‹ La réforme de l'arméeChapitre 69 sur 142 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

DE l'organisation DES CONSEILS DE RÉGIMENT, DE BRIGADE, DE DIVISION, DE CORPS DARMÉE ET D* ARMÉE.

Séparation des questions organiques et exécotÎTes.

307. Il y a deux ordres de faits dans la profession militaire, ceux d'exécution et ceux d'organisation. Ils ne doivent point être traités de la même manière. Les premiers exigent une décision prompte et énergique, ainsi qu'une responsabilité personnelle. Us sont du domaine du commandement exercé par une seule personne à chaque degré.

Les seconds réclament, au contraire un examen ap* profondi»une discussion. Des opinions différentes doi* vent se manifester pour éclairer les questions et empé* cherlesmesurespassionnée8,erronéesouinopportunes. L'action de plusieurs personnes réunies en conseil est alors nécessaire. C'est le seul moyen d'obtenir des garanties d'impartialité dans les choix, de maturité dans les études, de solidité dans les décisions.

Il en résulte une séparation d'attributions à établir, parmi celles qui ont été, à tort, confondues jusqu'à présent. Le chef seul met en œuvre les éléments de force, personnel et matériel. Il en dispose selon ses idées et sa volonté. Mais lorsqu'il s'agit de créer ces éléments de force ou de les modifier, Taction d'un seul est funeste. La fantaisie et la soudaineté caractérisent les mesures. Elles vivent ce que dure le chef. Il n'y a point de stabilité, alors qu'une volonté unique peut déclarer mauvais ce que la précédente avait affirmé très-bon» Les institutions doivent s'opposer à cette variation d'opinions, tout en permettant la réalisation

des améliorations. La création des conseils résout cette grave question.

308. Il y aura donc séparation absolue entre la partie executive et la partie organique. Dans le premier cas, pouvoir absolu d'un seul ; dans le second, délibération de plusieurs.

Ainsi, tout ce qui tient à la discipline, à Tinstruction, au service, aux mouvements, aux opérations, est du domaine exclusif du commandement unique.

Au contraire, tout ce qui concerne les procédés, les méthodes, les dispositions réglementaires, le recrutement des hommes, l'avancement des officiers, les modifications à faire au matériel, les mesures relatives à la préparation de la guerre, les travaux de défense du territoire, etc., doit être réglé en conseil.

On ne saurait assez le redire : dans les opérations de guerre on recourt à chaque instant à des conseils, et cela est mauvais. En paix, au contraire, on ne s'inquiète pas assez de préparer la guerre et, on ne consulte pas ceux qui pourraient donner des avis utiles; ce qui est également funeste.

Nous demandons le système opposé ! Suppression absolue des conseils en ce qui concerne les opérations; création de conseils à divers degrés, pour étudier, proposer ou décider, en matière d'organisation ou de constitution, personnelle ou matérielle.

CompositioD des eonaeils.

' 309. Pour que ces conseils agissent efficacement, avec utilité, connaissance et autorité, leurs membres doivent être assez rapprochés des choses ou des hommes qu'ils ont à apprécier. Ils doivent en être assez éloignés pour n'en pas subir les influences. Gela indique la nécessité de conseils de diflférents

degrés» iM questiona 90Dt d'importanee ou de nature variables. Elles concernent des intérôte particuliem ou généraux. Les mêmes hommes n'auraient pas toujours^une compétence suffisante, et| enfin, il faut décen* traliser les afiTaires pour qu'elles se règlent vite et bien.

Il existe déjà des conseils d'administration dans les régiments, et on s'en est bien trouvé. C'est ce germe que nous proposons d^ développer par re:|tension de ses attributions. 11 prendra alors le titre deconseil deré* giment. L'organisation permanente de l'armée en brigades, divisions et corps d'armée entraine pour cha«» cun de ces groupes la nécessité d'un conseil, chargé de ses intérêts et de l'étude de toutes les questions militaires. Il existerait ainsi des conseils de régiment, de brigade, de division, de corps d'armée et enfin un con^ seil suprême d'armée.

Ces conseils comprendronti à chaque degré, les membres les plus élevés de la hiérarchie. Ils sercmt toujours présidés par le commandant militaire de l'unité qu'ils représentent. Les membres ne sont pas choisis, ils sont désignés par la nature de leurs fonctions.

Ces conseils n'amoindrissent nullement le eomman* dément. Sous le rapport de l'exécution, le chef conserve l'autorité absolue. Sous le rapport organique, il préside ses principauif: lieutenants, et, réuni à eux, il possède des attributions bien autrement considérables que celles dont il jouit aujourd'hui.

Ce sont les principaux chefs militaires qui jugent les choses et les hommes, et par conséquent la prinoip^ d'autorité est plutôt renforcé qu'amoindri.

Ces conseils permettront d'opérer sans danger uot forte décentralisation ; mais ils ne peuvent aller jusqu'à détruire l'unité et perpétua, sous une autre

forme, Tesprit de particularisme que qqiis aoua efforçons de combattre.

310. Pour maintenir eette unité essentielle et donner aux actes des conseils une plus haute sanction, il faut les soumettre à la révision et à l'appel.

II est utile et moral de s'assurer que chaque conaeil a opéré d'après les principes posés, et d'avoir le moyen de redresser les erreurs, s'il s'en commettait. Chaque conseil est donc chargé d'examiner les opérations du conseil inférieur, de les déclarer valides, ou de les infirmer et de statuer sur les réclamations qui pourraient être formulées.

Le conseil unique dans chaque groupe, toujours présidé par le chef militaire qui le commande, connaît de toutes les affaires organiques» Ses membres les plus élevés restent les mêmes dan3 tous les cas. Les membres inférieurs varient selon Tespèce des questions ou la nature du corps dont il s'agit.

Le principe est que les hommes et les choses soient jugés par un conseil capable de les apprécier sainement. De là la nécessité d'introduire dans sa compo** sition les spécialités nécessaires pour l'éclairer oomplétement.

Ces conseils ont des attributions multiples. Elles se développeront successivement dans les chapitres suivants; mais il est nécessaire de les indiquer dès à pré» sent, ainsi que la composition des conseils.

CoDB«U de régimeoi.

31 1 . Le ciHiseil de régiment comprend : Pour l'infanterie :

Le colonel i • • •

Le lieatenant-colonel

Le« 3 chefs de baUiUon ; • • ^ 9 i&fnUfes.

Les 3 adjudaDts-maiors

i câpiuise d'artillene oa d'éUI nuû^r.

Pour l'artillerie :

Le colonel

Le iieateilini-oolonel

2 oa 3 chefs d'escadron ^9 membres.

4 ou 5 commandants de batterie. • .

1 chef de bataillon d'infanterie. . . •

Pour la cavalerie :

Le commandant du régiment

Le chef d'escadrons ,

4 capitaines-commandants ^ 9 membres.

2 chefs de bataillon d'infanterie ...

i chef d*escadron d'artillerie

Pour le train :

Le commandant de l'escadron \

Le commandant en second fa ^.^u.^

Les 6 capiuines-commandanu 4 * membres.

i chef d'escadron d'artillerie }

Pour une ambulance :

Le médecin en chef . . •

3 médecins ,

3 commissaires V 9 monbres.

i chef de bataillon

i capitaine d'artillerie

Pour les services administratifs ou questions administratives : même composition que ci-dessus ; seulement les trois derniers membres sont remplacés par le commissaire du corps et deux commissaires étrangers au corps.

Pour les questions de défense, établissements mili« taires :

Dans le cas oit il n'y a pas de conseil de brigade sur les lieux, le conseil de régiment est composé comme il a été dit déjà; seulement, les trois derniers membres sont remplacés par trois officiers d'artiU lerie chargés des établissements.

AttribatioDs.

312. 1^ Le conseil de régiment décide sur le classement des candidats pour soldat de premiè classe»

caporal et sous-officier; secrétaires, n'ayant pas rang d'officier, pour les divers services.

2^ II propose pour les médailles et les citations.

3^ II décide, comme commission d'instruction, sur le renvoi anticipé des soldats ou leur maintien sous les drapeaux.

4^ Il opère comnie conseil d'administration.

5<^ Il prend toute mesure de sa compétence au sujet de la mobilisation et formule toute proposition qu'il juge utile.

6^ Il donne son avis sur les questions relatives aux fortifications et établissements militaires.

Un des capitaines Irémplit les fonctions de secrétaire.

Conseil de brigade.

Page 1