LES SYNDICATS
aura beaucoup plus de facilité de trouver du capital, que là où celui-ci peut acquérir la première place dans le registre hypothécaire .
Pour les syndicats ouvriers, la prédominance du crédit mobilier est une cause d'insuccès. La possibilité de toucher des rentes ne dépendant aucunement du travail contrebalance presque tous les avantages conquis. Quelle est l'utilité de toutes les organisations, de tous les sacrifices, en face d'un homme qui, non seulement gouverne la production, mais qui encore touche la rente foncière d'une manière directe ou indirecte? Quelle est en dernière ligne, la conséquence d'une augmentation des salaires ? la hausse des loyers mangera la hausse des salaires. Toutes les statistiques le démontrent; il y a même des cas assez fréquents dans lesquels l'augmentation sur les loyers a été encore plus forte que celle des salaires ; de façon qu'après leur victoire, les ouvriers se trouvaient logés à pire enseigne qu'auparavant.
Quelques théoriciens marxistes, dont Vandervelde et Bernstein, suivant en cela de nombreux libertaires, ont reconnu que la lutte contre « l'exploitation capitaliste » était un programme trop restreint. Edouard Bernstein, après son long séjour en Angleterre, ^où les marxistes jouent un rôle assez effacé, tandis que les réformistes agraires y sont très nombreux, Bernstein a écrit dans un de ses derniers écrits : « Le développement ou le seul maintien de la rente foncière ren-
dront illusoires, à la longue, la plupart des avantages que les associations, les syndicats, etc., pourraient conquérir en faveur de l'amélioration de la situation des ouvriers. »
Mais Fennemi le plus terrible de la classe ouvrière en général, comme de toutes les initiatives coopératives et syndicales en particulier, ce sont les époques de crises. La théorie de la réforme agraire a grandement contribué à l'explication de ce problème ardu de l'économie politique.
Comment se fait-il que de nos jours, nulle époque de lloraison économique ne dépasse la durée de quelques années ? Lorsque Fesprit humain a rendu plus abondant le travail, de manière que Fintérêt et le salaire vont en augmentant, il arrive une période dans laquelle les besoins individuels s'accroissent. L'augmentation de la demande intensifie la production ; les affaires marchent à souhait, mais la rente foncière hausse aussi ; sous forme de loyer plus élevé elle affaiblit le pouvoir d'achat de la grande masse. Les dépenses de luxe, permises ainsi à certains propriétaires, sont loin de balancer quant à l'effet économique les mêmes dépenses faites par le gros delà population. Faute de demandes, les magasins restent pleins, les fabriques doivent restreindre la production et renvoyer des ouvriers. Les ouvriers sans travail consomment encore moins qu'auparavant. Les marchandises s'accumulent de plus en plus sans qu'on puisse les vendre. Des