VII. Bilan
Actif. Domaine de Serix 82088 52.
)) Donation de M. L. G. à percevoir j
en 1874 11000 — J
» Trois obligations de la Ville de f
Paris 1500 -)110831 24
» Mobilier 12901 231
» Provisions en magasin au 31 mars \
» Solde en caisse 33 49'
Passif. Délégations sur une lettre de rente 24800 —
» Acte de revers 25800 ~J
» Un prêt 800 — ViioSSl 24
» Emprunt pour les Qpuvelles con- (
structions 4000 — ]
» Fonds capital 56231 24
La situation financière exposée, la parole fut donnée à ceux qui avaient quelque communication à faire, quelque recommandation à adresser. L'aspect de l'as-
semblée était réjouissant. A des chrétiens sincères et convaincus s'étaient réunis quelques libres penseurs dans la pensée commune du bien de l'humanité, du but à atteindre au prix de nobles efforts.
M. l'ancien pasteur Barde exprima le désir que les élèves, à leur sortie, fussent suivis plus directement encore que par le passé, les soins d'un comité ne suffisant pas, quelqu'éclairés qu'ils fussent, à remplacer un véritable patronage. Ce sujet avait déjà été traité par le comité de l'année dernière. Tous les cinq ans, la vie des anciens colons, leur situation matérielle et morale, leurs métiers, devaient être exposés et commentés, malgré la difficulté des recherches. Mais ce qui constitue le vrai critère, disait le comité, c'est la confiance qu'on ne cesse de nous accorder. Assez d'élèves sont déjà sortis de la colonie pour qu'on puisse juger des résultats ; or, il est évident que s'ils ne répondaient pas à l'attente, les demandes d'admission diminueraient.
M. Lochmann a insisté sur ce point ; il a rappelé que tous les renseignements possibles avaient été pris sur 140 des élèves sortis, et que, dans le nombre, 95 suivaient une excellente voie et faisaient de bons citoyens. M. Le Cointe a profité de l'incident pour donner lecture de plusieurs lettres d'anciens colons qui veulent attester que Serix est toujours présent à leur mémoire et qu'ils n'oublient pas ses bienfaits.
C'est alors que M. le Conseiller d'État Bemey prit
la parole. H loua, dans Tinstitution de la colonie, non seulement le but, mais les moyens ; il assura l'établissement du concours, de la sympathie des autorités vaudoises, et appuya principalement sur cette circonstance, que Serix devait tout à l'initiative privée. Langage' remarquable dans la bouche d'un gouvernant!
Une lettre de M. Necker, dictée par une bonne pensée, annonçait que la fêté serait complétée : le petitneveu du ministre des finances de Louis XVI envoyait un feu d'artifice.
A Oron, le dîner fut interrompu par le bruit du tambour et les sons de la fanfare : les élèves défilaient raiUtairement. Us nous suivirent à la gare et exécutèrent des morceaux de musique en soufflant très-convenablement dans leurs cornets à pistons. Le train s'ébranla; tous tirèrent leurs casquettes, nous souhaitant ainsi bon voyage.
En les saluant, nous leur dîmes mentalement : au revoir, à l'année prochaine. Sans l'esprit de suite, rien ne s'accompUt en philanthropie : pour Serix, persévérer est un impérieux devoir.
Nous avons accompli consciencieusement la tâche d'exposer l'état de la question pénitentiaire dans les divers pays de l'Europe, et chemin faisant de donner notre avis sur chaque cas particulier en le renfermant dans les théories générales qui nous semblent justes et applicables. L'extrême divergence des opinions, des manières de voir nous a surpris parfois, mais jamais arrêté, car nous y avons seulement trouvé la preuve que les esprits sont en travail, les systèmes de répression à l'étude, la conviction en suspens, l'uniformité encore lointaine. Sur les points fondamentaux euxmêmes, la différence des vues s'explique par la variété des civilisations, des conditions de climat, d'éducation philosophique, par le plus ou moins d'iniportance donnée à la tradition. Cette diversité implique-t-elle que la réforme des prisons soit impossible, le progrès irréalisable ? Nullement. Il faudrait ne voir qu'à la surface pour s'imaginer que le congrès pénitentiaire de Londres n'a porté aucun fruit, n'a pas aéposé dans
les cœurs le germe de cette union que les travaux de l'intelligence ne peuvent qu'entretenir et féconder.
Les hommes compétents de la France, de l'Italie, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie, des États-Unis, de la HoDande, de la Belgique, de la Suisse, viennent de se réunir à Londres pour échanger leurs idées et leurs sentiments à la lumière de la discussion. Une pareille réunion est-elle inutile ? N'estelle pas plutôt au-dessus des objections, puisqu'elle a compris que les difficultés doivent se résoudre, non se trancher, et qu'une votation, une décision sur les sujets en litige serait impossible et ne lierait personne?
Le congrès de Londres sera profitable; il l'est déjà, des conclusions étant plus faciles à prendre après qu'avant.
Les questions élaborées et posées au congrès sont le résumé exact des points actuellement en discussion. Le gouvernement anglais ne pouvait se montrer ni indifférent ni inattentif à cette occasion; il a donné l'exemple de ce que devraient être tous les pouvoirs et a déclaré, par l'organe d'un ministre, que s'il n'avait pas la prétention d'imposer sa manière de voir, il désirait s'instruire, s'éclairer, profiter des expériences formulées en principe, et promettait son concours dévoué à l'avenir.
Ce qui domine le sujet, ce qui plane pour ainsi dire sur les délibérations du congrès et justifie le choix de Londres comme lieu de réunion, c'est le fait qui mé-
rite d'être proclamé à la fin comme au début, que le système anglais (ou anglo-irlandais si l'on veut) est le meilleur de tous et doit être employé partout, avec les seules modifications que nécessitent les localités.
Trois degrés : emprisonnement cellulaire, travail en commun, libération provisoire.
Dès lors, la méthode de classification devient secondaire. Sans doute créer des classes, employer des marques, favorise l'émulation dans les prisons anglaises, mais chercher avec beaucoup d'Allemands la base du classement dans la disposition morale du prisonnier, c'est intervertir les rôles, donner à l'homme plus de pouvoir qu'il n'en a, assigner à la puissance terrestre un rôle qu'eUe ne peut jouer. La conduite du détenu est seule visible pour les Anglais. Ils combinent celle-ci avec le temps, qui a son importance à leurs yeux, quand il s'agit de fixer les règles à suivre et de classer théoriquement.
En pratique, les Anglais connaissent l'importance de bons employés. Leurs officiers de terre et de mer ne pensent pas déroger en gouvernant une prison. L'habitude du commandement les dispose à tout ce qui est direction, contrôle, administration, et, d'un autre côté, nous avons vu que les allures militaires rendent l'obéissance plus facile, même dans les colonies agricoles. Une obligation du service, un devoir dicté par le son du tambour, ou de la trompette n'est jamais une humiliation.
3i8 CONCLUSION.
Les employés des prisons sont bien payés en Angleterre. Comment voulez-vous qu'un fonctionnaire mette de l'intérêt et de l'entrain à une tâche ingrate, s'il peut à peine vivre, si son avenir n'ofire qu'incertitude et pauvreté? L'augmentation des traitem^ts, notamment en Italie, serait un remède plus efficace à l'état de choses actuel que la création d'écoles d'apprentissage pour les employés. Lea fonctions de ces derniers, nous le reconnaissons, veulent une éducation spéciale, mais l'enseignement véritable est le séjour dans la prison, le passage d'une classe à l'autre, l'avancement. L'attraction réside dans les avantages matériels. La formation de caisses de secours, de fonds de retraite (le nom importe peu), est plus nécessaire dans les prisons qu'ailleurs, le présent étant pénible souvent, modeste toujours.
Pour la première période, emprisonnement cellulaire, le travail de la pensée qui se replie sur elle-même, les réflexions qui naissent de la solitude et de l'isolement influent si notoirement sur l'état moral du prisonnier, que, quand certains vices persistent pendant le travail en commun, les directeurs recherchent immédiatement les lacunes de l'incarcération antérieure. Très-souvent l'impression reçue au début décide de la destinée future du détenu. Sophistes ceux qui prétendraient que la période d'isolement n'est pas rationnelle parce que la durée n'en peut être fixée d'une manière précise. Cette durée varie sans doute d'après
les mœurs et l'organisation des prisons ; eUe n'est pas la même à Milbank, à Pentonville et à Bruchsal, mais changez la marche dictée par le bon sens et l'expérience, mettez la cellule au terme de la détention, vous arriverez à des conséquences absurdes et insoutenables.
. La solitude* absolue, pensylvanienne, avec ses inconvénients sanitaires , est évidemment dans l'esprit de ceux qui combattent aujourd'hui l'emprisonnement cellulaire par des motifs qui n'invalident pas le système que nous préconisons. Ce système devrait être adopté partout, n'offrît-il que l'avantage inappréciable d'éviter le contact et ses funestes effets.
Le travail en commun, deuxième période, a fait ses preuves. Portland démontrje que la vie nouveUe, récompense de la bonne conduite, analogue pendant le jour à celle des ouvriers libres, est non-seulement désirable, à un moment donné, mais nécessaire. Prolonger la séquestration, même atténuée, serait donner raison à ceux qui prétendent que le régime cellulaire mène tout droit à la folie ou à l'idiotisme. Pouvezvous donc emprisonner à vie, supprimer les périodes, enlever toute espérance au condamné? Grave question, intimement liée à celle de la peine de mort, que le congrès lui-même n'a pas abordée. Dans un but de cupidité, un homme tue avec préméditation et guetapens, coupe sa victime en morceaux, commet un de ces crimes qui épouvantât la conscience humaine; la
loi le condamne aux travaux forcés à perpétuité dans les pays où Téchafaud n'existe plus. Faut-il placer le détenu au nombre des brebis égarées, compter sur sa régénération possible, faire luire à ses yeux l'espoir d'une délivrance lointaine ? Nous n'hésitons pas à répondre non. n est de ces cas où la société a le droit de se préserver, et le voleur n'est pas assimilable à l'assassin.
La libération provisoire ou conditionnelle est une espèce de grâce accordée par anticipation; c'est une préface, de la libération pure et simple à laquelle a droit le condamné, sa peine étant expirée. Cette troisième période, expérimentée avec succès en Angleterre, va être admise dans plusieurs cantons de la Suisse. Elle a cet avantage tout particulier qu'elle ne peut se réaliser qu'à l'aide de citoyens dévoués qui s'occupent avec sollicitude des individus sortant de prison et remplissent volontairement les fonctions de surveillants et de patrons. La libération provisoire n'est donc pas utile seulement aux condamnés : elle développe chez d'autres les sentiments généreux, l'abnégation, toutes les vertus opposées à l'égoïsme. La grâce n'est pas complète, il est vrai, puisque le condamné peut être réintégré en prison s'il se conduit mal, et la surveillance reste nécessaire; mais cette réduction de peine est motivée par la logique qui en fait une continuation natureUe du travail en commun, par l'humanité aussi qui permet d'ouvrir au détenu la
perspective d'une vie nouvelle qu'il est en son pouvoir de hâter ou de retarder.
Les trois périodes que nous venons d'indiquer sont essentielles. Laisser aux directeurs l'organisation complète, la base même du système pénitentiaire, serait dangereux, n'offrirait pas une sécurité suffisante, motiverait des changements radicaux et fréquents. Les peines disciplinaires doivent aussi être fixées par la loi. Les châtiments corporels sont élevés par quelques écrivains à la hauteur d'un principe qui n'a pour adversaire qu'un sentiment. Le Mton, disent d'anciens magistrats, est utile dans beaucoup de cas : crimes accompagnés de brutalité, attaques contre les employés. Dans l'Inde, la flagellation a produit de bons effets; certains délits sont en décroissance. L'ensemble des observations atteste qu'il faut conserver, étendre même les peines corporelles.
Cette argumentation, se produisant encore aujourd'hui, nous étonne dans la bouche de criminalistes qui devraient savoir qu'eUeest le renversement de tous les principes. L'honneur peut sommeiller, paraître éteint, mais il est vivace dans le cœur de l'homme et devient un puissant levier de régénération. Il faut que le condamné arrive à s'estimer lui-même. Ce qui risque de le ravaler, de l'avilir, de le dégrader, est en opposition directe avec le but poursuivi.
L'instruction doit être générale: lecture, écriture, calcul, morale pour tous, religieuse selon le credo de
chacun, industrielle en vue de Tavenir du condamné ; rétablissement pénitentiaire n'a pas à consulter ses convenances personnelles.
La quote-part du gain à accorder aux détenus a fait l'objet des délibérations delà dernière réunion -de la Société des prisons dans la Suisse romande. Ce profit est-il un droit? A Genève, c'est une faveur. Que la faveur devienne un droit établi par le règlement, c'est tout ce que nous demandons.
La nécessité de colonies agricoles pour les jeunes détenus ne nous fait pas perdre de vue l'utilité d'asiles pour les adultes, hommes ou femmes. En Saxe, depuis quarante ans, de pareils établissements existent grâce au concours de l'État et des particuliers.
Notre système est-il applicable à un grand nombre de prisonniers à la fois? Des Américains ont prétendu avoir dirigé facilement et surveillé convenablement jusqu'à dix mille détenus. C'est plus économique évidemment, mais la question d'argent n'est pas en première ligne. Nous pensons que la direction et la surveillance ne peuvent pas s'exercer d'une manière efficace sur plus de cinq cents condamnés.
Pages
Administration de la justice criminelle en Angleterre . 16
Lieux de répression 17
Première période 18
Peines corporelles 19
Deuxième période 24
Autres lieux de répression pour la deuxième période 25
Troisième période 29
Codes criminels de 1791 et de Pan V 39
Code pénal de 1810 41
Lieux de répression 43
Maisons centrales . 45
Sœurs de Marie-Joseph 49
Système de régie des maisons centrales 51
Salubrité ; 53
Volte-face du gouvernement français 54
Bagnes. Transportation 63
Lieux de déportation 68
Maisons de correction 69
Prison préventive > 72
Asiles pour les condamnés libérés 73
Moyens à adopter 75
Piges
Piémont
Vénétie, Lombardie
Toscane
Rome
Deux-Siciles
Éyasions. Considérations générales
AÎJ.EMAfiNK
Prison de Bruchsal
Prisons de femmes
Du patronage.
Zaricb
Berne .
Luceme
Uri
Schwytz
Unterwald.
Glaris
Zouff
Fribourg
Soleure
Bâle (viUe et campagne)
Schafihouse
Appenzell
Saint-Gall
Grisons
Argovie
Thurgovie
Pages
Tessin 214
Vaud 216
Valais 217
Neuchâtel 218
Genève 221
Hollande 229
Belgique 247
France (Mettray) 259
Suisse 283
Hofwyl ; 295
Une visite à Serix (Vaud) 305
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