‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 17 sur 67 · Éducation et instruction; éducation secondaire, t. II · texte numérisé non relu

Éducation et instruction; éducation secondaire, t. II

renseignement secondaire, tout en se prêtant aux exigences de plus en plus impérieuses de la culture scientifique.

L'Allemagne a, depuis longtemps, différents types d'enseignement. Bien que ces enseignements ne soient pas égaux entre eux, au point de vue des sanctions, ils ont une durée égale. Ce sont des enseignements qui marchent en quelque sorte de pair. En Angleterre, à côté de l'enseignement des universités, le seul qu'on vise d'ordinaire, il y a l'enseignement que donnent les écoles privées et qu'elles mettent à la disposition des classes moyennes. Les types sont loin d'être uniformes. Chez nous, la tendance à garder l'unité de l'enseignement classique a été si forte que l'enseignement spécial a toujours été considéré comme un intrus. Il n'a obtenu sa charte qu'en 1865. C'était un enseignement hors cadres. On le tolérait, parce que la force des choses l'imposait; mais on ne le tolérait qu'à condition qu'il eût le sentiment de son infériorité, qu'il n'eût pas d'ambitions trop hautes, surtout celle de conduire aux professions libérales.

La bifurcation établie en 1852 par M. Fourtouln'a pas été vue d'un œil plus favorable. Son impopularité s'explique par cette raison qu'elle rompait l'unité traditionnelle, autant que par ses propres défauts et par l'esprit dans lequel elle a été appliquée Elle

répondait pourtant à des nécessités pratiques et pédagogiques, si bien qu'elle a été rétablie de fait par la création des classes de mathématiques préparatoires. On a vécu sous ce régime pendant un quart de siècle. Régime bâtard qui faisait de l'étude du latin, jusqu'à la troisième, le centre de l'éducation et invitait les élèves à la dédaigner au moment où elle était sur le point de. porter le plus de fruits, qui imposait à ces mêmes élèves l'étude du grec pendant deux ans pour qu il n'en fût plus question dans la suite*.

La création d'un enseignement moderne, conduisant surtDut aux carrières scientifiques, était depuis longtemps dans l'air. On eût pu la conjurer ou, tout au moins, la retarder en organisant, comme l'ont fait' les Allemands, un cours d'études où les langues vivantes et les sciences eussent remplacé renseignement du grec*. Des homme^ éminents, comme M. Fouillée, sont résolus aujourd'hui à faire le sacrifice du grec pour sauver le latin. Mais l'étape a été franchie. On ne s'est pas arrêté à cette transaction, et le jour où l'enseignement hybride des mathématiques préparatoires a été supprimé Ten-

1. Projet d'organi$ation de l'enseignement secondaire spécial, 1891. imprimerie nationale.

2. M. Boutmy exprime le regret qu'on ait maintenu, en 1880, au grec, son caractère obligatoire. En le rendant facultatif, on n'aurait pas eu besoin d'organiser l'enseignement moderne. (Le baccalauréat et renseignement secondaire, p. 14. Armand Colin et C'°.)

seigiiement moderne était prêt à entrer en scène.

Il fallait fermer les yeux à révidence pour n'être pas frappe des signes précurseurs qui annonçaient'-^'^*' son avènement. On se i appblle la campagne menée par Frary. M. Bréal lui-même, à propos du retentissant discours de Tempereur d'Allemagne, écrivait ce qui suit * : « C'est Tannonce d'un esprit nouveau qui se rencontre plus ou moins chez les différentes nations de l'Europe et qui est en opposition avec *la culture classique telle qu'elle a élé comprise au moyèn^ âge, à la Renaissance, au xvi% au xvii® et au xvin^ siècle. Le même courant d'idées, qu(îlque "parti d'un point opposé de l'horizon politique, règne également chez nous.... Dans ces tendances qui se produisent d'une manière indépendante chez les deux nations et dont les symptômes se retrouvent encore sur d'autres points de l'Europe, on ne saurait mé-/-* connaître la suite d'une évolution qui remonte à deux siècles et qui, si contestables qu'en soient les conséquences extrêmes, mérite toute l'attention dulégislateur. Au fond, c'est la môme évolution qui a produit les littératures modernes et les nations modernes. Les gouvernants feront sagement de donner satisfaction à ces tendances en multipliant les types d'instruction.... »

L'enseignement moderne est donc né d'un mou-

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