La réforme du calendrier
Les tendences de notre siècle, si fertile en progrès scientifiques de toutes espèces devaient nécessairement tôt ou' tard attirer l'attention des hommes compétents en Orient et en Occident, entre autres aussi sur la question si importante des systèmes chronologiques et des Calendriers actuellement en usage. Aussi s'est-il produit récemment un mouvement scientifique bien prononcé en laveur (l'une réforme générale du Calendrier. L'intérêt universel avec lequel sont accueillies toutes les questions et projets y relatifs, m'a suggéré l'idée de faire un examen scientifique des bases et origines de quelques-uns de nos Calendriers orientaux, ainsi que des causes de l'écart qui s'est produit entre eux dans le cours du temps et notamment de chercher une base scientifique et solide pour un nouveau style et Calendrier solaire de l'Hégire qui pourrait servir à l'établissement définitif de notre année financière, économique et civile. En examinant les différents systèmes de compter le temps chez les Musulmans, nous voyons que presque dans tous leurs pays on se sert déjà aujourd'hui d'une double année, une lunaire, et l'autre solaire ou bien luni-solaire. L'année lunaire musulmane est basée sur les différentes positions de la lune qu'elle prend par rapport au soleil et se compose de douze mois lunaires
comprenant l'espace de temps qui s'écoule entre treize conjonctions successives de la lune. Un mois lunaire est donc l'espace de temps qui s'écoule entre deux nouvelles lunes successives, et il commence d'après la loi religieuse par la vue effective d'une et dure jusqu'à la vue effective de la prochaine nouvelle lune. Notre ère musulmane actuelle est basée sur ces années lunaires; elle commence le lier Mouharrem de l'année lunaire dans laquelle l'hégire du Prophète , i. e. son départ de la Mecque pour Medine ou Yathrib a eu lieu ; c'est cette émigration du Prophète, appelée l'Hégire qui lui sert d'époque et dont elle a pris aussi le nom. Elle fut fixée, établie et généralement introduite dix-sept ans après l'hégire sous le règne du deuxième Calife Omar dans une réunion des principaux compagnons du Prophète et docteurs de l'Islam , et aujourd'hui elle est suivie partout où il y a des Musulmans, sans aucune exception , comme année religieuse d'après laquelle les fêtes religieuses et la durée des temps sacrés sont fixées et observées. C'est une ère et un Calendrier, une mesure de temps uniforme et commune à tous les Musulmans qui durera tant qu'il y aura des Musulmans, jusqu'à la consommation des siècles.
Comme l'année solaire, i. e. l'espace de temps dans lequel le soleil fait son mouvement apparent d'un certain point de son orbite jusqu'à son retour à ce même point, est plus longue que l'année lunaire qu'elle dépasse de 10,875148 j (10 j. 0 m. 12 sec. 47 tierc. et une fraction de tierces) il est clair que le commencement de l'année lunaire doit être mobile en rapport à l'année solaire et qu'il parcourra dans l'espace de 33 ans successivement toutes les quatre saisons.
A la suite de la propagation rapide et victorieuse de l'Jslam, différents Etats musulmans furent fondés; et pour faire face à leur besoins, des systèmes réguliers d'impôts furent bientôt
organisés. Comme la plupart de ces impôts étaient prélevés en forme de dîmes et autres sur les produits du sol, et que toutes ces opérations du Trésor et aussi bon nombre de relations civiles et affaires journalières se rattachaient étroitement à la révolution des quatre saisons, qui elles-mêmes sont déterminées par le mouvement apparent du soleil, le besoin de régler et dater aussi toutes ces opérations d'après la marche du soleil, c'est-à-dire le besoin d'une année solaire se faisait bientôt vivement sentir, de manière que chacun de ces Etats musulmans était obligé d'introduire, outre le Calendrier usuel lunaire aussi un Calendrier quelconque du style solaire. Les uns adoptaient l'année solaire telle qu'ils la trouvaient chez les populations aborigènes des pays conquis, les autres fondaient un nouveau style solaire à eux, et des autres encore employaient un style mixte luni-solaire qui par sa nature même était exposé à dégénérer facilement, en suite de la moindre erreur ou inconséquence, et de devenir un style fictif, dépourvu de toute base scientifique et rationnelle.
Ainsi en Egypte, depuis la conquête arabe jusqu'à une époque tout-à-fait récente, où elle fut remplacée officiellement par le Calendrier Grégorien, c'était l'année solaire copte qui était usitée; à Bagdad, en Syrie et dans les pays adjacents, c'était l'ère des Seleucides, puis celle de Yesdidjerde et enfin l'année „Malié" qui étaient en usage à des différentes époques; en Perse, le Sultan Seldjoucide Djelaleddin Melek Chah bin Alp Arslan avait fondé une nouvelle ère à lui du style solaire, appelée Melekite ou Djélaléenne etc. etc., de manière que le désir d'avoir, à l'instar du Calendrier lunaire, aussi un Calendrier solaire unifié et commun à tous les Musulmans , est devenu un besoin urgent qui s'impose impérieusement au monde musulman entier.
Pour démontrer avec quelle précision admirable tous les éléments nécessaires pour l'établissement d'un style solaire de l'hégire sont donnés dans l'histoire de l'Islam, il faut avant tout retracer avec soin les circonstances dans lesquelles le style lunaire de l'hégire fut établi et les événements qui forment sa base. Il faut donc étudier les livres saints de l'Islam qui nous renseignent sur ces questions, et ces études même nous donneront la solution pleine et entière de la question.
D'abord le „Bokhârâ-i cherîf", grand recueil des traditions du Prophète qui est reconnu unanimement comme une source de la plus haute authenticité par tous les docteurs de l'Islam, nous donne des renseignements très-précis sur le point de départ de l'ère lunaire de l'hégire. Dans le chapitre qui est intitulé „Par où ils ont commencé l'ère" nous trouvons la tradition suivante: „lls n'ont pas compté „ (l'ère) en partant de la mission divine du Prophète, ni de „sa mort; ils ne l'ont comptée qu'en partant de son arrivée „à Medine". La définition de ce terme „arrivée à Médine" se trouve dans le verset 109 du IXième Chapitre du Koran, qui après avoir parlé du temple des Béni Ganem, continue ainsi: „ Certes, il est un lieu d'adoration bâti dès le premier „jour sur la crainte de Dieu, il mérite mieux que tu y „entres" etc. En consultant les commentateurs du Koran sur la portée et la signification de ce verset, nous trouvons une foule de renseignements très-précieux pour notre but.
Djelâleddîne Essouyoutî d'abord en s'appuyant sur les Grammairiens nous apprend que le mot „min" du texte arabe („dès") s'applique au commencement, au point de départ d'une nouvelle période de temps.
Hechâm dans sa glose au commentaire de Beïdâvî dit que le mot „premier jour" du verset cité s'applique au jour où
la mosquée de Kouba entrait en existence, i. e. le jour où elle fut fondée et bâtie, c'est ce qui est confirmée par sa qualification d'être „bâtie sur la crainte de Dieu ," qui prouve qu'il s'y agit non pas d'un jour quelconque, ordinaire, mais bien d'un jour remarquable, connu et vénéré par tous.
L'Imam Souheïli enfin raconte que le Calife Omar, avec le consentement unanime des compagnons choisis du Prophète, avait déclaré qu'il faut voir dans ce verset même la définition précise du commencement de l'ère de l'hégire; en effet, dit-il, c'était ce jour qui marquait le commencement du triomphe et de la gloire de l'Islam , et c'était à partir de ce jour béni; que le Prophète, à l'abri des persécutions de ses ennemis, avait commencé à bâtir des mosquées et à faire pratiquer publiquement le culte divin. La conformité pleine et entière entre le texte sacré et les commentateurs les plus compétents, qui sont justement les compagnons du Prophète, est donc établi et il ne reste aucune doute que ce ^premier jour" du texte sacré est véritablement le premier jour, i. e. le commencement d'une nouvelle ère, inconnue jusqu'à ce temps: l'ère de l'hégire. Il serait en outre peu raisonnable de dire : jai fait telle chose au premier jour, sans spécifier en même temps le genre et la nature de l'ère ou du Calendrier, auquel ce „premier jour" doit être rapporté, si on avait voulu parler d'un jour appartenant à une ère ou un Calendrier déjà connu et existant etc., etc.
Castellâni, dans son commentaire du „Bokhârâ-i cherîf" en parlant de la tradition citée sur le commencement de l'ère, dit: ^Lorsque les fils d'Adam se multiplièrent, ils comptèrent les années d'abord de la chute d'Adam du Paradis jusqu'au déluge; puis jusqu'au supplice d'Ibrahim; après jusqu'au temps du Prophète Joseph, puis jusqu'à l'exode
d'Egypte du peuple d'Israël sous le Prophète Moïse, puis du règne de David jusqu'à Salomon, puis du temps de Jésus-Christ. Quant aux Musulmans, Chehab parle d'une tradition contenue dans r„Eklîl" de Hâkim, disant que le Prophète avait ordonné de compter la nouvelle ère de la date de son arrivée à Médine, et que l'on avait commencé cette ère avec le mois de Rabi' I ; mais Fethulbâri déclare cette version difficile à admettre, et adopte comme vraie et universellement reconnue la fameuse tradition de Bokhâri, mentionnée plus haut: „ils n'ont pas compté (l'ère)" etc. Il continue en disant qu'ils n'ont pas adopté la mission divine du Prophète comme point de départ, parce qu'il aurait été difficile d'en fixer exactement le commencement, ni ia date de sa mort, pour ne pas rappeler continuellement aux coeurs des fidèles la mémoire douloureuse du jour qui avait emporté le Prophète du milieu des siens. Le point de départ pour la nouvelle ère est donc seulement le jour de son arrivée à Médine. Le mois de Mouharrem, dit-il, a été adopté comme commencement, d'abord parce que c'était déjà dans les premiers jours de ce mois que le Prophète avait pris la résolution de quitter la Mecque pour aller à Médine, i. e. de l'hégire, et puis parce que c'est le Mouharrem qui suit immédiatement le Zilhidjdjé, mois dans lequel le serment de soumission et fidélité, qui fut pour ainsi dire le prélude de l'hégire, avait été prêté. D'après Hâkim et autres docteurs de la tradition et biographes du Prophète, la question de l'établissement de la nouvelle ère fut abordée dans la 17ième année après l'hégire sous le Calife Omar qui réunit les compagnons du Prophète pour délibérer avec eux sur cette question. Les avis étaient partagés : les uns voulaient que la mission divine, les autres que l'hégire du Prophète soient adoptées comme commencement de l'ère musulmane. Mais lorsque le Calife
se prononça lui-même pour l'hégire, puisque c'était par elle que la vérité avait été séparée de l'erreur, et ensuite pour le Mouharrem, puisque c'était déjà un mois vénéré qui était sacré aussi par le retour des pèlerins, son avis fut approuvé par tous et adopté unanimement. Du reste tous les ouvrages qui parlent de cette question sont unanimes à constater, qu'aussi les Califes Omar, Osman et Alî s'étaient prononcés , tous les trois pour le Mouharrem comme commencement de la nouvelle ère musulmane. L'Imam Souheîlî dit aussi explicitement, que lors de leur déclaration de l'hégire comme commencement de l'ère musulmane, les compagnons du Prophète étaient guidés par le même verset du Koran, IX, 109, cité plus haut, en appliquant son sens à la mosquée de Kouba, parce que le sens grammatical de la phrase „dès le premier jour" n'admet pas d'y voir tout simplement un premier jour quelconque, mais exige un complément omis, sousentendu, i. e. „de l'Islam", de manière que le sens complet de ce verset sera donc: Dès le premier jour de l'apparition victorieuse de l'Islam , manifestée par la fondation de mosquées et par la pratique publique et solennelle du culte divin. Cette interprétation authentique des compagnons du Prophète se conforme entièrement au texte sacré qui ne laisse aucun doute sur le jour heureux du commencement de la nouvelle ère qui est ainsi fixée par l'autorité la plus compétente et suprême du Koran même. (Castellâni Tom. 6).
Outre les auteurs cités, un grand nombre d'autres livres de Tradition, comme le commentaire du rMevâhib-i-ledunie, partagent aussi le désir, de voir placé le commencement d'une nouvelle ère solaire des Musulmans, à l'instar de leur ère lunaire, au jour de l'hégire du Prophète. Notre première tâche sera donc de fixer exactement l'époque de
cet événement, et d'en déterminer la date précise. Il est tout naturel que les traditions y relatives que nous possédons, diffèrent dans la narration de plusieurs détails sur cet événement. Mais il existe toutefois une série de faits sur lesquels il n'y a aucune divergence d'opinions et qui sont racontés d'une manière absolument identique par toutes les traditions, annales historiques et par tous les biographes du Prophète. Il est notamment constaté avec unanimité que le Prophète a quitté la Mecque quelques jours avant la fin du mois de Safar, qu'il s'est tenu caché pendant trois nuits dans la grotte de Sevr, qu'il en est sorti vers le matin du premier Rabi' I et parti pour Jathrib monté sur un chameau , qu'il est arrivé à Kouba un Lundi de la première quinzaine de ce mois vers le midi, qu'il est resté à Kouba les trois jours suivants de Mardi, Mercredi et Jeudi, qu'il y a jeté dans ce temps les fondements de la première mosquée de l'Islam, (celle-même dont parle la Koran IX. 109.) et enfin qu'il a fait le lendemain, Vendredi, son entrée solennelle à Médine. En consultant les tables chronologiques à la fin de ce livre, nous trouvons d'abord (Table I.) Vendredi comme caractère (premier jour) de cette année et puis (Table IX.) lundi comme caractère du mois de Rabi' I. Le seul lundi donc qui, outre le lier de ce mois dont il n'est peut-être question, tombe dans la première quinzaine de ce mois, est seulement le lundi suivant, qui tombe au 8 Rabî' I. Or, comme la distance entre la Mecque et Médine peut être très-bien franchie par un dromadaire en cinq jours même, et que le voyage du Prophète après sa sortie de la grotte n'a subi aucun retard ni accident, il est évident que le lundi de son arrivée à Kouba , dont ses biographes parlent , doit être nécessairement celui qui tombe au huit Rabî' I , et que son entrée dans la
ville de Médine tombe en conséquence au Vendredi suivant, qui est le douze de ce même mois de Rabî' I. Une autre information très-précise qui confirme entièrement nos conclusions nous est donnée par une autre tradition contenue dans le recueil déjà cité de „Bokhârî" qui dit: „Le Prophète, „que le bénédiction de Dieu soit sur Lui, entra à Médine, „et voilà que les Juifs jeûnaient en honneur de la fête „d'Achoura." Cette tradition avait déjà attiré l'attention de plusieurs auteurs, comme Abou Reîhan Elbirounî et récemment celle du savant Egyptien Mahmoud Pacha Elfelekî (mort 1303 lun. H.) qui en avait fait l'objet d'un travail scientifique en vue de déterminer exactement la Chronologie de l'Islam. En effet l'Achoura des Juifs est célébré, comme le nôtre, le dixième jour du premier mois de leur année lunaire qui est le Tichri, et nous verrons plus tard que cette date du calendrier juif correspond exactement à Lundi le 8 Rabî' I, ce qui ne laisse aucun doute possible sur l'exactitude de nos conclusions. La date correspondante du Calendrier chrétien est (Table I.) le 20 Septembre 622 (v. st.) et le 23 Septembre 622 (n. st.) et voilà c'est justement le jour, où le soleil, dans son passage annuel par les 12 signes du Zodiaque entre dans le lier degré du signe de la Balance, de manière que ce jour de l'arrivée du Prophète à Kouba est admirablement rehaussé et distingué par une marque fixe de la nature même. Pour connaître aussi exactement que possible la hauteur du soleil au temps de l'arrivée du Prophète à Kouba, nous admettons d'abord, appuyés sur d'autres traditions, qu'elle a eu lieu vers le midi du 20 Sept. 622, et pour la Longitude de Médine, nous prenons, conformément aux indications des meilleures cartes, deux heures et demie Est du méridien de Paris. En me basant sur ces deux valeurs données, j'ai trouvé par un calcul assez labo-
lieux, en suivant les tables sur le mouvement du soleil par Leverrier, et en tenant dûment compte de l'attraction et perturbation des Planètes, que la Longitude vraie du soleil à midi du jour civil de ce Lundi le 8 Rabî' 1 de l'an un de l'hégire (20 Sept. 622 après J. Ohr.) était de 179° 23' 38" 03'" Le complément nécessaire pour arriver à 180° sera donc 36' 21" 57'" équivalant à 14h 35m 5s,28 qui représente l'espace de temps écoulé entre l'arrivée du Prophète à Kouba et le moment de l'entrée du soleil dans le signe de la Balance, qui a eu lieu autant plus tard. L'heure astronomique de Paris à ce moment du 20 Sept. 622 était 12h 5m 5s,28. Pour revenir à la réunion des compagnons du Prophète sous le Calife Omar où il s'agissait de choisir le jour qui devait figurer comme point de départ de la nouvelle ère du style lunaire, il parait qu'aucun des deux jours en question, i. e. ni le huit, ni le douze Rabi' I, selon la vue de la lune, pas plus que le premier de ce mois ne furent acceptés et reconnus comme réunissant les conditions nécessaires à ce but. Les compagnons réunis étaient donc naturellement obligés à se prononcer pour un autre jour convenable et pas trop éloigné, et leur choix tomba sur le premier Mouharrem, qui, quoique éloigné de 66 jours, avait le grand avantage d'être reconnu par les Arabes déjà ab antiquo comme jour de nouvel an ; d'autant plus que c'était déjà dans les premiers jours de ce même mois de Mouharrem, que le Prophète, après le pèlerinage, avait donné la première autorisation à ses compagnons de quitter la Mecque et que les premiers départs de ceux-ci avaient eu lieu. En choisissant donc exactement l'hégire comme époque à notre nouvelle ère solaire musulmane, nous aurons non seulement choisi, à l'instar de tous les peuples, un événement d'une importance extrême pour son commencement, mais nous aurons en outre établi
une ère, un Calendrier qui aura le rare privilège de voir le jour qui lui sert d'époque, coïncider avec l'équinoxe d'automne , i. e. être marqué et distingué par une des quatre grandes divisons naturelles de l'année qui sont les deux équinoxes et les deux solstices; un Calendrier dont les bases scientifiques auront à la fois un caractère religieux et historique et en même temps astronomique et naturel.
En effet, si on considère que c'est ce même jour du 8 Rabî' I qui marque le commencement d'une nouvelle époque de la révélation divine pour tout le monde islamite, et que de l'autre côté ce même jour de triomphe pour le Prophète coïncide avec l'équinoxe d'automne qui est le commencement d'une nouvelle saison de l'année , je crois que l'idée d'avoir trouvé ici-même le seul jour qui réunit toutes les qualifications désirables pour servir d'époque à notre ère, et le jour de nouvel an pour notre année solaire, ne rencontrera aucune opposition et que toute recherche ultérieure pour trouver un autre jour, me paraît parfaitement inutile. La religion, l'histoire , l'astronomie et la raison , parlent également en sa faveur. A la suite d'une correspondance suivie sur ce sujet avec Abouzzia Tewfik Bey de Constantinople , des Almanacks de la nouvelle ère et de la nouvelle année solaire musulmane ont été calculés et publiés chez lui à Constantinople régulièrement depuis plusieurs années déjà sous le titre „Rabî' ul Marifet." Quant aux noms des mois solaires employés actuellement dans les Calendriers orientaux et occidentaux, personne ne pourra nier, qu'ils sont un mélange tout-à-fait arbitraire et qu'il ne serait pas désirable de les maintenir dans le nouveau Calendrier. J'ai donc choisi de nouveaux noms biens significatifs : Kharif-i-evvel ou Evvel ul Kharif, Vassat ul Kharîf etc. (Iier Automnal , Ilième Automnal etc. voy. pag. 40) qui ont l'avantage d'exprimer à la première vue non seule-
ment la saison, mais aussi le degré d'avancement de la saison, dans laquelle ils tombent. Comme il paraissait important et hautement désirable, en vue de faciliter une conversion rapide des dates des différents Calendriers entre elles, de maintenir un écart fixe et invariable entre les jours des mois de notre nouveau Calendrier et ceux du Calendrier chrétien , je voulais d'abord adopter pour le nouveau Calendrier tel quel non seulement le nombre des jours des mois, mais aussi le système bissextile du Calendrier chrétien, uniquement dans le but indiqué. Mais depuis quelque temps un mouvement très-prononcé en faveur d'une réforme de l'arrangement arbitraire et illogique l) des mois du Calendrier chrétien s'est produit dans le monde scientifique de l'Europe, et dans le cas que ce mouvement l'emportait, l'ancien arrangement défectueux et irrégulier serait resté comme un héritage peu désirable à la charge du nouveau Calendrier, tandis que la seule raison qui existait pour son maintien — la conformité et facilité de conversion — aurait disparu. Par ces considérations j'ai donc abandonné cette idée, d'autant plus que j'ai été assez heureux de trouver un système de bissextiles , entièrement nouveau qui , tout en étant extrêmement simple, facile à retenir et à appliquer, est en même temps beaucoup plus correct et exact que tous les autres systèmes de bissextiles, anciens te modernes, connus jusqu'à présent. Ainsi, tandis que l'erreur annuelle accumulée des Calendriers Grégorien & Djélaléen atteint déjà un jour au bout de 3521 ans pour le premier, et de 4802 ans pour le dernier, il faut non moins de 35087 ans d'après mon nouveau système pour atteindre cette erreur, en faisant toutefois abstraction du mouvement propre du
l) Qui entre autres donne au 9ièxiïe mois le nom de l^me etc.
périgée. D'après mon Calendrier l'équinoxe d'automne se maintiendra donc pour une période pratiquement illimitée, toujours immobile au même jour, qui est le jour de nouvel an de mon Calendrier, et je crois avoir été parfaitement justifié en sacrifiant la conformité entre les deux Calendriers — et celle-ci même d'une durée tout-à-fait incertaine — aux avantages indéniables de mon nouveau système. Comme le point de périgée se trouve actuellement entre le solstice d'hiver et l'équinoxe de printemps, et que le mouvement du soleil accéléré en hiver et ralenti en été qui en resuite , continuera ainsi encore pour longtemps, j'ai taché d'arranger les mois de manière, que la durée de chacune des quatre saisons soit tant que possible de 3 mois entiers, que les mois de 30 jours d'abord, et puis ceux de 31 se succèdent sans interruption dans deux séries égales et homogènes, et que le jour bissexte ou intercalaire soit ajouté à la fin de l'année. Seront donc de trente jours les six premiers mois de chaque année, qu'elle soit bissextile ou commune, ainsi que le douxième et dernier mois des années communes, et de trente et un jours tous les autres.
Si grande que soit la diversité chez les différents peuples, quant au choix du jour de l'an, nous trouvons pourtant qu'une grande majorité qui comprend les anciens Egyptiens, les Chaldéens, les Assyriens, les Phéniciens, les Carthaginois, et enfin les Français dans leur Calendrier de la grande révolution ont tous adopté le commencement de l'automne comme commencement de leur année. En adoptant le même terme, je n'ai fait que suivre la grande majorité.
Le but principal des pages suivantes est donc d'établir et de développer d'abord les bases scientifiques du nouveau Calendrier du style solaire de l'Hégire. Ensuite j'ai donné quelques renseignements sur la nature et le commencement
d'un Calendrier tout particulier, celui de l'année financière et civile Ottomane, appelée ^l'année Malié", et enfin un essai historique sur les circonstances dans lesquelles l'ère et le Calendrier du style lunaire de l'Hégire fut établi. En considération que par une adoption éventuelle de mon nouveau Calendrier la nécessité d'avoir un moyen sûr pour convertir rapidement et facilement les différents Calendriers entre eux se fera immédiatement sentir, j'ai eu soin de calculer et dresser dès maintenant une série de tables de conversion, que j'ai ajoutées à la fin de ce volume dont elles forment la seconde partie. La table 1 permet d'opérer la conversion mutuelle entre les Calendriers solaire (H.), lunaire (H.), et Chrétien, pour une date quelconque donnée dans un de ces 3 Calendriers , et cela pour chaque jour d'une période de 1640 ans à partir de l'Hégire. Par les Tables II. et III. on peut opérer la conversion mutuelle entre le Calendrier „Malié" et un des 3 Calendriers mentionnés plus haut pour chaque jour d'une période de '249 ans à partir de l'année 1086 (lun. H.). Les tables IV — IX enfin sont des tables accessoires et auxiliaires pour ces opérations de conversion.
Je remets donc ce travail au monde savant avec la prière de l'accueillir avec indulgence et d'en excuser et corriger les imperfections qui sont l'apanage inévitable de tout travail humain.
Ghazi Ahmed Moukhtar Pacha.