‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 74 sur 480 · Laior»-Kl. 'i'iti . y. y · texte numérisé non relu

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76 UN SifeCLK DE VIE ECCLÉSIA-STIQUE EN PROVINCE

mit en devoir de lui présenter la coupe, où était renfermé le chef précieux de l'apôtre d'Aquitaine. L'abbé Pierre du Verdier ^, en rochetet en camail, sur\'int alors en colère au milieu d'eux et dit au prélat, que ce droit lui appartenait comme chef delà colléj^iale.L'évéque lui répliqua que ses prédécesseurs avaient joui de ce droit de préséance et que particulièrement, à l'entrée de Henri IV' à Limo^^es, l'abbé lui-même ayant voulu, avant la visite du roi à Saint- Martial, contester cette possession, avait été condamné par arrêt du conseil '. Le prince de Gondé, après s'être in formé, auprès du prévôt et clesch«arioines, que les évèques de Limogesétaient réellement en possession dd droit de procéder à l'ouverture de la relique, voulut, mais en vain, calmer l'abbé, en lui disant qu'il fallait se conformer atix usages.

Comme le prélat allait prendre les reliques de Saint-Martial, Pierre du Verdier, n'y tenant plus, s'emporta, se répandit en insultes, déclara « que l'évêque était un querelleur et un turbulent, qu'il vendait à purs deniers les ordres et les chaires de son diocèse, où il ne montait jamais, qu'il avait voulu, par ses mauvais déportements (sic), causer un schisme dans la ville de Saint-Léonard, en y défendant la prédication et les confessions, qu'il trahissait les catholiques, qu'il était du parti des huguenots, qu'il était indigne d'occuper le siège épiscopal de Limoges, que lui, abbé, exercerait bien mieux ces fonctions, et qu'aussi serait-il évêque dans peu de temps »... puis, se précipitant sur l'évoque, il le tira violemment par la robe, pour l'empêcher de montrer le reliquaire au prince. Le prévôt et les chanoines de Saint-Martial s'interposèrent, mais ne pouvant calmcîr l'abbé, ils durent le pousser de force vers la porte, et l'emmener malgré lui. Henri de Bourbon ne voulut pas, par respect, plutôt qu'à cause de ce singulier débat, baiser la relique ^.

t. CôUùi le rinquant(>-sixième abbé dv Saint- Martial. Il le fut de 159S justni'à KkVi. Il était tils tic Jran, seijîiK'urd'Arfeuilhe, trésorier général de France, domicilié sur la paroisse de Saint-Picrre-du-Qiioyroix. Pierre du Verdier était licencié endroit de l'I-niversitê {le Paris. II fut tonsuré à l'âge de dix-neuf ans en 1598 et obtint, l(» 13 novembre de la même année, ses bulles pourl'abbayede Saint-Martial. Il prit possession, le 12 août l.ôil9, fut minoré et ordonné sous-diacre en 1601, prêtre on HilO. Dés 1H07, il preiuiit le titre d'aumônier ordinaire de la reine. Il s'arrojïea celui d'assc^sseur né de l'évêque de Limojres, premier abbé et prélat du diocèse, C4)mme cbcf d(» la première collégiale, et il prétendait que l'évéc|ue ne pouvait, .»*ans son avis, faire aucun acte important. Ces prétentions et autres le Hrent plaidtM- toute sa vie. Déjà, le 1" octobre 1607 et le 12 novembre ItKHK d«»s scènes scandaleuses de querelles s'élevèrent en pleine èsiise et à la sacristie entre J'abbé d«» Saint-Martial et ses cbanoines. Mss. 3,'ï, p. 70.

± Kn date du 17 octobre HîOô. D'après ce jugement, la parob» était interdite dans <'t*s i»ccnsions à l'abbé de Saint-Martial, même dans son église. Il fut ordonné, en outre, provisicumellement que Têvêque la porterait partout au roi, marcherait seul le prtMnieret avant h^s ègiisi^s cathédrales et collégiales: qu'aprés lui nKUvIieraiiMït, du coté droit, le doyen avec le chapitre de la cathédrale, et du côté gauclie. l'abbé av»u* son chapitre, et que l'abbé marcherait vis-à-vis du tloyen de la cathcdrah'. Mss. X>. p. 70.

:\. Mss. ;i\ p. 71 et Ch. «le I^isteyric. L Ahi.injr (h* Sainl-Mnrtiol, Paris, 1901, p. 185. Ajoutons ici que, le ItMuleuiain lundi \*21 octobre), à cinq heures du matin, l'illustre |K'lerin parlait pnur Saint-Léonard. Après avoir fait la sainte inmnnunion et vénén"^ les reliques du saint, le prince fil à l'église du chapitre

Pierre du Verdier ne tarda pas à subir les conséquences de sa conduite scandaleuse. Poursuivi « au criminel » par lëvêque, il fut blâmé sévèrement par la cour et obligé de faire des excuses, de le reconnaître pour très digne et très vertueux, de l'assurer 6. qu'il était marri d'en avoir parlé en d'autres termes, et qu'il le suppliait d'oublier tout ce qui s'était passé dans la vivacité ». Par arrêt du parlement de Bordeaux du 12 févrierl62i, l'abbé de Saint* Martial fut en outre condamné aux dépents du procès et à cent livres de dommages-intérêts à payer à Tévêque. Cette même cour avait rendu un autre arrêt, le 21 janvier 1619, qui portait qu'après avoir reçu la bénédiction abbatiale, Tabbé pourrait user des ornements pontificaux. En conséquence, Pierre du Verdier obtint, le 8 novembre 1621, un bref qui lui permettait de porter la mître, la crosse, les sandales, etc., et de donner la bénédiction solennelle, de bénir les images, croix, etc.. «Supposé, — disait le texte du bref, — que ses prédécesseurs les abbés réguliers en eussent usé ainsi », du Verdier fit publier ce bref par l'oflicial de Tulle. Un appel de ce bref fut interjeté en 1623 par l'évêque de Limoges. A la suite decet acte, le parlement cassa, le 29 juin 1624, la procédure de cet officiai, déclara de plus Tabbé sujet à recevoir la bénédiction des mains de l'évêque, et décréta que, béni ou non béni, il ne lui appartenait pas d'user des ornements pontificaux *.

Mais ce n'était là, comme nous le verrons plus loin, qu'une simple escarmouche, et comme l'annonce d'autres luttes beaucoup plus vives, que l'ardent abbé devait engager à la fois contre le successeur de notre prélat et contre ses propres chanoines.

Il fut plus facile à l'évêque de Limoges de vivre en harmonie parfaite avec les représentants du pouvoir central dans son diocèse. Un ancien lien de famille - l'unissait déjà étroitement avec le haut fonctionnaire qu'il eut à recevoir en grande pompe à Limoges en 1621. C'était le vicomte Léonard-Philibert de Pompadour 3, qui venait d'être nommé lieutenant du roi au gouvernement du Limousin, en remplacement du comte de Schomberg, appelé à remplir la charge de gouverneur de la province. Ce seigneur, Tun des plus braves et « des mieux faits cavaliers ^ de son temps, disent les chroniques, fit, en qualité de lieutenant du roi, son entrée solennelle à Limoges, le 23 juin 1621. Onze cents hommes de la milice civile, sous la conduite de Martial Benoist du Montet, avocat au siège présidial et colonel, allèrent au devant de lui. Le surlen-

une aumône de cent écus d'or, et repartit le jour mémo pour Chàteauroux et la province du Berry, dont il était alors gouverneur. I-aforest, ibid., p, 94. i. Mss. n. 35, p. 71.

2. Raymond de la Martonie était arrière-petit-fils de Pierre Mondot de la Martonie, premier président, dont la mère était Isabelle de Pompadour,

3. Il avait alors trente-cinq ans et était le fils aîné du vicomte Louis, le chef de la Ligue. Fidèle aux traditions de sa famille, il s'était déclaré ai*dent catholique, et s'était fait remarquer par la prudence et la fermeté précoces de son caractère. Il avait paru avec éclat dans la conquête du marquisat de Saluées, et au siège de Montauban, en 1621 . Le1«r octobre 1622, il fut nommé maréchal de camp des années du roi, à cause de ses services, Laforest, Umogt*8^ p. 119, 121.

78 l'N SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE

demain, 25 juin, dans la salle de la sénéchaussée, eut lieu rhomologation des lettres royales. L'évéque, les députés des chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Martial, deux trésoriers de France, les gens du roi, les consuls, la noblesse, le barreau, assistaient à la solennité. Trois orateurs prirent successivement la parole, pour complimenter le nouveau lieutenant, et célébrer son zèle au service du roi. Pompadour était assis. Les gentilshommes de sa suite assistaient à l'audience, debout, «en bottes et éperons ».

Deux ans après, le 7 mai 1623, le comte Henri de Schomberg, déjà lieutenant de Sa Majesté en Limousin en 1607 ^, honoré du bâton de maréclwl en 1615, et grand-maltre de rartillerie en 1621, faisait à son tour, comme nouveau gouverneur de cette province, son entrée solennelle à Limoges. Onze cents hommes de la milice, commandés par Jacques de Petiot, leur colonel, allèrent au devant de lui 2. L'évéque de Limoges, les chanoines de Saint-P^tienne et de Saint-Martial, et plusieurs autres ecclésiastiques en grand nombre, le vinrent saluer et lui rendre toute sorte d^iommages. Selon l'usage, le gouverneur de la province fut accueilli au portail du grand clocher de la basilique par « Monsieur de Limoges, assisté de messieurs du chapitre de Saint-Martial. » L'évêque lui adressa, dit la chronique, une très belle exhortation sur la dignité de sa charge, et le soin particulier qu'il devait avoir de sa province. Après avoir entendu cette harangue, Henri de Schomberg fut conduit dans la grande nef, puis dans le chœur de l'église, où fut chanté le Te Deum, avec la musique et les instruments qui ravissaient les assistants. Lç dimanche, 7 juin suivant, Raymond de la Martonie fit servir, en son château d'Isle, « un très superbe banquet » au comte de Schomberg, et à une suite brillante de plusieurs gentilshommes du pays.

On voit, par tous ces faits, combien cordiales furent les relations de l'évéque de Limoges et du nouveau gouverneur de la province. Lesqualitésaimablesdu maréchal contrastaient, d ailleurs avec les habitudes altières du duc d'Epernon, son prédécesseur. Le bon gouverneur manifestait à Limoges une foi naïve, qui plaisait aux haljitants de cette ville, alors si foncièrement catholiques, et se faisait aimer de toutes les classes de la population 3. C'est ainsi, que le 27 mai 162 i, Tévéque de Limoges, après avoir célébré lui-même la messe pontilicale, fit la clôture des ostensions, en présence de Henri, comte de Schomberg. Le pieux gouverneur baisa souvent, dit la chronique, le chef de saint Martial, et regarda comme une grande faveur d'avoir quelque pièce de linge, qui eut été employée à le couvrir *.

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