Carteggio, p. 108, n
ij
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
Je lève les yeux au ciel et je la dépouille D'autant mieux de sa rigueur qu'elle est plus forte,
Et, si alors, le vent du désir
Tente un nouvel assaut, je cours au rivage
Et d'un câble tressé d'amour et de foi,
J'attache ma nef à ce à quoi je me fie, A la pierre vive de Jésus, de telle sorte Qu'à mon gré, je puis regagner le port.
Si, avec les armes célestes, j'avais vaincu Et moi-même et mes sens et la raison humaine, JMrais d'un autre cœur, haute et lointaine. Hors de ce monde et de ses honneurs fallacieux.
Sur les ailes de la foi, ma pensée ceinte D'un espoir désormais point caduque ni vain, Sortirait de cette vallée malsaine, Par la vraie vertu, élevée et emportée.
J'ai l'œirfixé sur le but meilleur
De notre course, mais je ne vole pas encore
Sur le droit chemin, assurée et légère.
J'aperçois les signes avant-coureurs du soleil,
Je découvre l'aurore, mais par les détours sacrés [encore.
Aux demeures divines, à la vraie lumière je n'entre pas
D'obscur brillant, de faux vrai,
D'inique juste, d'ennemi héritier,
Hardi par amour, fort par foi.
Impérieux à la guerre, humble dans la paix,
C'est ce que peut accomplir la face vivante de l'Éternel, Quand elle gouverne le haut siège De la toute-puissance, et elle fait une riche proie Du trésor qui plaît aux sens débiles.
Elle ouvre la chaude et éternelle lumière Entourée de rayons, éclairant tout autour Nos brumes et fondant la glace.
VITTORIA COLONNA. 331
Et tandis qu'elle enflamme et éclaire, On chemine tranquille en cette clarté Qui montre les lacs cachés.