‹ La Réforme du Bréviaire et du calendrierChapitre 5 sur 20 · PP · texte numérisé non relu

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Nous nous contenterons de faire les remarques suivantes : Il faut tout d'abord admirer l'ordre, l'équilibre, on pourrait dire la logique de la nouvelle distribution. Tout cela est inspiré par un esprit de méthode et de symétrie dont les anciens se préoccupaient fort peu d'ordinaire. Sur ce point, le nouveau psautier l'emporte même sur le psautier bénédictin, dressé cependant avec un soin si méticuleux par le patriarche des moines d'Occident. La colonne consacrée, dans nos tableaux, au nombre des versets, pourra aider à se rendre compte de l'égalité à peu près parfaite que l'on est parvenu à obtenir entre chacun des jours de la semaine. D'un même coup d'oeil, on verra aussi par la comparaison du nombre

des versets, combien le nouveau système l'emporte sur l'ancien au point de vue de la brièveté.

S'il n'y a plus que neuf psaumes à matines au lieu des douze qui était le nombre consacré, on a du moins conservé pour cet office la série du psaume i^*" au psaume io8®, sauf les omissions ; les psaumes 109® à 144® restent réservés aux vêpres, en vertu d'une vieille tradition.

Les psaumes de laudes nous offrent cette grande nouveauté : il y a deux séries de psaumes, la première pour le temps ordinaire, la seconde pour certaines époques liturgiques, le temps de la septuagésime et du Carême, les fériés de l'Avent et les vigiles communes. Cela met de la variété dans l'office, et la pratique peut se recommander de nombreux précédents en liturgie. Il est normal que les psaumes changent suivant les saisons.

Une autre nouveauté plus digne de remarque encore, c'est l'addition de nouveaux cantiques à laudes. Depuis un temps immémorial, l'Église romaine avait consacré sept cantiques pour les laudes de la semaine :

Dimanche : Cantique des trois enfants : Benedicite omnia opéra Domini Domino.

Lundi : Cantique d'Isaïe : Confiteor Hbi, Do-

mine,

Mardi : Cantique d'Ezéchias : Ego dixi : in

dimidio diertim m,eorum.

Mercredi : Cantique d'Anne : Exultavit cor meum.

Jeudi : Cantique de Moïse (Exode) : Cantemus

Domino.

Vendredi : Cantique d'Habacuc : Domine, audivi

audionem tuant. Samedi : Cantique de Moïse (Deuter.) : Audite

cœli quœ loquor.

Ce que sont ces cantiques au point de vue liturgique, quelle est leur importance comme caractéristique des divers rites, à quelle haute antiquité remonte leur usage dans l'office des laudes, nous l'avons dit ailleurs, ce n'est pas le lieu de le répéter ici (ij.

Ce qu'il faut dire, c'est que les sept nouveaux cantiques :

Cantique de David : Benedictus es, Domine, Deus Israël (i. Par., 29, 10- 1 3) ;

Cantique des trois enfants : Benedictus es, Domine, Deus patrum nosirorum ;

Cantique de Tobie : Magnus es. Domine, in œternum (Tob., xiii, i- 10) ;

Cantique de Judith : Ilymnum cantemus Domino ;

Cantique de Jérémie : Audite verbum Domini, gentes Qer. 3i, 10-14) i

Cantique d'Isaïe : Vere tu es Deus absconditus (Is. 43, i3-26) ;

Cantique de l'Ecclésiastique : Miserere nostri, Deus omnium, et respice nos (Eccli., 36, 1-16) ; sont des cantiques très bien choisis, qui forment d'admirables prières, et dont quelques-uns sont déjà employés dans d'autres liturgies.

(i) Cf. nos articles Cantiques, et Cantiques évangéliqti.es , dans Dictionnaire d'Arckéologie clifétietine et de Liturgie, col. 1975-1999. En dehors de l'emploi de ces cantiques à l'office de laudes, l'Eglise romaine admet encore les trois cantiques évangéliques : Benedictus, Magnificat, Nunc diniittis, et les cantiques : Benedictus es, Domine, Vinea facta est, Recordare, Domine, et même le cantique apocryphe de Manassé, dans certains offices, ou certaines messes.

On peut se réjouir que l'Eglise romaine qui s'était contentée jusqu'ici d'un nombre si restreint de ces prières, en ait admis sept nouveaux (i). On sait que certaines liturgies, la liturgie mozarabe, par exemple, et le bréviaire bénédictin, en comptent un nombre beaucoup plus considérable.

Si l'office des laudes s'est enrichi par le nombre des cantiques, il admet aussi dans le nouveau système une plus grande variété de psaumes.

On verra, en rapprochant nos deux tableaux de l'office de laudes avant et après la réforme de 191 1, que l'ancien office se réduit à quelques psaumes, répétés presque à chaque jour. Ce choix n'était pas arbitraire. Chacun de ces psaumes est consacré à l'office de laudes, dès les temps les plus anciens, et dans presque toutes les liturgies. On remarquera que ces psaumes ne suivent plus l'ordre du psautier comme ceux de matines ou de vêpres. Ils sont spécialement choisis pour cette heure, parce que l'office de laudes se célèbre, ou devrait se célébrer, au moment du lever du soleil et du chant du coq, cette heure correspondant à celle où le Christ sortit du tombeau, comme le soleil s'élève à l'horizon pour éclairer la terre. On avait donc choisi pour cet office des psaumes qui chantent la résurrection ou qui font allusion au lever de l'aurore. Quant au psaume 5o®, Miserere met Deus, la tradition qui le consacre à l'o fficedu matin peut remonter jusqu'au iv® siècle. La revision a eu soin de conserver ces psaumes, en y ajoutant quelques autres qui ne sont pas consacrés

(i) En réalité, le Benediclus es, Domine, Deus pairum nostrorunt, est déjà employé dans la liturgie du samedi des Quatre-Temps.

par un usage aussi ancien. On s'étonnera peut-être, en quelques quartiers, que les trois derniers psaumes, 148, 149, i5o, qui, depuis un temps immémorial, et dans la plupart des liturgies, étaient par excellence les psaumes des laudes, aient été séparés et même retranchés à certains jours. Ce sont ces psaumes qui ont fait donner leur nom à l'office des laudes (i).

On peut dire d'après le choix des psaumes, que les correcteurs ont donné à cet office un caractère de joie, ce qui en somme est conforme à l'esprit ancien. Le psaume Miserere, qu'une vieille tradition rattachait à laudes, a été retranché, sauf pour les temps de pénitence.

Comme l'office des laudes, celui de complies était composé de psaumes toujours les mêmes, mais qui conveoaient admirablement à cette heure : psaume 4, psaume 3o (en partie), psaume go, psaume i33. Sur ce point encore, les reviseurs ont cru devoir abandonner une tradition tant de fois séculaire, et varier ces psaumes comme ceux des autres heures. Ils se sont efforcés du reste de choisir des psaumes, qui, s'ils ne sont pas consacrés par l'usage liturgique, conviennent cependant à la dernière heure du jour. C'est peut-être sur ce point que les modifications soulèveront le plus de critiques. Mais du moment qu'on voulait, en même temps, réciter tout le psautier dans la semaine et abréger l'office, il fallait bien sacrifier quelques-unes des traditions.

Pour les vêpres au contraire, peu de changements à signaler, la série des psaumes ordinaires des vêpres,

(i) Cf. Notre article sur Laudes dans The Catholic Encyclopedia. t. IX, p. 38.

de 109 à 147 est employée, comme dans l'ancien psautier, sauf les psaumes 116, 117, 118, i33, 184, 142 et 145 à i5o qui trouvent leur emploi à d'autres heures.

Les petites heures, prime, tierce, sexte et none, si peu variées dans l'ancien système et consacrées presque uniquement au psaume 118^, ont été traitées dans la revision avec un soin particulier. Les psaumes en ont été choisis, comme ceux des laudes, indépendamment de leur numéro d'ordre, et parce qu'ils paraissaient convenir davantage à ces heures. Cela donne aux petites heures un charme nouveau.

On remarquera aussi que les auteurs du nouveau psautier se sont inspirés des vrais principes liturgiques, et ont tiré les antiennes du psaume même qu'elles ont pour fonction d'annoncer.

Il faut les remercier aussi d'avoir essayé de remettre en honneur ces répons du temps, souvent si expressifs et si beaux. L'essai est encore timide ; il faudra faire davantage. Mais c'est déjà une indication précieuse pour l'avenir (i).

(1) Sur le reproche fait au nouveau psautier d'avoir repris les idées de Quignonez ou du bré%iaire de Vintimille, cf. Mgr Batiffol dans /a Croix du 2 avril 1912.

Des offices particuliers et de certaines rubriques.

Le psautier tel que nous venons de l'étudier est donc destiné à remplacer, dès l'année igiS, le psautier ancien. Il peut même dès maintenant être mis en usage. Il est destiné à être récité, même les jours où se présente sur le calendrier une fête de saint. Cependant, comme on pouvait s'y attendre, il existe un certain nombre d'exceptions. Pour les fêtes de Notre- Seigneur et pour leurs octaves, pour les dimanches dans l'octave de certaines fêtes (cf. Titulus i, n° 2, et Piacenza, Commeniarùim, loc. cit., p. 32, 'hZ'^) pour les fêtes de la Sainte Vierge et des anges, pour celles de saint Jean-Baptiste, de saint Joseph, des saints Apôtres, pour les doubles de i*"* et de 2® classe, et leurs octaves, on récite l'office tel qu'il est assigné dans le bréviaire ou dans le propre, y compris les psaumes, à moins que, selon les cas, il ne doive être pris au nouveau psautier. TUul. i.

Cette exception est pleinement justifiée. Ces jourslà, certains psaumes ont été choisis à cause de leur sens particulier qui s'applique à la fête. Noël, l'Epiphanie, la fête de Pâques, la Pentecôte, sont munies de leurs psaumes, que la tradition liturgique, depuis des siècles leur avait assignés. On n'eût pas renoncé à cette pratique sans un sérieux détriment.

Il en de même pour les fêtes de la Sainte Vierge et

d'un certain nombre de saints. Il faut louer sans réserve les reviseurs de s'être sur ce point montrés conservateurs des vieilles traditions. Qui n'aurait regretté de voir disparaître, par exemple, le bel office qui donne aux fêtes des apôtres un caractère si accentué? En somme le psautier du sanctoral, qui se recommande par une bien haute antiquité et par de sérieuses qualités, est resté intact. Est-ce à dire qu'il n'y aurait pas, là aussi, quelques retouches à faire ? La question peut se poser.

On conserve aussi les antiennes propres de certaines fêtes, comme sainte Agnès, sainte Agathe, sainte Cécile, qui sont tirées d'anciens offices ou des actes de ces martyres et qui ont, par suite, un certain prix.

Il faut aussi se réiouir que les trois derniers jours de la semaine sainte conservent leur office à peu près sans changement. Cet office a été composé avec le plus grand soin; on voit difficilement quel perfectionnement on aurait pu y apporter. (Voir Commeniarium, loc. cit. y p. 35, 36.)

Intact aussi reste l'office des morts, au moins dans ses grandes lignes et sauf les additions que nous allons indiquer. La fête des morts du 2 novembre est soumise en effet à un traitement tout particulier, qui ne sera pas sans affecter l'office des morts en général. (Cf. titulus IV, n° 4, Commentarium, p. 79 ; titulus III, n° 6, Commentarium , p. 76 ; titulus xiii, De Commemoratione omjiium fidelitim de/unctorum, Commentarium, p. ii3;cf. aussi p. i36, i37, i38). Le 2 novembre reste consacré uniquement à la commémoraison des défunts et exclut toute autre fête, qui ne serait pas fête de première classe. Par conséquent il

n'y sera plus fait mention de l'octave de la Toussaint. Cejour-là,on célébrait jusqu'ici un double office, celui de l'octave de la Toussaint et celui des morts. Pour éviter la surcharge et donner à la fête des morts toute sa valeur, on lui réserve tout l'office.

Mais l'office des morts n'ayant jusqu'ici que les vêpres, les matines, les laudes et la messe, il faut le munir des petites heures et de complies. C'est une des modifications les plus considérables qui aient peut-être été apportées dans cette constitution aux règles jusqu'alors établies, et qui paraissaient intangibles. Le détail de ces modifications est donné aux endroits que nous avons cités. En tout cas, on ne saurait que se réjouir de la solennité et de l'importance accordées ainsi au jour des morts (i).

Parmi les nouvelles rubriques, nous attirons encore l'attention sur les suivantes : le fameux symbole Qnicumque viclt salvus esse, ne s'appelle plus symbolum sancti Athanasii , mais seulement symbolum Athanastanum, de même que le Te Deum, au lieu d'être appelé l'hymne desaint Ambroise et de saint Augustin, n'est plus désigné que comme ^jvw^wj- ^wdr(3j/anus. On remarquera ce pas fait vers la critique. Les mots Athanasianum, Ambrosianus , ne sont pas compromettants. Us signifient seulement que l'un de ces documents s'inspire de l'esprit de saint Athanase, l'autre de celui de saint Ambroise. Tout en renonçant donc à une attribution désormais insoutenable, on laisse la question ouverte. C'est d'une sage discrétion.

On remarquera aussi à ce propos que la récitation

(1) Cf. Le Titulus x sur les messes des morts et les jours où il est permis de les dire.

6o LA RÉFORME DU BRÉVIAIRE

du symbole Quicumque est laissée de côté une partie de l'année.

Dans le but d'abréger et de simplifier l'office, en retranchant ce qui est accessoire, pour reporter l'attention sur l'essentiel, on supprime les offices votifs (tit. viii), l'office des morts et le petit office de la sainte Vierge, comme offices additionnels, (tit. viii), les psaumes graduels et pénitentiels (ibid.). On ne laisse subsister qu'une messe conventuelle avec assistance obligatoire pour les chapitres, collégiales et autres chapelles (tit. xii). Le titulus xi diminue le nombre des collectes imposées par l'ordinaire (oratio imperata) ; le n** 2 du titre vu réduit en une seule oraison pour l'office, les divers suffrages des saints (cf. Piacenza, Commentarium, p. 94, 98, et 124). Les translations de fêtes sont rendues plus rares.

La plupart de ces prescriptions ont un caractère pratique, et, d'une façon générale, donnent satisfaction à des réclamations ou desiderata exposés depuis longtemps.

On pourrait sans doute faire bien d'autres remarques sur ces rubriques. Mais nous ne voulions signaler ici que les plus importantes; celles qui touchent vraiment à l'histoire de la liturgie. Nous laissons de côté ce qui n'est que simple réglementation. Celles-ci n'exigent pas de commentaire.

ET DU CALENDRIER 6l

Les réformes futures.

La réforme du psautier, si importante qu'elle soit, n'est qu'une réforme partielle; elle en appelle d'autres ; c'est une pierre d'attente ; espérons qu'elle n'attendra pas trop longtemps.

Il faut saluer cette promesse. Nous n'aurons pas la témérité de tracer dans ce chapitre aux correcteurs la voie qu'ils auront à suivre dans l'avenir. Nous voulons seulement indiquer au lecteur les points sur lesquels pourront porter les réformes, et, à l'occasion susciter des recherches qui seront peut-être de nature à éclairer la religion des correcteurs futurs.

Nous avons dit suffisamment ce que nous pensions de la réduction du nombre des saints (p. Sy et suiv.). Inutile d'y revenir ici.

Parsuite de cette suppression, beaucoup de légendes de saints disparaîtront du bréviaire. Y a-t-il lieu de corriger celles qui resteront ? C'est sur ce point que se sont élevées les plus grosses difficultés, et c'est, diton, par crainte de suppressions trop radicales que certaines tentatives de réforme n'ont jamais abouti. N'ai-je pas entendu dire que quelqu'un avait conseillé purement et simplement de retrancher d'un coup toutes les légendes, quelles qu'elles fussent !

II me semble qu'en ces matières on pourrait arriver facilement à une entente, sans rien abandonner des droits de la critique ni du respect dû aux saints. Le

bréviaire n'est pas, et ne peut pas être un manuel d'histoire.

Et ici nous craignons qu'on ne se soit fait parfois illusion. Si l'on voulait avoir sur tous les saints du bréviaire, le dernier mot de la critique, des années de recherche n'y suffiraient pas, dût-on y attacher tout le collège des Bollandistes. Tout ce qu'on peut honnêtement demander, c'est que les légendes absolument apocryphes et sans intérêt, et elles sont en petit nombre, disparaissent. Il en est d'autres qui, tout en étant des récits légendaires, ont encore une valeur historique.

Si l'on veut, par exemple, rédiger les leçons de sainte Lucie, de sainte Agathe, de sainte Cécile, d'après des actes strictement historiques, on sera, je crois, assez embarrassé. On arriverait à une froide rédaction qui ressemblerait à un procès-verbal, et sacrifierait tout l'intérêt poétique et religieux de la légende. Puisque tout le monde, ou à peu près, est d'accord sur le fond même de ces légendes, on pourrait les conserver en partie dans leur rédaction naïve, tout en prévenant d'un mot le lecteur qu'on ne saurait considérer tous ces faits comme indiscutablement historiques. Une simple formule de doute, y suffirait, comme celle-ci, utfertur, ut aiunt, ut legitur, sicut in monumentis narratur, etc.

On aurait l'avantage de conserver ainsi la plupart des légendes de saints, rédigées, du reste en une très bonne langue et qui sont toujours intéressantes, encore que quelquefois fondées sur des documents peu authentiques. Un petit nombre de retouches suffirait donc à mettre ces rédactions au courant. Nous

lisons toujours avec plaisir et profit la Légende dorée ou les Fioretti de saint François, tout en sachant fort bien à quoi nous en tenir pour le fond.

Quelques-uns nous appelleront peut-être rétrograde, mais je ferai remarquer que nous nous rencontrons ici avec un critique qui ne semble pas pécher par excès d'indulgence envers les légendes (i).

Pour les homélies du troisième nocturne, la tâche sera, semble-t-il, plus facile. Un certain nombre de ces morceaux sont apocryphes ; ils ont été depuis longtemps signalés. On devra les retrancher purement et simplement. Il est certain aussi que ces homélies manquent de variété. Avec l'état actuel du bréviaire, les mêmes reviennent jusqu'à cinquante fois par an^ ou même davantage. Si l'on retranche un certain nombre de saints, l'inconvénient disparaîtra en partie. Il faudra encore néanmoins enrichir ce fonddelectures. Rien ne sera plus facile que de trouver dans la littérature patristique, beaucoup mieux connue aujourd'hui qu'elle ne l'était aux siècles derniers, d'admirables pages qui remplaceraient avantageusement les leçons apocryphes et permettraient de varier celles du commun.

Nous irons même plus loin et nous suggérerons un procédé pour ceux qui redoutent des modifications trop considérables et qui craindraient que ces additions ne donnassent au nouveau bréviaire un volume excessif.

(i) Bréznaire et critique. Cet article, paru dans la Revue du cierge français, t. XXXIII, igo,^, p. 587-598, et qui n'a pas peu surpris en son temps, est de M. l'abbé Paul Lejay. On peut citer dans le même sens, les remarques de Mgr Batiffol sur les critiques trop rigoureuses de la Congrégation de Benoît XIV^, Histoire du Bréviaire romain, 3* édition, p. 417.

Pourquoi ne ferait-on pas un petit volume séparé, ou séparable, sous le nom d'homéliaire, et dont l'emploi serait facultatif?

Cette mesure s'autoriserait d'un précédent dans la liturgie romaine. \J octavaire est un livre qui contient des offices pour certains jours d'octave. Il n'est pas obligatoire, aussi est-il peu connu. Néanmoins il reste à la disposition de ceux qui veulent en user, et constitue en somme un livre liturgique utile (i).

Puisque la question de la réforme du missel est aussi ouverte par la bulle Divino afflatu, on peut dès maintenant chercher à prévoir dans quel sens se porteront les corrections. La réduction du nombre des saints déjà réclamée par le bréviaire, l'est encore plus impérieusement par le missel. Car, ici, la « solution élégante » n'est plus de mise. Si le saint reste au calendrier avec le titre de double, il faut bien célébrer la messe en son honneur. Or les messes propres n'étant que le fait d'un très petit nombre de saints, nous retombons, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, dans la monotonie des messes du commun.

La réduction du nombre des saints aurait donc ici encore cet avantage de nous faire célébrer la messe du temps et de rendre à cette partie de l'office son importance trop diminuée dans ces derniers siècles. Ceci est tout à fait conforme à l'esprit qui a dicté les réformes de novembre 1 911.

Mais, nous dira-t-on, vous tombez de Charybdeen Scylla, ou plutôt de Charybde en Charybde ; vous prétendez chasser la monotonie des messes du com-

(i) Voyez notre article Octavariuni Romaniim, dans The Catliolic Encyclopedia, t. XI. p. 2o3.

mun, vous aurez chaque jour de la semaine, dans bien des circonstances, la même messe, celle du dimanche. On sait, en effet, que dans nos missels actuels, le temps de Noël, celui de la Septuagésime, celui de la Pentecôte, même le temps de l'Avent, n'ont qu'un service liturgique, celui du dimanche.

Si vous voulez y remédier en donnant à chaque jour de la semaine comme en carême des pièces liturgiques spéciales, une autre difficulté se présente, vous donnez aux reviseurs futurs une tâche énorme à accomplir, et vous risquez de doubler le volume de nos missels actuels, ce qui est un autre inconvénient.

Je ne discuterai pas ces deux objections qui ne me semblent pourtant pas irréfutables , mais j e dirai simple ment : personne, même parmi les partisans les plus chauds de la variété, ne demande que chaque jour de la semaine soit muni de toutes les pièces liturgiques pour la messe ou pour l'office. Mais deux solutions également pratiques se présentent.

On pourrait se borner à composer seulement un office pour le mercredi et le vendredi. Ces deux jours de la semaine sont, par excellence, des jours liturgiques dans l'église latine. C'étaient à l'origine même, au m®, au ii" siècle, et peut-être dès les temps apostoliques, des jours de station, c'est-à-dire des jours de jeûne et de liturgie. Le mercredi et le vendredi des Quatre-Temps, ont gardé ce souvenir de la liturgie antique. Rien de plus conforme à l'esprit liturgique que de rendre à ces deux fériés quelque chose de leur lustre ancien. Dès lors tout le monde serait content. Personne n'aurait plus à se plaindre de la monotonie de l'office, si les formules de la messe variaient trois

fois en une semaine ; et ce ne serait pas une bien lourde tâche, ni une surcharge excessive pour les futurs missels, de pourvoir ces messes de leurs pièces propres.

A supposer que cette solution parût encore trop compliquée, nous proposerions la suivante : il suffirait de donner aux messes de la semaine une épître et un évangile propres. Chaque jour aurait alors sa physionomie liturgique et fournirait un aliment aux méditations sacerdotales. On n'aurait qu'à recourir, pour trouver ces lectures, aux anciens lectionnaires qui fourniraient en abondance les matériaux. Il ne serait même pas nécessaire, absolument parlant, de modifier nos missels. L'homéliaire dont nous parlions tout à l'heure, aurait aussi des évangiles et des épîtres. Et pour pousser aussi loin que possible les concessions, l'usage de ce lectionnaire ne serait pas obligatoire, mais facultatif. Ceux-là seuls en useraient qui trouveraient avantage à varier leurs lectures.

Il faut bien remarquer que l'office du temps, avant d'être réduit au rôle de personnage muet que Sa Sainteté Pie X vient de faire cesser, avait déjà été traité avec une certaine rigueur et cela depuis de longs siècles. Tous les liturgistes savent que la réforme de saint Grégoire le Grand avait sacrifié un grand nombre de formules liturgiques et réduit la solennité et la richesse des fêtes et des saisons liturgiques. Cette conduite, justifiée de son temps par les circonstances, ne doit pas être considérée comme une règle absolue.

Avant lui, les sacramentaires étaient beaucoup plus riches. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir le sacramentaire dit gélasien. La meilleure leçon à tirer

de l'histoire de la liturgie est que le culte officiel n'est pas immuable. Ce qu'il faut exiger des réformes liturgiques, c'est qu'elles se fassent suivant certaines lois, c'est qu'elles se justifient par des précédents. L'erreur des essais liturgiques du xviii® siècle en France, qui devait amener sûrement leur échec, c'est précisément d'avoir été, la plupart du temps, des nouveautés sans racines dans le passé, et qui ne s'inspiraient pas du véritable esprit liturgique. Aujourd'hui où renaît le zèle pour la prière officielle et pour le culte divin, et les signes de cette renaissance abondent, un effort pour renouveler les formes liturgiques est pleinement justifié.

Bien d'autres réformes de détail s'imposeront encore aux futurs reviseurs. Nous ne nous arrêterons pas à les signaler toutes ici. Nous nous contenterons d'émettre quelques voeux, qui ont été exprimés déjà bien souvent par d'autres.

Les hymnes du bréviaire devront être étudiées à ce point de vue spécial. Celles du propre du temps sont en général très remarquables, tant par leur antiquité, que par leur facture et par leur symbolisme. Il faudrait, comme nous le disions plus haut, qu'elles reprissent leur place, à côté des psaumes de la férié. Les corrections dites d'Urbain VIII, au xvii® siècle, ont été faites par des humanistes étroits, qui ne connaissaient même pas les lois de la poésie tonique et qui ont voulu coucher brutalement dans le lit du Procuste prosodique, des poésies populaires composées à l'air libre et qui obéissent à d'autres lois. Le résultat nous a donné des hymnes d'un caractère hybride qui ne sont ni de la poésie franchement classique, ni de la poésie

populaire tonique. On n'a pas plus le droit de rectifier des hymnes de Prudence, ou de Sédulius, ou de Bède , qu'on n'aurait celui de remplacer dans des homélies de saint Grégoire, par des termes cicéroniens, des expressions qui paraîtraient d'un latin barbare.

Les hymnes du commun des saints sont, en général , sans aucune valeur littéraire, par exemple le Jesu redemptor omnium ou \ç.Jesu corona celsior, et ne se recommandent d'aucun nom respectable. Il serait facile de les remplacer par d'autres.

Une revision du texte s'imposera pour tous les livres liturgiques, même avant que la commission de la Vulgate soit arrivée à nous donner sa version, ce qui demandera vraisemblablement le longum mortalis œvi spatium. Dès maintenant il y a des variantes dans les antiennes et les répons, si bien que le texte du nouveau graduel Vatican, par exemple, n'est plus d'accord avec le missel. Dom Grospellier, dans le mémoire cité, a rélevé quelques-unes de ces divergences. Il a signalé aussi bon nombre de fautes contre la tradition liturgique, surtout dans les offices modernes. Il est facile de conclure de son travail, que l'étude de la liturgie, bien loin d'être en progrès, a subi, dans les trois derniers siècles, un recul, et que le vrai sens liturgique s'était à peu près perdu.

Citons un exemple :

Dans le propre du temps, aux dimanches après la Pentecôte, il y avait primitivement harmonie entre les différentes parties de la messe, épître, évangile, communion, oraison. Par suite de modifications survenues plus tard dans l'organisation de ces dimanches, un glissement s'est produit, une partie des évangiles ne

sont plus en rapport avec les autres pièces de la liturgie. Il s'ensuit un certain déséquilibre qu'il serait facile de corriger (i).

Nous laisserons de côté pour le moment le pontifical et le rituel. Mais le Martyrologe romain, après les travaux et les découvertes de ces dernières années, devra subir un remaniement complet (2).

Enfin, après d'autres, nous oserons réclamer une traduction des psaumes qui serrât de plus près le texte hébreu. Nous n'apprendrons rien à personne en disant que la version actuelle s'éloigne sur bien des points du véritable texte. Il y a des contre-sens qui frappent à la simple lecture, des passages même qu'il est difficile d'expliquer. Le moment semble venu, avec les études qui ont été faites sur le texte hébreu des psaumes et sur le rythme de la poésie hébraïque, de faire une traduction plus littérale, plus exacte, et qui serait en même temps utile aux prédicateurs et aux professeurs de théologie, pour leur épargner ce qu'on a spirituellement appelé les contre-sens des prédicateurs.

(1) La collecte du XII* dimanche est en relation avec l'évangile du XI" ; l'épître du XXIII' dimanche était autrefois Jérémie, xxiII,5-8, et l'évangile était celui de la multiplication des pains ; l'une et l'autre lecture ayant été changées par des liturgistes ignorants ouinattentifsjl'hamioniedes dlÉférentes pièces de la messe a été rompue ; le choix cour l'évangile du XXVI' et dernier dimanche du récit de la fm des temps est tardif aussi et ne répond plus aux autres formules. Ceci n'est qu'un exemple, entre bien d'autres, de l'avantage qu'il y aurait à remonter en bien des cas à l'époque oii le sens liturgique était plus aiguisé.

(2) Sans parler des travaux de Rossi et de Mgr Duchesne, Martyrologium hieronymianuni, l'ouvrage de Dom Quentin sur les Martyrologes

historiques du moyen âge, Paris, 1908, a démêlé avec sagacité les origines du Martyrologe romain et montré que le texte officiel devra être retouché à fond.

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