DES PROGRAMMES
la fin des éludes ou à l'entrée des carrières, ait luimême un programme, rigide en certaines parties, souple en d'autres parties. « C'est le système, disait V. Duruy, qui est pratiqué en France pour les diplômes de l'enseignement spécial comme pour le brevet supérieur. Ce ne serait donc pas une nouveauté. »
Les propositions que la Commission soumet à la Chambre, à ce sujet, marquent nettement une orientation. Désormais il y aura des cours gradués pour le latin comme pour les langues vivantes. Les élèves pourront choisir entre certaines matières. La rigidité du système des classes, des programmes et des examens s'assouplira dans une large mesure. Cela suppose, de la part des proviseurs, beaucoup de tact et d'autorité. On se heurtera, nous le savons, à des préjugés tenaces. N'a-t-on pas déjà toutes les peines du monde à faire comprendre aux professeurs de langues vivantes qu'il est déraisonnable de mettre ensemble, parce qu'ils appartiennent à la même classe, des enfants qui parlent couramment l'allemand ou l'anglais, et d'autres qui n'en savent pas un mot ?
Mais toute réforme — et celle-ci vaut la peine d'être tentée — rencontre des résistances. Il faut savoir les vaincre; c'est affaire de volonté, de tact, de mesure dans les premières applications.
Nous ne sommes pas frappés seulement de la surcharge des programmes, qui s'explique d'elle-
même, mais aussi de la dispersion qu'ils imposent aux efforts des élèves; Ton veut tout entreprendre à la fois et mener de front des études dont chacune exigerait, surtout à ses débuts, une application presque exclusive : «Voici un enfant de huit à dix ans, écrivait en 1884 M. Gréard, qui n'a pas moins de neuf cours différents par semaine. A peine son attention a-t-elle pu commencer à se fixer sur un objet qu'un autre l'appelle et le déconcerte. » Cela est toujours vrai. Avec beaucoup de finesse M. Gréard ajoutait : «Heurement son âge le préserve ; il se sauve par la légèreté. Mais, à la longue, il n'échappera pas à ce malaise profond qui résulte d'une attention surmenée et qui atteint tout à la fois l'intelligence et la volonté*.»
^Nous sommes convaincus que les études seraient beaucoup meilleures si Ton procédait rationnellement, si l'enfant n'abordait une nouvelle étude qu'après avoir fait des progrès suffisants dans les études précédentes. La méthode intensive, appliquée à la culture de l'esprit, donnerait de tous autres résultats que la dispersion actuelle de notre enseignement '. Port-Royal ne commençait à apprendre
1. Éducation et instruction. Enseignement secondaire, t. II, p. 144.
2. Voir, à ce sujet, les observations de M. £. Boutmy. Appendice^ p. 240.