‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 89 sur 102 · L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

L'AUTORITÉ

" Des orateurs démagogiques sur les hustings ont osé tenter de couvrir les atrocités commises dans le

Nord-Ouest par les insurgés, y compris les meurtres des missionnaires, en justifiant la i-ébellion, en la représentant connue un droit et une nécessité.

On a même entendu M. Laurier s'écrier sur le Champ de Mars : " Si j'avais été sur les bords de la " Saskatchewan, avec les Métis si injustement " opprimés, j'aurais, connue eux, pris le mousquet " pour les défendre."

" On peut donc croire qu'on ignore l'enseignement de l'Eglise sur ce sujet, ou qu'on s'en moque. Afin qu'on ne puisse plus s'y tromper ni tronquer les autres, nous reproduisons aujourd'hui l'un des plus célèbres mendements de Mgr J. J. Lartigiie, premier évêque de Montréal, à l'occasion des troubles de 1837.

"A cette mémoral)le époque, au moment où, pour des griefs bien réels et de longue durée, l'esprit de •révolution conunenra à se répandre parmi nous, nos évoques s'en alarmèrent et firent prêcher la soumission dans toutes nos églises. Mais il était déjà trop tard. Le vertige s'était emparé des têtes ; et sous le prétexte que l'avis des prêtres ne valait rien en politique, on passa outre.

" La rébellion étant sur le point d'éclater, ]\Igr Lartigue tenta un dernier efi'ort pour rappeler le peuple au devoir, en pronmlguant dans ce beau mandement, les doctrines de l'Eglise contre les révolutions. Ce mandement fut jugé dans le temps avec passion, et par conséquent sans justice ; espérons qu'aujourdhui il sera plus justement apprécié.

" Il fallait alors du courage et de l'énergie pour s'opposer aux fiots d'une agitation dont les causes conimandaient les ardentes sympathies de tout le peuple, parce qu'elles avaient quelque chose de tangible et de respectable. Mais l'Eglise, toujours calme, ne se laisse pas emporter par des sympathies au delà des justes bornes. Elle conseille, elle com-

mande même au besoin, de supporter une injustice pour empêcher un plus grand mal.

"On peut juger de l'accueil que les agitateurs firent au mandement de Mgr Lartigue, au milieu de la surexcitation du moment, par la passion et la mauvaise humeur ouvertement manifestées tout récemment contre les évêques et les prêtres qui ont refusé de permettre des démonstrations politiques dans les églises.

" En lisant ce mandement on verra que chaque phrase et tous les mots même en ont été pesés devant Dieu, avec l'esprit de charité et vraiment paternel que les pasteurs ont toujours pour leurs brebis. On y voit clairement la limite du ptrmis et l'abime atireux qui s'ouvre au-delà.

" Il y eut résistance à la voix du prélat, résistance accompagnée de menace ; mais cette résistance, tout aveugle qu'elle était avait pour motif apparent l'intérêt public, l'intérêt de toute la colonie, le patriotisme enfin ; car il y avait du dévouement et presque de l'héroïsme chez les insurgés de 1887.

" Si l'insurrection de 1837 était si condamnable aux yeux de l'Eglise, comment peut-on oser tenter d'atténuer la culpabilité de celui qui a provoqué celle du Nord-Ouest en 1885 ?"

Le 31 mars 1886, la Minerve contenait l'entrefilet suivant :

" M. L. O. David fait circuler dans une certaine presse, un document des plus attendrissants, où il est question d'abord (obliridto) des victimes de 37-38, et dans le(|uel Sir John laissant pendre Louis David Riel, est comparé à Ponce-Pilate laissant crucifier Notre-Seigneur.

" Passons par-dessus la profanation que comporte cette comparaison d'un affreux renégat, assassin, révolutionnaire, antéchrist, monstre, (suivant le langage des inissionnaires) assimilé au Christ.

" M. David devrait savoir plus que tout autre, que cette comparaison est une simple rengaine, un simple réchauflé, attendu que quelqu'un de leurs émules en libéralisme, comparait jadis ce même Riel au même Ponce-Pilate, dans le National ou le Bien Puhlic, à propos de l'exécution de Scott.

" C'était sous le régime grit-rouge, et MM. David et compagnie étaient tenus alors d'approuver en tout la conduite de leurs chefs, MM. Blake et Mckenzie, qui venaient d'arriver au pouvoir à Toronto puis à Ottawa, au cri de Riel assassin de notre frère Scott, et qui disposaient en consé(juence du patronage où rouges et grits aimaient à s'alimenter."

Le 11 février 1887, la Minerve écrivait encore ce qui suit :

" Lors de la révolte de 1837, les évêques sont intervenus pour mettre la population en garde contre les tendances révolutionnaires et l'on se rappelle le mandement de Mgr Lartigue qui commence par ces mots: QaeUc misère, Nos très Chers Frères.

" Lors de l'insurrection de 1885, les évêques sont encore intervenus pour dénoncer le dévergondage révolutionnaire et signaler les dangers sociaux d'un mouvement né de cette insurrection. Malheureusement, Y Etendard leur a contesté le droit de se prononcer en Citte affaire autrement que comme citoyens, et a prétendu que, même à ce titre, leur opinion avait moins de valetir que celle des politiciens et journalistes libéraux, sous prétexte que ceux-ci ont la grâce d'état."

A la même date, la Minerve ajoutait :

" Quand Monseigneur Lartigue, pi'emier évêque de Montréal, publia son célèbre mandement contre l'insurrection de 1S37, les esprits trop échauffés n'en voulurent tenir aucun compte. Mais après la lutte fatale, on reconnut généralement que si ses avis pacifiques et sages avaient été suivis, il n'y aurait pas eu d'échafaud, ni d'exil, ni de prison pour nos compatriotes.

" S'il y a des honnnes éclairés et capables de juger sûrement de la porté des événements et des agitations politiques ce sont les Evêques ; précisément parce qu'ils sont en dehors et au-dessus des intérêts de partis, parce qu'ils n'ont toujours en vue (|ue le bien-être de la société."

A la suite de cet article de la Minerve, le mandement de Mgr Lartigue est publié.

Extrait tiré du journal L<t Venté et qu'il publiait à la date du 21 novembre 1885 :

" Certes, personne ne condamne plus sincèrement que nous le mouvement insurrectionnel de 37, qu'il ne faut pas confondre avec le mouvement national du connnencement de ce siècle ; et nous n'avons jamais ja6'ti^/ie les Métis d'avoir pris les armes: nous avons dit et nous répétons que leurs griefs constituent une circonstance atténuante en leur faveur.

" Mais il y a bien peu de parité entre le mouvement de 37 et celui de 85.

" Papineau et ses lietitenants étaient de véritables révolutionnaires, imbus des idées voltairiennes : ils voulaient changer la forme du gouvernement, soustraire le pays à la couronne anglaise pour l'annexer aux Etats-Unis ou l'ériger eu république

indépendante. En un mot, ils voulaient faire une vraie révolution. On pouvait, avec raison, les accuser de " haute trahison."

L'article suivant, tiré du journal Le Monde et publié le 4 de décembre 1885, fera voir jusqu'où l'on en était rendu :

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