Mss. -U), f. 2i
6. La branche principale des de Douhet, dont étaient sorties « la générale Benoist » et probablement aussi la Visitandine, était celle des seigneurs de Puy- Moulinier, établie au Palais à deux lieues nord de Limoges. Nobiliaire.
passage à La Châtre, en 1643, du P. de Resset. Celui-ci retournait à sa résidence de Limoges, après neuf mois de séjour à Loudun, où il avait rempli Toffice d'exorciste à Tégard de la supérieure des Ursulines. Dans l'entretien que la religieuse visitandine eut dans le couvent de la Châtre avec le Père Jésuite, elle lui fit prendre une entière connaissance de l'Institut des Filles du bienheureux François de Sales, pour lequel il avait une grande dévotion, et elle lui inspira le désir d'en procurer lui-même un établissement à Limoges. « Le P. Sage, alors recteur du collège de cette ville, et frère d'Antoine Sage, grand vicaire du diocèse, étant entré dans les sentiments de son confrère, tous deux s'employèrent avec un zèle infatigable à l'œuvre projetée. Ils rencontrèrent de fortes oppositions du côté des magistrats ; mais, grâce à leur constance et aux prières de toutes les personnes pieuses de la ville qu'ils avaient réclamées, ils parvinrent à fléchir leurs adversaires, qui donnèrent le consentement souhaité. Déjà on avait obtenu celui de l'évêque François de la Fayette, sur l'esprit duquel le grand vicaire et son frère avaient tout pouvoir.
« Le P. de Resset ne borna pas là son dévouement : il prit soin de faire préparer et meubler une maison ^, choisit pour la future communauté un confesseur tel que le demandaient les constitutions de l'Ordre, une sœur tourière, et trouva plusieurs bonnes prétendantes, qui témoignaient un grand désir d'être religieuses de la Visitation. Cela fait, il avertit la mère Françoise-Gabrielle de Douhet de se mettre en route au plus tôt, avec six autres sœurs comme coopératrices... Aussitôt qu'on sut, à Limoges, que les fondatrices étaient en chemin, plusieurs personnes allèrent assez loin au-devant d'elles, quoiqu'on fût au mois de décembre, et que la neige tombât abondamment. Les dames les plus qualifiées les reçurent à l'entrée de la ville, et les firent monter dans leurs carrosses pour les conduire à la maison qui leur était préparée. Antoine Sage, grand-vicaire, les y attendait, pour les recevoir, au nom de 1 evêque alors absent. Le lendemain matin, 28 décembre 1643, jour anniversaire du trépas du bienheureux François de Sales, il revint, accompagné des chanoines de la cathédrale, célébrer solennellement la grand'messe et exposer le Très Saint Sacrement ; il y eut musique, et le Père Recteur du collège fit un discours admirable, à la louange du glorieux patriarche François de Sales. Il assura la ville de Limoges de la protection de ce grand saint, disant que l'arrivée de ses filles était le gage des grâces et des faveurs qu'on en recevrait désormais. Une foule de peuple et toutes les personnes considérables de la cité assistaient à cette cérémonie ; chacun applaudit à l'établissement. On bénit la maison, et le lendemain, la clôture fut établie 2».
1 . C'était une maison achetée àJeande Périère, premier Président du Présidial de Limoges ; elle était située à l'entrée de la route de Paris, en face des Augustins. On fit abattre plus tard le portail du faubourg Montmaillerqui séparait le couvent de la Visitation de celui des Augustins ; il fut remplacé par un autre portail suiTTionté d'une statue de la Vierge. Ducourtieux,7./wiOf/^», Pîatis, p. 114.
2. Les détails qui précèdent sur cette fondation sont tirés de V Année Sainte
310 l'N SIKCI.E DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINXE
tLe couvent de la Visitation de Limoges était en pleine prospéri lé quand les vénérables Mères, dit le P. Bonaventure, y firent, au mois de janvier 1666, la fête de la canonisation de saint François de Sales, leur fondateur, avec beaucoup de magnificence. Il y eut grand concours au premier jour et même aux sermons del'oclave. Peu de temps après ces solennités, les Visitandines firent « bâtir, dit le même historien, un très beau et riche monastère^». Quelques années plus tard (1698), l'intendant de Bernage qualifiait la Visitation de Limoges, de i< grand couvent », et y mentionnait la présence de cinquante-trois religieuses *.
IIL. Congrégations hospitalières, i® Marcelle Germain, fondatrice du couvent de la Providence.
Deux congrégations de religieuses hospitalières s'établirent à Limoges, presque dans le même temps, sous le nom de Dames de la Providence de Saint-Joseph, pour les orphelines, et de Sœurs de Saint-Alexis, pour les pauvres malades. La première reconnaît pour fondatrice Marcelle Germain, la seconde, Marie de Petiot.
Marcelle Chambon, née à Limoges, le 28 septembre 1599, de parents simples et droits qui tenaient Thôtellerie dite le Logis de la Trappe, se fil remarquer de bonne heure par une piété extraordinaire. Mariée à quinze ans à un maître imprimeur nommé Germain, dont la maison était située devant la porte du collège, elle s'était mise sous la direction des Pères Jésuites, et par leurs conseils, elle était parvenue à un degré de vertu exceptionnelle. Après la mort de son mari, vers i620, une fois ses enfants pourvus et établis, et les afiaires de sa maison réglées, Marcelle Germain, voulant se consacrer à Dieu tout entière, se disposait à entrer chez les Carmélites: Antoine Saige, officiai de Limoges, l'en détourna. Suivant lui, l'intérêt des Ames commandait à Marcelle de rester dans le monde.
On vit dès lors cette femme de cœur, exerçant parmi ses compatriotes un apostolat des plus bienfaisants et s'employant à toutes sortes de bonnes œuvres. Les pauvres n'avaient pas de servante plus dévouée; elle servait les malheureux dans les hôpitaux, et les visitait dans les prisons, en leur procurant d'abondantes aumônes. Les détenus durent à sa sollicitude réreclion d'une chapelle, où ils purent assister le dimanche à la messe. Par les soins de la pieuse
(if la Visitnthtn, t. XI. p. IT'i. Ninis »'ii di^vons !a rommunicalion à rol)lig«^ance àv Mme Hov«'lt, su|>i*ri»*ure du roiiveiit do rct c^nir*' à Limo*:es (juin i{k\\\.
i.V. Bonavriituiv, Histo,n> dr Sninl-Marliai.Umoiies.U^y, l. III,p-Si'îel865.
2. Les [ïaïPt'S de la Visitation dt» Linu»^'»'S venai«*iit ilv fair»' n-conslruii-e Irur rhapèllf t*n form»* rin-ulairt-, surmtmt. e «l'un dôme, lorsque la Révolution ériata. I/Etat a domié à 'aiirii'n «-ouvi-nt divi'rs»*s aire<tations. Dans le jardin, onaronstruit uut- vastr «asmif d infanterie. L'Kjilise seii de magasin d'hal»iih'ment pour la troupe. Les l-'iUrs de la Visitation oivup<-nt d-puis 1809 !'aneien eouvt'ut des Carm-s dêehaux du prieuré Saint-André ilans la Ijass»^ cité. Uue«»urtieux, Pluns, p. 161.
veuve qui recueillit les libéralités des chanoines de la collégiale et les souscriptions des personnes riches et généreuses de la ville, la châsse de saint Martial, qui tombait de vétusté, fut remplacée, en 1644, par une nouvelle chasse fameuse, qui était un chef-d'œuvre d'orfèvrerie. Ce fut elle encore qui procura la réforme de la célèbre confrérie de Sain.t-Martial, pour laquelle notre prélat voulut dresser lui-même des statuts. Il ne se faisait presque aucune bonne œuvre à Limoges, où elle n'eût la principale part.
Une grande épreuve consacra sa vertu solide, et lui indiqua sa vocation particulière. L'une des plus saintes âmes de son temps, Marie Delpech de l'Estang, sortie d'une illustre famille de Bordeaux, avait fondé dans cette ville, en 1638, un orphelinat de jeunes filles. L'établissement ayant bien réussi, la fondatrice, qui disposait d'une fortune considérable, dota Paris, en 1641, d'une maison du même genre, qui fut appelée laProvidènce de Saint-Joseph ^. Cette institution réunissait déjà deux cent soixante-douze jeunes orphelines, sans compter leurs maîtresses, lorsque Marie de l'Estang, qui connaissait les grandes qualités de Marcelle Germain, lui proposa d'en prendre la direction. L'humble femme hésita d'abord, mais, pour se conformer à la volonté de son évéque, elle accéda aux désirs de la fondatrice et se rendit à Paris. A peine à la tête de l'orphelinat Saint-Joseph de Belle-Chasse, la nouvelle directrice montra tant de douceur et de discrétion dans cet emploi périlleux, qu'elle gagna la confiance et l'estime de cette communauté naissante. Mais elle vit bientôt se former autour d'elle un parti composé des personnes qui profitaient de certains abus, dont elle avait ordonné la suppression. L'intrigue prit le caractère d'une persécution. Calomniée dans sa foi, et dénoncée à l'autorité ecclésiastique, elle eut à répondre de sa méthode d'oraison devant un tribunal de docteurs prévenus, qui la condamnèrent sans motif et lui interdirent sévèrement la fréquentation de la table sainte. Sous prétexte de s'éclairer et de prendre des informations, les ennemis de Marcelle Germain la diffamèrent jusque dans son pays ; le bruit courut à Limoges, qu'elle avait été chassée avec ignominie de la maison de Saint-Joseph.
Le retour de Marcelle au milieu des siens dissipa ces rumeurs, mais la calomnie avait produit son effet. Dépouillée de son ancien prestige, la pieuse veuve n'était plus cette femme que protégeait la vénération publique. La solitude se fit autour de sa personne. Ce fut à qui déclinerait des relations devenues compromettantes. Délaissée par les Pères Jésuites, Marcelle eut recours à un prêtre de bon conseil, qui soutint au milieu de cette longue épreuve (1646- 11)51) sa ferveur et son courage. C'était un jeune prédicateur, docteur en Sorbonne et chanoine d'Eyinoutiers, Gabriel Ruben. Elle
1. D't établissiMncnt situé près Helle-Cliasse dans If faubourj? Saint-(iermain fut principalrmcnt créé et soutenu par iv zèle des cures de Saint-Sulpice. Ui marcpiise de Moutespan y finit ses junrs. On élevait «lans ce couvent des orphelines de familles honnêtes, et, leur éducation terminée, on les mariait ou on les plaçait suivant leur vocation. Picot, Essai histov., t. I, p. 321.
obtint de son nouveau directeur, la permission de communier à Limoges tous les jours. Son exemple ayant été suivi de quelques âmes fidèles, Tévêque de Limoges, craignant à tort qu'il n'y eût quelque chose d'abusif dans cette pratique journalière, rendit une ordonnance qui défendait aux confesseurs du diocèse, de permettre la communion quotidienne, à moins d'une autorisation épiscopale ^ La pieuse veuve, contre qui la mesure paraissait surtout dirigée, se soumit avec respect ; mais le sacrifice faillit lui coûter la vie. Les jours qu'elle ne communiait pas, Marcelle éprouvait des crises terribles, qui cessaient les jours de communion. Des alternatives de santé si soudaines, si peu naturelles, attirèrent l'attention de l'évoque. Le prélat se rendit près de la malade, l'interrogea, la fit interroger par deux théologiens, et sur leur rapport, autorisa la servante de Dieu à communier de nouveau tous les jours : cette mesure lui rendit la santé.
Cependant cette femme de cœur avait été touchée, toute sa vie, de l'état déplorable des jeunes orphelines, que l'indigence et le défaut d'éducation exposent au danger de perdre leur honneur et leur âme. Dès le 16 août 1646, Marcelle se sentit plus fortement que jamais, inspirée de leur procurer une maison de retraite, à Limoges, du même genre que les établissements de Marie de l'Estang. François de Caulet, évêque de Pamiers, étant venu à passer par Limoges à cette époque, Marcelle lui fit part de ce projet : le prélat l'approuva aussitôt et l'exhorta à en poursuivre l'exécution. Mais dès que la nouvelle de cette entreprise se répandit dans le public, on conspira de toute part, pour en empêcher l'exécution. L'évêquede Limoges, à qui Gabriel Ruben en avait référé, déclara ce projet téméraire et mal concerté, et lui refusa son approbation. En vain fit-on agir auprès de lui les personnes les plus distinguées par leur rang et leur piété ; le prélat se montra inflexible. Différentes personnes, qui avaient promis leur concours, se retirèrent devant cette opposition. Mais, quand tout semblait désespéré, Antoine Saige, officiai de Limoges, rencontra la pieuse femme, un jour qu'elle sortait du Carmel, et la menant à l'évôché, il traita à fond devant notre prélat la question de l'orphelinat, et démontra si péremptoirement la nécessité de cette œuvre, qu'il amena l'évêque à lui donner son entière approbation.
Forte du consentement de ses supérieurs, Marcelle Germain recueillit sans retard chez elle quelques orphelines. Quelques jours après, Gabriel Ruben plantait solennellement au nom de l'évêque une croix au-dessus de l'entrée de ce premier orphelinat de la rue du Collège et le plaçait sous la protection de saint Joseph. C'est ainsi que commença en 1651, la congrégation des Filles ou Dames de la Providence. Parmi les premières coopératrices de l'œuvre se trouvait Catherine Lagrange de Pierrebuflîère, qui devait succéder à Marcelle Germain dans la charge de supérieure. Grâce au concours
1. Nous ne savons sur quelle référence s'appuie Laforest, pour attribuer cette erreur à François de la Fayette.
généreux des frères Ruben, la communauté naissante vit le chiffre de ses aumônes augmenter en proportion de Faccroissement du nombre des orphelines. L'évéque de Limoges la reconnut officiellement le 9 mars 1654, et loua dans son ordonnance la vertu, la piété, la charité, le zèle et la prudence de la fondatrice. Puis la première maison étant devenue trop étroite, Marcelle (xermain acheta à l'un de ses neveux l'hôtellerie de la Trappe qu'elle transforma en un vaste établissement, comprenant des écoles, des dortoirs et un jardin. Le chantre de la cathédrale lui céda vers le même temps, la vieille église de Notre-Dame-du-Puy-en-Velay, située à côté du nouveau couvent et de Saint-Maurice de la Cité : elle servit désormais de chapelle à la communauté de la Providence. La fondatrice et ses filles prirent possession des nouveaux bâtiments le 13 décembre 1659. Un mois après, le dimanche dans l'octave de l'Epiphanie 1660, Pierre Maillard, officiai de Limoges, inaugurait la chapelle du monastère. La messe y fut chantée solennellement et le Saint-Sacrement exposé ; Gabriel Ruben y prononça le sermon au milieu d'un grand concours de peuple.
A cette même époque, Marcelle Germain soumit à l'évéque de Limoges le projet suivant des Constitutions de sa communauté. € Les Filles de la Providence devront faire les trois vœux solennels de religion et y en ajouter un quatrième, celui de se consacrer au service et à l'instruction des pauvres orphelines. La clôture sera de rigueur et les religieuses seront tenues de suivre à l'intérieur de la maison la règle de Saint-Augustin : toutes les heures de la journée seront partagées entre l'action et la contemplation ». Notre prélat fut si charmé de ce projet, qu'il lui donna son approbation, et que même, il offrit ses services pour obtenir les lettres patentes du roi. A la suite d'une retraite de dix jours pour la prise d'habit, qui leur fut donnée par Gabriel Ruben, l'évéque vint le dimanche dans l'octave de la fête des rois (1661), célébrer dans la chapelle de la Providence une messe pontificale et recevoir les vœux des quatre premières novices, qui vécurent dès lors dans le cloître. Marcelle voulant suivre leur exemple, le prélat décida qu'elle conserverait une entière liberté dans l'intérêt de ses bonnes œuvres.
Depuis longtemps déjà, la pieuse fondatrice avait reconquis la vénération publique. Des personnes de tout rang venaient la consulter sur les affaires de Dieu et de leur conscience. Le P. Le Jeune prenait plaisir à entendre parler cette femme, qui sans lettre et sans étude, traitait et éclaircissait les plus difficiles problèmes de la théologie. Le célèbre pénitent de Rennes, le magistrat de Quériolet fit plusieurs voyages à Limoges pour la consulter. Les évêques de Causerans et de Condom, qui l'avaient vue dans cette ville, lui écrivaient; François de Caulet, évêque de Pamiers prenait goût à sa conversation. Le saint évêque de Gahors, Alain de Solminiac, la pria en 1660 de venir présider dans sa ville épiscopale la fondation d'un orphelinat sur le modèle de la maison de Limoges. Marcelle (jermain se rendit aux vœux du prélat et organisa à Cahors un vaste établissement destiné à recevoir deux cents orphelines. Ce
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fut sa dernière œuvre. De retour à Limoges avec un état de santé ébranlé, la fondatrice de la Providence fut engagée à se rendre à Bujaleuf, pour y rétablir ses forces. Elle accepta l'hospitalité delà dame du lieu au château du Ghalard ^, et ne manqua pendant son séjour chez elle à aucun des exercices de la \f ission que donna au printemps de dGtvi, le supérieur du séminaire de Bujaleuf, Gabriel Ruben. Du Ghalard, Marcelle alla à deux reprises passer quelques jours chez les Ursulines d'Eymoutiers. Dans sa dernière visite, le mal dont elle souffrait, s'étant aggravé, elle revint à Limoges pour y mourir au milieu de ses filles, le 14 septembre 1661. L'évéque honora ses funérailles de sa présence.
Le 7 mars 1664, les Dames de la Providence de Limoges agrégèrent leur maison à rétablissement Saint-Joseph, fondé à Paris par Marie de L'Estang. Une bulle d'Innocent XI érigea en 1677 cette communauté en Ordre religieux. L'évéque Louis d'Urfé admit on l()iSr> toutes les novices du couvent de Saint-Joseph, à la profession religieuse. Ce monastère de Limoges comptait en 1698, vingt-sept religieuses. Un peu plus tard, la même maison comprenait quarante sœurs, trente orphelines et autant de pensionnaires 2.
t^o Marie de Péliot, fondatrice des sœurs Saisit-Alexis de r hôpital général de Limoges.
Les origines de la Congrégation hospitalière des sœurs Saint- Alexis se confondent avec celles de la Réforme des hôpitaux de Limoges: nous les avons racontées plus haut. Le 5 février 16^9, Marie de Petiot, Pinfatigable servante des pauvres et ses filles si dévouées avaient pris possession du bâtiment conventuel que M. de Savignac avait fait construire derrière Thospice de Saint-Gérald, qui se transformait à cette époque en hôpital général. Une assemblée de ville du 15 mai 16r>9 reconnut officiellement la communauté naissante des sœurs hospitalières pour le service gratuit des pauvres de Limoges. Par ordonnance du 10 août suivant, Tévèque François de la Fayette donna à cette œuvre sa consécration ecclésiastique. Quinze jours après, le prélat approuvait, pour être gardées à perpétuité, les constitutions que Marie de Petiot venait de rédiger de concert avec Pierre Mercier et Martial de Maledent. Le 1^'" novembre de la même année, les premières sœurs hospitalières de Saint-Alexis se présentaient au pied de Tautel dans l'église de rhopital et faisaient entre les mains de Pierre Maillard, officiai, les V(pux d'obéissance, de chasteté et de stabilité.
A cette époque, la mère de Péliot, fondatrice, parut plus valide, et put marcher un peu, sans être guérie pourtant de sa paralysie. La conduite de sa conjmunautè et les soins des pauvres et des
1. La Danu» i\v Bujaleuf, ami<' de Mare» lie (;< imain était Anne de la Dn>uss*% veuve tM» l(r>i de Guy de la II; j^omiie. llnUi'Ini de l.intntf.s, t. XLVI, p. 217.
2. Tous les détails qui pnCi d'iit sont liivs d.- I^l)i«lie, Vi' di's Snhtts, t. II, p. 102 et suiv. Laforesl, Linmtjfs, p. ;i70 et suiv. Arl.rllot, Xmirc sur (i. Hnbcn,
malades occupaient tout son temps. Lorsque les ressources manquaient à rhôpilai, et cela arrivait souvent au début de son œuvre, rinfatigable paralytique s'imposait la dure obligation d'aller ellemême, appuyée sur le bras d'une de ses filles, solliciter de maison en maison la charité publique *. Les aumônes abondaient, mais les humiliations abondaient aussi. Bientôt la servante des pauvres finit par succomber à la tâche. Plus fatiguée que de coutume, vers la fin d'avril 161)7, la mère de Petiot dut s'aliter. Le limai suivant, elle rendit à Dieu son àme. L'empressement de toutes les classes de la population de Limoges, à se rendre à ses obsèques dans l'église Saint-Alexis, témoigna de la vénération publique pour cette femme de cœur. Hélène Mercier, qui fut appeléeàlui succéder, gouverna la communauté avec un égal dévouement pendant douze ans, jusqu'en 1679, époque de sa mort 2.
Les statuts des sœurs Saint-Alexis se distinguaient des règles des autres congrégations par certaines clauses spéciales. Ainsi il n'y avait pas de sœurs converses : les religieuses hospitalières devaient se considérer comme servantes les unes des autres, en même temps que a les humbles servantes des pauvres ». Les secours qu'elles rendaient aux pauvres devaient être gratuits ; la communauté ne recevait aucune rémunération de l'hôpital, ni de la ville. Sans être astreintes à la clôture par un vœu, les sœurs Saint-Alexis l'observaient ordinairement. Elles n'étaient point liées encore par le vœu de pauvreté, mais elles se contentaient de la vie commune et appliquaient aux besoins généraux de la communauté ou à des œuvres charitables les sommes dont elles disposaient ^.
L'évèque de Limoges ne fit que codifier et éclaircir les usages déjà en vigueur, quand il donna le 10 janvier 1692, sous forme de mandement des constitutions nouvelles aux sœ.urs Saint-Alexis à la suite de ses dernières visites. D'après ces règlements les Hospitalières ne devaient « prendre, ni dedans, ni dehors leur couvent aucun nom de dame ou de demoiselle, mais seulement celui de sœur ». La supérieure devait être élue « par la majeure partie des suffrages de la communauté et être confirmée par l'évêque ». Elle devait être nommée de trois ans en trois ans, le jour de l'octave Saint-Alexis. On ne pouvait recevoir dans la congrégation que les filles et les veuves, qui pour leur entretien et leur nourriture ne lui seraient pas à charge. Elles ne pouvaient excéder le nombre de vingt * sans la permission de l'évêque. Le noviciat était de deux ans : il fallait avoir atteint l'Age de vingt ans complets pour faire les vœux de chasîeté. d'obéissance et de stabilité. Les s(rurs devaient
1. D'apr's le P. Périt-re, une drs sœurs Saint-Alexis t*?tait onlinnii-rmcnt clioisi(\ pour rccuciliir los aumônes des (i(i('*l«\*^ aux portes des éjrMses, partirn!ièrement dans l-^s grandes solemiités. Arr/nvrs /ùsfnr., t. Il, p. :*!.
2. Furent ensuite nommées romm»* supérieures : en juin ITwî), Madeleine David ; en juillet 1(588, Catherin(» de Flottes, et en 1700, Jeanne de la î^ai{.'ne.