Archives histor, du Limousin, t. VI, p. 40 et suiv
Louis d'Urfé, qui n'était pas moins vif et moins intraitable que son prédécesseur sur le respect des droits de sa juridiction, eut alors avec son chapitre un différend assez pénible, qui eut à la cour de France un certain retentissement. Vers la fin de Tannée 1694, Tévéque de Limoges ayant fait en personne la visite de Téglise paroissiale de Saint-Maurice de la Cité, bénéfice que les chanoines prétendaient ne dépendre que d'eux seulement et qui était à la collation du chantre, celui-ci (Michel de Verthamon) et ses adhérents s'ingérèrent de faire une autre visite le lendemain, sous prétexte d'affirmer leurs privilèges, et appelèrent comme d'abus des ordonnances que le prélat aurait pu faire. Ils s'oublièrent même peu de temps après jusqu'à refuser l'argenterie nécessaire pour le service divin, quoique l'évêque fût présent. Il arriva enfin qu'en cette circonstance (c'était un jour.de fête solennelle (Noël 1694 ou l'Epiphanie 1695), le second dignitaire du chapitre, qui remplissait l'office du célébrant, commit l'inconvenance (au moment sans doute où l'évêque entrait solennellement dans la cathédrale), de lui présenter de l'eau bénite dans le creux de la main, comme à un simple confrère. Le prélat blessé profondément dans sa dignité en porta saplainteau roi et en obtint une prompte et complète satisfaction ^ Le 26 janvier 1695, le marquis de Torcy, secrétaire d'Etat adressa à révoque de Limoges la lettre suivante : « Monsieur, j'ai rendu compte au roy des sujets que vous avez de vous plaindre du chantre et d'une partie des chanoines de votre église, et le récit que M. Tlntendant a fait par ses lettres à Sa Majesté de la manière dont le fait s'est passé, est conforme à ce qui était contenu dans les procèsverbaux que vous m'avez envoyés ; Sa Majesté lui ordonne d'obliger ceux de votre chapitre dont vous avez sujet de vous plaindre à vous faire une satisfaction dans les formes convenables au respect qu'ils vous doivent; mais, comme elle ne veut pas entrer dans le fond de la question qui a causé vos différends, et qu'elle en laisse la connaissance aux juges à qui elle appartient, elle veut seulement. Monsieur, que pour empêcher qu'il n'arrive désormais de pareils sujets de scandale, celui que vous avez nommé pour archidiacre (Noël Drouët) s'abstienne de prendre sa place, pendant le temps que pourra durer le procès. J'écris par son ordre à M. l'Intendant de vous en donner avis et de défendre en même temps au chapitre d'admettre dans cette même place celui qu'il prétend avoir droit d'y nommer. Mais Sa Majesté compte sur vos bonnes dispositions, et sur le désir qu elle sait que vous avez de la paix, et elle croit que la satisfaction qu'elle ordonne, vous donnera de nouveaux moyens de la rétablir dans votre chapitre. Je suis, etc.. 2 »
1. Mss. 33, f. 626 et Labiche, Vies des Saints, t. I, p. 70. Il n'y a pas lieu de s'étonner de voir le roi, « l'évêque du dehors » choisi comme arbitre et même comme juge de ces différends. C'était alors d'un usage universel, et une des pratiques gallicanes les plus sacrées.
2. L'abbé Nadaud note en marge de ]a copie du document qu'il rie s'agissait pas alors de révoltes séditieuses et générales dans le diocèse, comme aujourd'hui 8 mars 1729.
LOUIS DE LASCARIS d'URFÉ 389
Le marquis de Torcy écrivait le même jour à M. de Bernage, intendant de Limoges... « Le mémoire que vous m'avez envoyé sur. les différends de M. de Limoges et de son chapitre a fait voir au roy quel était le principe de leurs contestations, la suite qu'elles ont eue et les moyens que vous croyez qui doivent être employés, pour réparer le scandale causé par les chanoines, qui ont inlerrompu le service divin. C'est aussi sur votre avis que Sa Majesté a réglé la satisfaction qui doit être faite à M. Tévêquede Limoges par le chantre et par les chanoines de son parti, et Sa Majesté veut que conformément à ce que vous écrivez l'un et l'autre, ils se rendent chez M. l'évêque de Limoges, à l'heure qu'il leur marquera, qu'iFs se servent des termes les plus respectueux et les plus convenables à sa dignité, pour lui témoigner le sensible déplaisir qu'ils ont de ce qui est arrivé, pour lui en demander pardon et pour l'assurer qu'ils n'ont jamais prétendu manquer au respect qui lui est dû, et que ce qu'ils ont fait n'a été que dans la vue qu'ils ont eue de maintenir un droit qu'ils croyaient leur appartenir *... » Le chantre Michel de Verthamon 2, et douze autres chanoines accordèrent à l'ëvêque de Limoges cette satisfaction publique, mais non d'une manière aussi rigoureuse, le prélat s'étant par bonté relâché de ses droits. On se contenta de transcrire dans un acte notarié du H février suivant, la lettre du secrétaire d'Etat, et la paix fut ainsi rétablie ^. L'attitude respectueuse et sympathique des chanoines de la cathédrale, au moment de la maladie et de la mort de l'évêque, prouva quelques mois après que tout ressentiment était oublié.
2" Les chapitres de Saint- YrieiX'la-Perche et de Saint-Léonard,
Louis d'Urfé montra plus de vigueur à l'égard du chapitre de Saint-Yrieix *, qui méconnut en deux circonstances les droits de sa juridiction épiscopale ^. Une première fois, au cours de la tournée *