‹ LA REFORMEChapitre 9 sur 21 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

est fort, se plaît à écraser celui qui triomphe et à exalter l'humilié. La philosophie de l'histoire est d'accord sur ce point avec le vieux poème. Toute création humaine a son ver qui la ronge; une défaite est l'expiation d'une gloire passée et souvent le garant d'une victoire pour l'avenir. La Grèce, la Judée ont payé de leur existence nationale leur destinée exceptionnelle et l'incomparable honneur d'avoir fondé des enseignements pour toute l'humanité. L'Italie a expié par deux cents ans de nullité Ja gloire d'avoir inauguré au moyen âge la vie civile et d'avoir fait la renaissance; au xix"" siècle, cette double gloire a été son principal titre à une nouvelle vie. L'Allemagne a expié par un long abaissement politique la gloire d'avoir fait la Réforme; elle touche maintenant le bénéfice de la Réforme. La France expie aujourd'hui la Révolution; elle en recueillera peut-être un jour les fruits dans le souvenir reconnaissant des peuples émancipés.

xiY PRÉFACE.

Consolations de vaincus, dirar-t-on, vaine pâture qu'on se jette à soi-jnême pour adoucir le malheur présent par les rêves de l'avenir ! — Soit ; mais il faut avouer aussi que jamais consolations ne furent plus solides. Les espérances fondées sur l'instabilité de la fortune n'ont pas manqué une seule fois de se réaliser depuis qu'il y a une humanité. Nil permanet sub sole, a dit cet aimable sceptique, si merveilleusement pénétrant, l'Ecclésiaste, le plus inspiré des auteurs sacrés. L'histoire aura son cours, les vainqueurs d'aujourd'hui seront les vaincus de demain. Que ce soit là une vérité triste ou gaie, n'importe ; c'est une vérité qui sera vraie dans tous les temps. Voilà pourquoi le souhait du philosophe doit être qu'il y ait le moins possible de vainqueurs et de vaincus.

(( monde, que tu es méchapt et de nature perverse ! s'écrie le plus grand des poètes persans. Ce que tu as élevé, tu le détruis toi-même.

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