CHAPITRE XXXIV
HARNACHBMEI9T.
Considérations générales.
585. L'observation du principe d'unité et de simplicité. veut, pour tous les corps montés, la même selle; comme pour tous les corps attelés, le même harnais.
On s'évertuerait vainement à trouver des nuances dans l'emploi d'une selle de cavalerie ou d'artillerie; à établir qu'un chef de bataillon doit avoir une autre selle qu'un chef d'escadrons; comme à prouver qu'un harnachement bon pour rarlillerie, n*est pas bon pour le train. Ce sont là des subtilités qui compliquent les approvisionnements et entraînent, pour le budget, des dépenses absolument stériles.
Toutes ces variétés de selles, ce bigarrage infini qui caractérise notre armée à son grand détriment, a sa source dans le particularisme des armes. Chacune a ses usages et ses prétentions; chacune a son comité indépendant des autres. Aussi chacune a son modèle de selle, non qu'il soit meilleur que celui du comité voisin, mais uniquement pour faire acte d'indépendance.
Ce sont là des erreurs profondes, théoriquement et pratiquement. La raison se refuse à admettre ces variétés de selles que rien ne justifie, et la pratique nous montre que ce système est onéreux pour le trésor.
compliqué pour les approvisionnements et funeste à l'armée.
Chez les peuples qui sont cavaliers d*înstinct, où toute la population monte à cheval, nous ne voyons qu'une selle. La grandeur varie sans doute un peu, mais nous ne trouvons qu*un seul et unique modèle, qui convient à tous les chevaux, grands ou petits.
On ne voit pas pourquoi il en serait autrement en France. Dès que Ton rejette la tradition, les souvenirs^ le particularisme des armes, pour ne voir que les nécessités de la guerre, la simplification avec la sûreté des approvisionnements et l'unité de l'armée, on ne trouve aucune espèce de raison pour ne pas adopter l'unité de selle et de bride.
Les mêmes considérations s'appliquent au harnachement.
De U Mlle.
586. Depuis quarante ans on a changé vingt fois le modèle de la selle de cavalerie. Chaque fois, le dernier promulgué a été l'objet des plus vives critiques. Chaque nouvel essai avait pour but de réaliser une amélioration, et cependant, lorsqu'on examine sérieusement la selle d'il y a quarante ans et la dernière inventée, on reste dans le doute et Ton se demande si nous avons avancé ou reculé sous ce rapport.
On a changé; on n'a pas amélioré. Le raisonnement indique qu'il en devait être ainsi. Vouloir alléger une selle en continuant à la charger de poids égaux sinon plus lourds, c'était poursuivre une chimère. Transformer les fontes anciennes en sacoches, c'est-à-dire mettre un grand récipient à la place d'un petit, n'était assurément pas un progrès, au contraire, et c'est pourtant sur ce thème qu'on exécute des variations depuis nombre d'années. Aussi tout le monde répète
que la selle militaire est encore à trouver en France.
C'est, à notre avis, aux selliers et non aux officiers qu'il appartient de résoudre le problème; mais le rôle des officiers est de déterminer les conditions qu«^ doit remplir la selle.
Ces conditions sont absolues; les mêmes existent pour un officier ou un soldat, pour un cavalier ou un conducteur de voiture. Essayons de les indiquer telles que l'expérience et la raison nous les révèlent.
lotérieor de la selle.
587. La selle ne doit pas blesser le cheval, c'est le point le plus essentiel, le pivot de toutes les combinaisons. Placer un corps dur sur celui de l'animal, réduire le nombre des points de contact à un petit nombre, c'est-à-dire y rendre la pression très-considérable, c'est engendrer forcément des blessures.
Pour éviter le contact du corps dur, nous plaçons une couverture sous la selle; les Arabes, une série de feuilles de feutre. Pas plus de leur côté que du nôtre, on n'arrive à éviter les blessures. Pourquoi? Parce que l'arçon est également en bois et repose sur le corps du cheval par un petit nombre de points.
On sait combien est grande la quantité des cors au garot. Ils sont produits par la pression de l'extrémité antérieure de l'arçon, et cependant on continue toujours d'après les mômes errements.
Au lieu d'un corps dur, il faut un corps élastique, un rembourrage. L'ancienne selle française de troupe, qui a servi dans nos grandes guerres, était ainsi faite. Le cavalier soigneux, ou à défaut le sellier de l'escadron, par des modifications légères au rembourrage, changeait les points de contact principaux, soulageait les parties échauffées du dos, empêchait le cor
d'augmenter et la blessure de se former. Souvent môme -une plaie se guérissait, l'animal continuant à porter sa selle et son cavalier.
Une habile modification du dessous de la selle est essentiellement préservatrice des blessures. 11 faut donc que ce dessous soit modifiable, ce qui exclut tout arçon nu.
On en voit bien la preuve dans les selles d'officier qui sont rembourrées en dessous, et il parait y avoir lieu pour la troupe de revenir à ce mode qui est l'ancien.
588. Une combinaison non moins avantageuse, est d'avoir, pour un même extérieur de selle, trois formes intérieures d'arçon. Une expérience fortuite a montré l'avantage qui en résulte. Par suite de la versatilité de nos idées, un escadron, au Mexique, s'est trouvé posséder à la fois trois modèles de selle.
On a pu ainsi en donner de différentes aux chevaux sur lesquels se manifestaient des échaufi'ements, et ces changements de harnachement, dirigés avec intelligence, ont produit un résultat remarquable, par rapport aux escadrons soumis aux mêmes marches, mais qui ne possédaient qu'un seul modèle de selle. La cause est toujoursdans le déplacement des points de contact ou de plus grande pression.
On y parvient, en partie, en sellant plus ou moins en avant; mais la latitude n'est pas grande, et on obtiendrait d'autres effets avec trois formes différentes d'arçon.
H est oiseux de rappeler qu'aux premiers jours de marche, le dos du cheval se modifie. Il maigrit par suite de la fatigue, de la chaleur, d'un changement d'hygiène. La selle bien ajustée durant la garnison,
ne Test plus après huit jours de roule. On reinédierail facilement à ce grave inconvénient, si on avait la faculté de changer non-seulement de selle, mais de forme de selle.
En ce qui concerne le dessous de la selle, telles sont les deux conditions essentielles : rembourrage modi* fiable et variété dans la forme intérieure de rarçon.
Esiénmrét b idlt.
.589. A Textérieur, quelle que soit la configuration intérieure de l'arçon, la selle pent toujours être organisée de manière à présenter sensiblement le même aspect.
On doit éviter les selles où le cavalier est très-encaissé; elles sont dangereuses quand le cheval s'abat ou se renverse. 11 faut se garder des selles rases où l'homme n'est pas suffisamment solide pour combattre.
Le siège doit être large pour que le cavalier ait une assiette commode. La courbure de la selle de l'avant à l'arrière doit être peu sensible.
La forme en dos d*âne, qu'on fait trop prononcée dans les selles de cavalerie, est fatigante pour le sol* dat et parfois dangereuse. Les points d'appui du corps sont peu nombreux et deviennent facilement doulooreux. Alors, le cavalier tend à changer sa position ré* gulière; il en résulte un défaut d'équilibre et des bleasures pour le cheval. Le type de la selle anglaise on peu large, pourvue d'un appendice relevé à Tavant et à l'arrière, semble réaliser les conditions désirables.
11 faudrait donc quelque chose d'analogue à la selle dite à la hussarde, modifiée comme largeur de siège, et surtout comme courbure dans le sens de la longueur.
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