‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 71 sur 470 · Tacchi-Venturi, p. 307, n · texte numérisé non relu

Tacchi-Venturi, p. 307, n

2. ScHELHORN, Amaenitates..., Francfort, 1737, Toi. II, p. 624.

COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME

Les écrits de Luther qui avaient ainsi pénétré en Italie étaient très probablement le Livre de la Liberté chrétienne et le livre A la Noblesse qui venaient d'être publiés.

Dans le premier se trouve exposée dans son mtegrité la doctrine de la prédestination. « Ce ne sont point les bonnes œuvres qui font l'homme bon, c'est l'homme bon qui fait les bonnes œuvres », disait Luther. Et plus loin : « Les œuvres ne donnent point le salut, il faut que l'homme soit juste avant de les accomplir; il est hors de doute que la foi seule nous justifie... Nulle bonne œuvre ne saurait donner le salut à l'incrédule ^ »

Toutefois Luther ajoutait que la vie ne peut se passer d'œuvres et de cérémonies, et il comparait les cérémonies aux échafaudages qu'élèvent les architectes pour la construction des édifices. « Ils ne sont pas là pour eux-mêmes, sitôt l'édifice construit, ils disparaissent ; mais, sans eux, on n'aurait pu le bâtir. » Luther conclut qu'il ne faut mépriser « ni les œuvres ni les cérémonies, mais uniquement l'opinion qu'on en a et cette fausse justice qu'on

leur demande ».

Le livre A la Noblesse chrétienne- contenait le programme des revendications protestantes ; Luther y demandait que les princes, les seigneurs et les

1. Le Livre de la Liberté chrétienne du docteur Hk^tw Luther, trad. de Félix Kuhn, Paris, s. d. , * i i.

2 A la Noblesse chrétienne de la Nation allemande, Irad. de Félix Kuhn, Paris, 1879. Outre ces deux traités, Luther avait publié à ceUe date des sermons, des travaux sur les psaumes, un dialogue sur le pouvoir du pape.

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villes s'abstinssent d'envoyer désormais des annates à Rome et même les abolissent ; que les commendes, réserves, grâces, expectatives fussent supprimées, ainsi que les indulgences, les dispenses et les privilèges ; or c'était précisément contre l'abus qu'on en faisait que tant d'Italiens protestaient. Il s'élevait contre le luxe de la cour romaine, l'avarice du clergé, l'arrogance des cardinaux qui blessaient profondément les Romains. Son anathème contre Aristote, « ce misérable homme qui enseigne dans son meilleur livre. De anima, que l'àme meurt avec le corps » et qui « avait moins de science qu'un potier » , n'était pas pour déplaire aux fervents admirateurs de la doctrine platonicienne dont le nombre croissait rapidement. Ainsi ces deux traités dont l'un au moins. De la Noblesse, fut traduit en italien de très bonne heure, durent rencontrer en Italie de nombreux admirateurs et y développer le mouvement naissante

Burchard von Schenk, ce gentilhomme allemand qui avait embrassé la vie monastique et résidait à Venise'* , écrivait à Spalatin, chapelain de l'élec-

1. Trois ouvrages de Calvin furent traduits en italien, mais lardiv(imeiïl, Istituzione délia religione cristiana tradotta in vulgare, par J. Cesvue, 1547. Trattato délia Cena del Signore, 1560. Il Catechismo, 1566.

2. Le 11 février 158'J, l'inquisiteur bolonais reçut de Rome l'ordre d'user de diligence et du plus grand secret pour arrêter, dès son arrivée à Bologne, Albert Schenck, baron de Limbourg, « luthérien dangereux et obstiné », en même temps que le « fils du duc de Saxe ». Le 25 février, l'inquisiteur annonça au Saint-Office qu'il s'était saisi du baron, mais il reçut réponse que, selon toute probabilité, il avait arrêté le baron de Shikenberg par erreur. Ordre lui était donné de le relâcher, non sans exiger de lui une caution

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teur de Saxe, à la date du 19 septembre 1520 : ^« Conformément à votre désir, j'ai lu les ouvrages de Martin Luther et je puis vous assurer que, depuis quelque temps déjà, il est estimé dans cette ville, mais on répète : « Qu'il prenne garde au pape ». Depuis deux mois, dix exemplaires de ses œuvres ont été apportés ici, mais ils ont été achetés avant que j'aie eu connaissance de leur arrivée. Au commencement du mois un ordre du souverain pontife, confirmé par le patriarche de Venise, en a défendu la lecture. D'exactes perquisitions ont été faites chez les libraires; on n'a pu en découvrir qu'une copie incomplète; j'ai fait ce que j'ai pu pour me la procurer, mais le libraire qui en a le dépôt n'ose pas s'en dessaisir K »

Le fameux traité de Mélanchton, Loci communes, publiée Wittenberg en 1521, n'avait pas tardé à être connu et commenté dans toute la région du Po.

Le nombre des livres luthériens introduits en Italie devint rapidement si grand que le pape Clément VII, malgré son apathie ou plutôt le manque de prévoyance qui en était cause, se décida à agir. Le 12 janvier 1524-, il mandait au nonce à Venise de faire respecter les décrets du V« concile de Latran relatifs à l'impression des livres et, le 17 du même mois, il ordonnait à l'évêque de Trente de rechercher et de faire brûler les livres hérétiques qui pénétraient « clandestinement » d'Alle-

ile 2.000 livres. Battistella, H SanV Officio e la Riforma...,

Bologae, 1905, |). 145. , , .c

1. SBC&ENDOiir, Uist. Luterianismh Leipzig, 1594, vol. I, p. 15.

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magne et il lui recommandait de s'opposer à leur diffusion, lui rappelant que les vendeurs de même que les acheteurs de ces ouvrages devaient être châtiés ^ Luther pouvait donc se féliciter dans sa correspondance du succès de ses doctrines en terre italienne -. Plus tard, l'écrivain vénitien Natale Conte assurait que si on les avait tous brûlés en même temps, on aurait l'ait un feu plus grand que l'incendie de Troie et il ajoutait : leur disparition appauvrirait si elle ne vidait pas entièrement les bibliothèques publiques et privées^. On faisait entrer à Bologne quantité de livres hérétiques dissimulés dans des charrettes de blé *; plus tard à Venise, on les cachait dans des ballots de soieries^. Dans la boutique d'un libraire de Naples, Cappello, on saisit, en 1565, quantité de livres défendus, entre autres, le Nouveau Testament, traduit par Brucioli , les œuvres d'Érasme , les Contemplationes Idiote de amore divinOy Aperta Verità de Baptistade Crema, quelques ouvrages de Gurione**.

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