu'il était membre de la famille Globensky, pour qu'il fut à mes yeux gentilhomme et bon chrétien.

Quant à votre ouvrage, mon bon moa sieur, l'élévation des sentiments, la générosité du cœur et la narration de la vérité historique dégagée de partialité, en font, suivant moi, une œuvre de mérite, et en cela, je partage assurément l'opinion des hommes de prcbité et cordialement dévoués au bien de leur pays.

Avec une parfaite considération,

Votre tout dévoué, etc.,

F. X. Valadb.

Etait-il nécessaire de publier dans mon siipplé ment du mois d'avril dernier les lettres des aulo-

rites religieuses et laïquesqui y figurent, comme de publier dans celui-ci d'autres lettres non moins importantes, qui ont, non seulement approuvé la publication de mon livre, mais qui ont désapprouvé la révolte de 1837 ?

Non, les autorités ecclésiastiques, môme dans leurs mandements, comme les autorités civiles, avaient déjà condamnvi, maintes fois, et dans les termes les plus sévères, les plus énergiques, la rébellion canadienne.

Cependant, M. David, une plus grande lumière, qui éciit pour écrire et non pjur prouver, persiste à prêcher le contraire en simulant d'ignorer que les autorités ont parlé, et il n'ose pas mèuie attaquer de front les lettres des hauts personnages qui ont condamné et la révolte et lui-même.

Celui qui, d'après M. David, ne sait p:is ignorer, ne sait pas dissimuler, ne saura jamais régner ou ne pourra jamais arriver au faîte des honneurs. Voilà pourquoi il ne veut pas s'attaquer à trop forte partie, et ce n'est que sur moi qu'il lance ses foudres. C'est ce que l'on doit appeler du courage, de l'audace et de l'astuce.

Alo'-s, à quoi sert de s'évertuer à dessiller les yeux d'un aveugle qui ne veut pas voir, ou à quoi bon vouloir ouvrir les oreilles à celui qui ne veut pas entendre, qui ne veut pas même respecter la sentence de ses supérieurs ecclésiastiques ? Ce serait peine perdue, et il faut bien le laisser vivre dans son obstination malade ou dans l'endurcissement de son péché mignon.

CONCLUSION

J'ai publié un livre sur la îébelLon de 1837 à Saint-Éustache, dans le but seul de réfuter Terreur et les fausses accusations qui blessaient mon honneur, mon amour filial et le respect que je dois à la mémoire de mon père audacieusement calomniée.

Ce n'est qu'en lisant mon livre et la brochure que j'ai publiée plus tard, c'est-à-dire en avril dernier, que l'homme instruit, impartial et désintéressé pourra juger facilement entre M.David et moi.

La réplique que je publie aujourd'hui, ne pouvait renfermer ce que j'ai déjà édité et elle ne devait comprendre que certaines considérations et commentaires, qui n'ont pas été développés dans mon livre et dans ma précédente brochure.

Conséquemment, pour pouvoir se former une opiniou juste sur la valeur de mon livre, sur le mérite réel de ma brochure, il faut tout lire. Il faut môme avoir le courage de lire attentivement les erreurs de jugement et de civilité dont fourmille le livre de M. David, et si le juge n'est pas fanatisé par l'esprit déréglé de parti, il devra condamner la rébellion et ses excès. Oui, si le lecteur ne veut pas sacrifier la justice, la vérité à sa passion politique, à ses malheureuses piéventions, il se dira que M. David et consorts, que je combats, se sout oubliés et que s'ils se sont trouves froissés, humiliés, c'est parce que j'ai fait éclater la vérité historique; et comme nul n'a le droit de nier l'accent de la vérité, les coinléressés auxquels il importait de la cacher m'ont accablé de blâme et ont outragé le bon sens, la raison et môme la morale en louangeant la rébelliou et en

manquant aux égards que l'on doit à un gentilhomme.

Oh ! si mes adversaires avaient pu m'accuser de quelques forfaits, et j'irai phis loin, je dirai d'un seul, ils l'auraient bien proclamé ; mais non, ils ne le peuvent, ils ne l'ont pu durant mon élection, en 1875, et le dépit, la rage, le fanatisme politique ont tellement grisé leurs sentiments, qu'ils vont jusqu'à reprocher à un fils le droit de venger le nom d'un père honteusement et injustement attaqué.

Si leurs folles insultes pouvaient me blesser, j'en serais amplement dédommagé par les nombreuses lettres d'approbation et d'appréciation qui m'ont été adressées au sujet de la publication de mon livre, dont quelques-unes seulement ont été publiées, afin de complaire à d'autres personnes très haut placées qui m'ont manifesté le désir de conserver l'incognito, ne voulant point s'exposer aux attaques vulgaires et inqualifiables de M. David et de combien d'autres de la même farine.

Enfin, si je n'ai pas répondu plus vite au livre de M. David, c'est que je voulais savoir ce que la presse du pays en dirait, et vu, qu'à l'exception de peux journaux qui l'ont annoncé et un seul, à ma connaissance, qui en a approuvé la publication, j'ai naturellement beaucoup hésité à rompre le silence, et mes amis comprendront cela.

Quoique cette production, dont personne ne parle, qni a cependant deux mois d'existence et plus, n'affecte en aucune manière le livre que j'ai publié, " La Rébellion de 1837 à Saint Eustache," j'ai cru que je devais lui dédier les quelques commentaires qui précèdent, non pour défendre ce livre, qui n'en a pas besoin, qui a été approuvé et apprécié ; mais uniquement pour prémunir la jeune génération et les étrangers, qui ne savent point parfaitement ce qu'a été la

révolte de 1837, contre ce livre de M. David qui renferme des idées, des aspirations dangereuses, des principes condanr.nés et dont V orthodoxie radicale ne peut être approuvée que par certains hommes politiques qui ne font pas autorité en ce pays.

C. A. M. Globensky. Plateau des Chênes, Saint-Enstache, 30 août lb84.

P. S. — La réplique qui précède et qui va être convertie en brochure, sera donnée gratuitement avec celle que j'ai publiée en avril dernier, à ceux qui auront mon livre " La rébellion de 1837 à Saint-Eustache," en s'adressant à MM, Gadieux et Derome, libraires, rue Notre-Dame, Montréal.

TROISIÈME SUPPLEMENT

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