J.-D. TRUDEL
N. B. — Monsieur Théophile Trudel possède à Saint-Prosper, comté de Champlain, une des plus belles fermes du district des Trois- Rivières. Il a été lauréat de la médaille d'or du mérite agricole en
Makamik, 5 décembre 1916.
Je suis allé dans l’Abitibi pour la première fois, dans l'été 1913,
et je pris alors les lots 27 et 28 du “ang X, canton Poularies.
Au printemps de 1915, je laissai la paroisse de Saint-Samuel de Horton pour aller résider sur mes lots ; je conduisais avec moi ma femme et mes six enfants.
J'ai maintenant 100 acres de terre bien défrichées et nettoyées parfaitement. Ma récolte de l'automne m'a rapporté 10 tonnes de foin, 300 minots d'avoine, 80 minots de patates et 5 d'orge. J'ai récolté de fort beaux choux, et, en plus, 3 minots d'oigrons.
J'ai payé mes lots $3.00 chacun ; je les estime maintenant à $1,000 chacun.
Le sol dans notre canton est très riche ; le climat s'améliore considérablement, et je crois qu'on peut récolter dans l’Abitibi à peu près de tout. Dans tous les cas, je n'hésite pas à dire que l’Abitibi est un des plus beaux pays que je connaisse pour l'agriculture, et j'encourage beaucoup les pères de famille à venir y établir leurs enfants.
Signé : ADOLPHE BOISCLAIR.
"0 0 :0———— Amos, 15 janvier 1917.
Je suis arrivé dans l’Abitibi au mois de juillet 1914 pour m'y établir définitivement avec ma famille, composée de sept enfants. Je venais d'Albanel, Lac Saint-Jean ; j'étais venu visiter l’Abitibi
l’année précédente (1913) et j'avais choisi les lots 34, 35 et 36 du rang IX du canton LaMotte, pour mon futur établissement.
Moi
J'ai payé ces trois lots la somme de $9.00. J'estime aujourd'hui leur valeur à $5,000.
Le bois que j'ai retiré de ces lots en faisant mon défrichement et que j'ai vendu m'a apporté un rendement suffisant pour payer les dépenses encourues dans la préparation de la terre.
J'ai maintenant 110 acres défrichées et prêtes à recevoir la semence.
J'ai récolté, l'automne dernier (1916), 700 minots d'avoine, d'orge et de pois, 100 minots de choux de Siam, 40 minots de patates, des tomates parfaitement muries, des oignons, des concombres, etc.
Le sol est de première qualité ; quant au climat, je crois qu'il égale celui du Lac Saint-Jean. J'ai vécu 28 ans à Albanel, et je suis parfaitement en mesure de faire la comparaison entre les deux régions.
Voici un fait qui donne une idée de la rapidité de la végétation dans la région de l'Abitibi. Après avoir terminé mes semences, le printemps dernier (1916), je me mis à préparer un petit morceau de terrain que je semai en fourrage vert, le dernier jour de juin et le premier juillet ; je semai dix minots d'avoine, de l’avoine à trois mois et de l’avoine Banner.
Au bout de deux mois et trois semaines, l’avoine à trois mois était parfaitement mûre et l’avoine Banner l'eut été huit jours plus tard si la gelée n'était pas survenue : remarquez que nous étions alors dans la dernière semaine de septembre.
Un autre fait. J'avais ensemencé un demi-acre de fèves sur un terrain préparé au printemps ; je jetai parmi cette semence de la graine de mil et de trèfle ; le mil et le trèfle poussèrent si abondamment que la récolte de fèves fut étouffée ; je récoltai 75 bottes de foin dans un terrain ensemencé pour la première fois.
Je ne doute pas du tout du succès de la colonisation dans l'Abitibi ; le seul fait que j'ai quitté une belle terre au Lac Saint-Jean, pour venir m'établir ici, prouve clairement que j'ai confiance dans l'avenir
de l’Abitibi.
Signé : LUC LIZOTTE.
La Reine, 4 décembre 1917.
Monsieur l'abbé Ivanhoe Caron,
Missionnaire-colonisateur,
Cher monsieur l'abbé,
Je suis heureux de vous fournir ces quelques notes ; elles vou. diront «:.e, malgré tout, j'ai eu assez de succès dans l'Abitibi.
Je faisais partie du premier groupe de colons que vous avez conduit dans l'Abitibi ;: j'avais quitté ma paroisse natale, Saint-Charles de Mandeville, comté de Maskinongé, le 17 avril 1912 ; j'arrivai à La Reine le 21 avril avec cinq sous dans ma bourse ; afin de me gagner quelque chose, je travaillai pendant l'été à la confection des routes que le Département de la Colonisation faisait ouvrir.
A l'automne, je rentrai au service de M. A. Drouin, marchand à Amos, où je passai l'hiver. Le 1° avril 1913, je revenais à La Reine pour abattre le premier arbre sur inon lot et me bâtir un petit camp ; je ne connaissais pas le travail du défrichement, et je n'avais que 18 ans ; j'étais bien décidé tout de même de tenir bon ; je restai seul dans mon camp pendant l'espace d’un mois et demi, sans voir personne, excepté quelques sauvages qui passaient de temps en temps.
Le 26 mai 1913, mon vieux père et mes frères venaient me rejoindre. Tous ensemble, nous nous sommes mis au travail et nous avons fait chacun sept acres de défrichement ; vers le milieu de l'été nous avons abandonné notre défrichement pour travailler à la confection des routes.
Au mois d'octobre 1913, mon père retourna à Saint-Charles de Mandeville, avec un de mes frères ; il y avait alors 25 âmes à La Reine. Quant à moi, j’allai passer l'hiver à Amos, parce que le bois
ne se vendait pas, à La Reine, et qu'il n’y avait rien à gagner.
Le 24 juin 1914, j'épousais, à Amos, Mademoiselle Albina Denommé ; c'était le premier mariage qui se célébrait dans la région de l’Abitibi ; je revins m'installer définitivement à La Reine.
Dans l'automne de 1914, “l'Abitibi Pulp and Paper Co.”, de Iroquois Falls, nous a ouvert un bon marché pour le bois de papier et tout en faisant nos défrichements nous avons pu vendre à un prix raisonnable notre bois de pulpe, ce qui nous a aidé grandement.
Le ler janvier 1915, nous étions 75 âmes dans tout le canton ; aujourd’hui, après le recensement de novembre dernier, nous avons une populé ica de 675 âmes. Nous avons trois bons magasins, une boutique de forge, deux bonnes maisons de pension, trois moulins à scie, une école dont l'étage supérieur sert de chapelle pour le moment. Nous aurons bientôt une autre école dans le rang VIII de La Re::e.
J'ai une grande confiance dans l’Abitibi, et je remercie la Pravidence de m'avoir conduit ici. Je suis en possession d’une bell: ferme, sur laquelle il y à 25 acres ensemencées, libres de souches, et 25 autres acres en abatis et en pâturage ; de plus j'ai une bonne maison, et toutes les autres dépendances : j'ai deux chevaux, âgés chacun de 6 ans, quatre vaches à lait, une génisse de 2 ans, 2 veaux, 2 cochons, 15 poule: ; de plus, j'ai toutes les machines aratoires requises pour cultiver la terre.
Cette année (1917) la récolte a été plus ou moins bonne : j'ai
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récolté 195 minots d'avoine, de la semence de 17 minots ; un minot d'orge a rapporté 19 minots ; j'ai semé un sac de patates, j'en ai récolté huit sacs.
J'ai le lot No 5 dans le rang IX de La Reine ; j'estime ma terre à $4,000.
Encore une fois, je suis heureux d'être venu ici, et j'encourage bien les jeunes gens de nos vieilles paroisses à venir, comme moi, ouvrir de belles terres dr : cette région de l’Abitibi. Ils seront bien reçus par des compatriotes canadiens-français comme eux.
Signé : JOSEPH PERRAULT.