LES THÉATINS
parler, un ordre nouveau, mais de constituer une association de prêtres détestant comme eux les excès dans lesquels était tombée une partie du clergé italien, décidés à raviver l'esprit sacerdotal par la pureté de leur propre vie et à être des apôtres plutôt que des moines; ils prononceraient toutefois les trois vœux monastiques mais ne se considéreraient pas tenus d'observer absolument celui de pauvreté, célébreraient l'office divin pour les fidèles et pourraient administrer les sacrements i. Leur costume devait rappeler celui des prêtres séculiers, soutane noire, haut rabat, bas bleus, barrette, grande tonsure, pas de barbe. Les fondateurs se proposaient également de purger la chaire des sermons profanes et déplacés qu'on y entendait trop souvent et de mettre un terme aux histoires ridicules dont certains moines les illustraient. Bref le nouvel ordre servirait à former de bons prêtres, distingués d'esprit, purs de mœurs, tels que tous les esprits pondérés les souhaitaient. « Nous ne voulons pas, écrivait plus tard (1" janvier 1533) Carafa à Giberti, innover en matière de religion; nous cherchons à vivre conformément aux sacrés canons en observant les trois comman-
i. . Comme programme de vie active, les théatins ne contractwent aucun devoir particulier. Simples prêtres, ils devaient
^intl?/ '""•'? "•' «''««"«""S de la vie sacerdotale? dCe manière aussi intensive que possible. Ils y ajoutaient dis pra-
rZ!L?. 'f ''" P"*^«' ■•• En somme, ces prescriptions ne represen aient pas une règle, mais un règlement de vie sacerdotale très bien remplie, alliant au plus haut degré, la piété personnelle avec la charité agissante . De Maulde, p 94. ■
déments. » Lesthéatins ne devaient pas briguer de bénéfices ni de distinctions, bien qu'ils n'acceptassent pas dans toute sa rigueur, comme on l'a dit, le vœu de pauvreté. Le premier soin de Carafa avait été de résigner entre les mains du pape Clément VII ses deux évêchés de Chieti et de Brindisi mais il fut pressé de conserver celui de Chieti ^ « Le prêtre est l'ouvrier de Dieu, disait-il; il appartient aux fidèles, à ceux qui profitent de son ministère, de pourvoir à ses
besoins. »
De tels principes ne devaient pas être sans provoquer des inquiétudes dans une certaine partie du clergé; comme Clément VII était faible et incertain, il se laissa influencer et résista un certain temps à la demande de reconnaissance que lui avaient adressée les quatre fondateurs; néanmoins, par un bref en date du 24 juin 1524^, il permit aux a clers réguliers » de faire les trois vœux de religion, d'élire un supérieur renouvelable tous les trois ans, de recevoir ceux qui se présenteraient pour entrer dans le nouvel ordre, de dresser des statuts. En même temps, il leur accordait les privilèges dont jouissaient les chanoines réguliers de la congrégation du Latran.
C'était Sadoleto qui avait rédigé le bref; pour bien marquer le caractère de cette congrégation, il y avait, dit-on, fait insérer que ses membres
LES THEATINS.
devraient être des prêtres Quavis dignitate fuifjentes, ou des laïcs résolus à accepter la vie commune; on ne pourrait les admettre à la profession qu'après un an d'épreuve. Les fondateurs se montrèrent d'ailleurs très sévères dans le recrutement; en neuf ans, vingt et un membres de la confrérie de l'Amour divin demandèrent à faire partie de la congrégation et se virent éconduits.
Trois des fondateurs allèrent s'établir dans une maison qu'avait construite Bonifazio de Colli et qui était sa propriété ; toutefois le sol appartenait à Sigismondo Chigi, le frère du fameux financier, auquel il fallait payer une légère redevance que Bonifazio s'engagea à acquitter de ses deniers pendant une période de trois ans, à la place de la confrérie naissante. Cette maison était située dans le quartier du Campo Marzo non loin du port de Ripetta dans la Via Leonina. Le pape avait offert aux théatins le monastère et la chapelle de S. Girolamo, naguère occupés par les frères mineurs conventuels et situés près du palais Farnèse, mais ils refusèrent de s'y établir trouvant le lieu trop bruyant*.
Carafa prit ses dispositions « comme s'il s'apprêtait à la mort » ; il avait vendu son argenterie, ses tapisseries et ses ornements précieux; le 7 septembre (1524) il signa son testament chargeant son légataire universel de payer ses dettes et faisant quelques donations; son bien se composait