DES RÉPÉTITEURS
lèges qui ne sont pas agrégés ne peuvent plus que difficilement arriver dans un lycée comme chargés de cours. En 1898, sur 157 chaires vacantes dans les lycées, 26 seulement ont été données à des professeurs de collèges pourvus de la licence. Le répétitorat devient donc une impasse.
Il ne suffit pas de relever matériellement la situation des répétiteurs. On leur a donné des traitements ! égaux à ceux des professeurs de collège ; toutefois,
^^ on déduit de ces traitements, pour la fixation de
I leur retraite, le prix de leur logement et de leur
nourriture, même quand ils ne sont ni nourris ni logés au lycée. Cela n'est pas équitable. Mais plus la I condition matérielle des répétiteurs s'est améliorée,
I plus ils souffrent de ce qu'on n'utilise pas mieux
P" leurs aptitudes.
i Tout le monde convient qu'on ne tire pas d'eux un
^ parti suffisant. Ce n'est pas l'intention qui a manqué
\[ aux auteurs de la réforme. « Les répétiteurs, dit le
décret du 28 août 1891, concourent à l'éducation et
à l'enseignement. » Mais, en fait, le répétiteur n'a
aucune part à l'enseignement. Ce qu'on lui demande,
i ;. c'est de maintenir l'ordre dans l'étude, au réfectoire,
vT dans les récréations et au dortoir. Un licencié à qui
\\ licenciés un plus grand nombre de chaires des classes de grain-
^V maire dans les lycées. Cela n'aurait, pour les élèves eux-mêmes,
que des avantages.
BIBOT. — RÉFORM. ENSEIGI(. SECOND. 3
011 impose, pendant dix ou quinze ans, ces fonctions subalternes est découragé à l'âge de trente ou quarante ans. Il finit par s'aigrir et devient un mécontent.
Serait-il impossible de faire une réalité du décret du 28 août 1891 en associant véritablement les répétiteurs à l'enseignement? Beaucoup de professeurs semblent peu favorables à ce qu'ils .appellent une confusion des fonctions d'enseignement et des fonctions de surveillance *. Mais tout le monde n'est pas de cet avis. M. Léon Bourgeois a très bien montré tout ce que ces distinctions trop absolues ont d'artificiel et de dangereux. On cherche de toutes parts à résoudre le problème. Le recteur de Besançon voudrait, par exemple, qu'on confiât aux répétiteurs, à. titre de stage, les enseignements qui sont le plus à leur portée. C'est aussi l'avis du recteur de Clermonl, de celui de Bordeaux. « Que de cours, dit un inspecteur d'Académie S soit de langues vivantes, soit d'histoire et de géographie, soit de sciences, pourraient être faits par des répétiteurs pourvus de licences.... Ils gagneraient en ascendant moral, seraient soumis à l'inspection et pourraient être proposés pour les classes de collèges. » VoicV
1. Enquête. Délibération de la Société d'enseignement secondaire, t. IV, p. 363.
2. Enquête. Déposition de l'inspecteur d'académie de la Manche, t. IV, p. 57.
DES RÉJÉTITEURS. 55
comment s'exprime un autre inspecteur d'académiô, celui de la Marne : « On ne sait pas associer les répétiteurs à l'enseignement. La plupart sont jeunes, intelligents, cultivés. Ils ont foi dans leurs fonctions d'éducation. Nous leur confions, d'une façon un peu dédaigneuse, des fonctions de pure surveillance.... Il ne serait pas impossible de faire des échanges de fonctions entre le professeur et le répétiteur. En tout cas, rien n'empêcherait le répétiteur d'entrer dans l'esprit de l'enseignement du professeur. j> Des proviseurs, comme celui de Douai, iraient jusqu'à charger plus spécialement le professeur des cours et le répétiteur des exercices pratiques. Il s'en faut que tous les professeurs soient hostiles à celte collaboration du répétiteur et du professeur *.
Un répétiteur, neflt-il qu'une ou deux classes par semaine, ne sera plus un simple surveillant. Qu'on lui donne le titre de professeur stagiaire. C'est le nom qui lui convient, parce qu'il marque que sa situation actuelle n'est pas une carrière, mais la préface des fonctions qu'il doit un jour remplir. On s'habituera à voir en lui un futur pi^ofesseur. Il sera de plain-pied avec les membres du corps enseignant. Plus tard, devenu professeur, il ne croira pas que ce serait abaisser la dignité du professeur que de se
1. Voir nolamment ce que dit à ce sujet l'assemblée des proiesseurs du lycée de Lorient. Enquête, t. IV, p. 271.
mêler, après la classe, aux études et aux récréations des élèves.
Cette question des répétiteurs se lie étroitement à celle du stage que nous voudrions imposer à tous les aspirants au professorat. Pour mieux effacer des distinctions surannées, nous serions même d'avis de fondre les uns et les autres en une seule catégorie, sous le titre de professeurs stagiaires.
Le service du dortoir est aujourd'hui la partie la plus pénible des fonctions du répétiteur. On pourrait la rendre moins désagréable en changeant la disposition matérielle des dortoirs, en réservant aux maîtres une chambre d'où ils exerceraient leur surveillance. Cela se fait au collège Rollin et dans quelques lycées. Mais il y a une réforme plus radicale à opérer : c'est de distinguer nettement les fonctions de répétiteur, ou plutôt de professeur stagiaire, de celles de surveillant. Tout ce qui concerne la discipline du pensionnat doit être placé sous l'autorité exclusive du proviseur. Celui-ci doit pouvoir choisir, soit parmi les professeurs stagiaires, soit en dehors d'eux, les surveillants des dortoirs et des réfectoires. Il est responsable vis-à-vis deâ parents. Son autorfté doit être aussi large que possible*. En principe, les surveillants ne seront pas des fonctionnaires de l'État; ils seront rémunérés
1 Enquête. Diiposilion de M. BéJorcz, t. II, p. 74