‹ La réforme de l'enseignement secondaire (volume 2)Chapitre 63 sur 84 · Enquête. — Rapport au Conseil général du Finistère · texte numérisé non relu

Enquête. — Rapport au Conseil général du Finistère

Lyon; elle n'a qu'un lycée, avec une succursale à Saint-Ramberl pour les jeunes élèves.

Si nous étions en Allemagne, il y aurait dans une ville comme Lyon, dix ou douze gymnases ou écoles réaies. Le lycée de Lyon a compté jusqu'à 1 600 élèves ; il n'en a plus que 1 400. Croit-on qu'il puisse suffire aux besoins d'une grande ville? Le recteur ne le pense pas. « Une des causes principales, dit-il, de notre infériorité, réside dans le petit nombre des établissements de l'État, alors que nos concurrents accroissent chaque année leurs forces, soit en coitstituant de nouveaux bâtiments, soit en créant de toutes pièces des institutions nouvelles. » Dans la seule ville de Lyon, dix maisons ecclésiastiques ont été ouvertes depuis 1880.

L'enseignement public secondaire ne dispose, dans le département du Rhône, que du lycée de Lyon et du collège de Villefranche. Ces deux établissements doivent subir la concurrence de vin^t et une maisons ecclésiastiques et de neuf maisons laïques. Aussi n'ont-ils, à eux deux, que 1 585 élèves, tandis que tous les autres en ont 2 568, sans compter les petits séminaires. Ajoutez que le lycée de Lyon est mal installé, dans de vieux bâtiments. On s'occupe d'en créer un nouveau. Cela devrait être fait depuis longtemps.

Ce que nous avons vu a Lyon, nous pourrions le

INSUFFISANCE DES COLLÈGES. ir>0

voir dans presque toutes nos grandes villes, à Bordeaux, à Lille, à Marseille.

Il y a des arrondissements qui n'ont ni un lycé(\ ni un collège communal, ni môme une école primaire supéiieure. Ce sont parfois les arrondissements les plus riches et les plus peuplés. Ainsi, dans la Meuse, toute la région comprise entre Verdun et la Belgique, région très étendue puisqu'elle représente à peu près le tiers du département, est absolument dépourvue d'établissements d'enseignement secondaire ou d'enseignement primaire supérieur'. Lechamp est largement ouvert à la propagande des maisons ecclésiastiques qui s'y sont fortement établies.

Le Finistère n'est pas mieux partagé. Il n'y a dans toute la partie méridionale, sauf le lycée de Quimper, aucun établissement public d'enseignement secondaire. On y a créé trois écoles primaires supérieures, mais elles sont mal placées et se font concurrence, tandis qu'ailleurs on manque de tous moyens d'instruction en dehors des écoles primaires*.

Il y avait, en 1879, quinze collèges communaux dans le département du Nord. Cinq ont disparu ; l'un d'eux a été transformé en lycée, quatre ont été supprimés, mais ils ne sont morts que pour renaître

1. Enquête. — Rapport de M. R. Poincaré au Conseil général de la Meuse.

2. Enquête, — Rapport de M. Ilémon au Conseil général du Finistère.

SOUS la forme d'établissements ecclésiastiques. On compte aujourd'hui vingt-neuf maisons ecclésiastiques, au lieu de douze qui existaient dans le département il y a vingt ans. Les maisons laïques se ferment les unes après les autres (il n'en reste que trois dans le département). Ce n'est pas l'État qui recueille leur succession; elle va aux établissements ecclésiastiques. L'autorité diocésaine, de qui dépendent tous ces établissements, étend son réseau sur le département.

Dans l'arrondissement d'IIazebrouck, un des plus peuplés et des plus riches, il n'y a qu'un petit collège communal qui a failli être supprimé, il y a trois ans et qui se relève grâce à l'intelligence d'un nouveau principal. Cela ne peut suffire à l'arrondissement tout entier; il n'y a, au chef-lieu, ni collège, ni école primaire supérieure. Le collège communal a été remplacé par un établissement ecclésiastique qui s'est constitué à côté du petit séminaire. Comment s'étonner que, dans cet arrondissement et dans le département tout entier, l'enseignement public ait perdu du terrain et que l'enseignement ecclésiastique en ait gagné?

Ce n'est pas sans inquiétude que nous voyons ainsi disparaître des collèges communaux. Sans doute, on s'est plaint à toutes les époques de la multiplicité des petits collèges et de la dispersion de l'enseigne-

INSUFFISANCE DES COLLÈGES. lil

ment secondaire*. Si l'on ne considère que Tinlérôt des fortes études, peut-ôtre vaudrait-il mieux, en eflet, réunir les élèves dans de plus grands établissements, où ils trouveraient toutes les ressources d'un enseignement bien organisé. Mais les familles tiennent à ne pas se séparer de leurs enfants. On ne peut faire violence à leurs habitudes. D'ailleurs, un collège peut rendre des services qu'on ne saurait attendre d'un lycée. Son organisation peut se plier plus aisément aux exigences des populations, combiner et fonder des enseignements variés, pour satisfaire à tous les besoins. C'est ce qu'avait bien compris la loi du H floréal an X. La simplicité des moyens était le caractère de ces établissements. Plus tard, on s'est trop eff*orcé de les modeler sur les lycées *. Il faudrait les ramener à une organisation aussi simple et aussi souple que possible, leur donner des maîtres en petit nombre, mais égaux en science et en dévouement à ceux des lycées.

Dans les arrondissements où l'État ne peut pas compter sur la participation des communes, il y a des mesures à prendre pour que ces arrondissements ne soient pas privés de tout établissement public secondaire.

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