‹ La région du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 4 sur 25 · CHAMP DI · texte numérisé non relu

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deux ans à peine, presque tous les colons avaient un excédant de production, qu'ils pouvaient écouler difficilement, faute de marchés rapprochés. Mais aujourd’hui, il n’en est plus ainsi, grâce à la construction du chemin de fer au Lac Saint-Jean, lequel atteint Roberval, sur les bords même du lac, et ne tardera pas à s'étendre à l'ouest et à l'est, pour donner à la colonisation tous les débouchés qui lui sont nécessaires.

Cette région est surtout propre à l'élevage des bestiaux. Le fourrage est tellement riche que le mouton du Lac Saint-Jean est déjà renommé pour l'excellente qualité de sa chair, et plusieurs wagons, chargés de ces animaux ainsi que de bêtes à cornes, ont été expédiés cette année sur le marché.

À coté de ce tableau, introduisons sans crainte une page descriptive, que nous extrayons du livre de M. A. Buies, “ Le Saguenay et la Vallée du Lac Saint-Jean”

“ Nous voilà enfin arrivés devant cette petite mer qui est restée en quelque sorte légendaire jusqu’à nos jours, dont le nom frappe encore singulièt ‘ement bien des oreilles, et sur laquelle à plané pendant bien longtemps le voile mystérieux qui couvre l’immense solitude du nord. Il y a trente ans à peine, personne n'aurait osé croire qu'on pût seulement se rendre jusqu'au lac Saint-Jean; c'était tellement loin dans le nord! Le pays qui 'entourait ne pouvait être que la demeure des animaux à fourrures, et, seuls, les Indiens étaient regardés comme pouvant se hasarder duns ces sombres retraites que protégeait la chaine des Laurentides et que défendait contre l'homme une nature réputée inaccessible. C'était un préjugé sans doute, mais avouons que ce préjugé, qui représentait comme inaccessible à la colonisation et à la culture toute la région du lac Saint-Jean, avait quelque raison d'être, car cette région a une physionomie qu'aucun autre aspect du Canada ne rappelle. Voyez se balancer, s’agiter ou s'endormir sur son lit de sable et d'alluvion, cette petite mer intérieure, semblable à un énorme crabe étendant dans tous les sens ses longues et nombreuses rivières, comme autant de tentacules, toutes prêtes à saisir les colons et à les attirer quand même sur le sein du monstre !........,...

Le voilà donc devant nous, ce lac dont la renommte, chargée de légendes, a déjà volé vers de nombreux pays. La voilà, cette région du Had Saint-Jean qui a tant exercé les imaginations depuis quelques années, dont on a tant parlé, que l’on connait si peu, et vers laquelle se portent de si nombreuses, de si ardentes espérances. La voilà, cette étrange petite mer, avec son peuple de poissons aussi étranges qu'elle-même : le wananish, qui ne se pêche guère que pendant six semaines, du ler juin au 15 juillet, qui fait bondir des heures entières la moin du pécheur qui s'obstine après lui, qui fait des sauts de quinze pieds, et qui franchit une chute aussi aisément qu'un ruisseau, plus alerte, plus vigoureux, quoique plus petit, et plus rapide que le saumon lui-même ; la munie, qui a la queue et la couleur de l’anguille, la forme du crapaud de mer, et la tête comme celle de la morue, quoique un peu plus plate; l'atossel, autre produit singulier qui vient on ne sait d’où et dont les ancêtres ont du faire de nombreux croisements; enfin, le brochet, mais le brochet monstre, qui a jusqu'à six et sept pieds de longueur, qui exerce un terrible brigandage dans le lac, toujours à l’affut de quelque proie, et qui saisit sans façon les pieds des nageurs qui se hasardent au large, en leur faisant de remarquables blessures... Nain La voilà enfin, exposée à nos regards, cette petite mer songeuse, au fond de sa large et féconde vallée qui nous attire et nous invite à la parcourir en tous sens, à venir faire la preuve de tout ce qu'on à promis en son nom et à reconnaitre s’il existe vraiment, sous de pareilles latitudes, une terre privilégiée qui puisse devenir plus tard un des grands centres de population du nord de la province. Allons donc reconnaitre la vallée du lac et voyons ce qu'elle réserve aux colons par ce qu'ont pu y faire déjà en moins de vingt ans les colons actuels, tout en remar quant que les plus fertiles parties de la vallée ne sont pas encore pour la plupart ouvertes à la colonisation.”.............….

Un coup d'œil sur le rapport de M. G. B. Du Tremblav, pages 18, 19 et 20 de cette brochure, et sur celui de M. P. H. Dumais, pages 35, 36 et 37, fera voir combien est exacte l'assertion de M. Buies, ‘que les plus fertiles parties de ce territoire ne sont pes encore ouvertes à la colonisation.”

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La région traversée par le chemin de fer du lac Suint- Jean est entrée dans une ère de développement extraordinaire, grâce aux communications ouvertes et à l'initiative éclairée de la Compagnie. La ligne principale de Québec à Koberval comprend cent quatre-vingt-dix milles, et il est aéeidé de l'étendre à l’est jusqu'à Chicoutimi et à Saint-Alphonse, c'est-à-dire jusqu'à la tête de la navigation océanique de la rivière Saguenay. Saint- Alphonse est un magnifique havre que les plus gros transatlantiques peuvent atteindre en toute sureté, Il est question d'y raccorder à la voie ferrée une ligne de vapeurs rapides, ce qui permettrait aux touristes d'aller contempler par terre et par eau les merveilleux paysages du Saguenay.

En 1888, on avait coupé sur la ligne du chemin de fer du lac Saint-Jean 210,000 billots ; l’année dernière, on en a coupé 365,000. Autrelois, on ne faisait pas un seul billot dans toute cette région. Aujourd'hui, le département des Terres de la Couronne en tire un revenu très considérable qui ira sans cesse en augmentant, et qui est déjà assez considérable pour payer l'intérèét sur une grande partie des subsides votés à ce chemin de fer par la province. Cette année quatre nouvelles scieries seront établies le long de la ligne, dont la plus considérable a fonctionné à Saint-Raymond dès les premiers jours de l'été.

En 1889, le chemin de fer transportait 79,000 voyageurs, 104,000 tonneaux de fret, 27,000 cordes de bois de chauffage, 25,000,000 de pieds de bois de commerce et 24,000 tonneaux d'autres marchandises.

Les diverses industries qui alimentent ce trafic et le commerce de bois donnent de l'emploi à près de 3,000 hommes.

On a pris cette année des mesures qui permettront de donner trois fois plus de logement au grand hôtel de Ro-

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berval. En outre la construction d'un autre hôtel à la Grande Décharge, presque aussi vaste que ce dernier, vient d’étre terminée,

La Compagnie ‘se propose d'étendre ses opérations à l'ouest, à l'est et au nord, de facon à établir un vaste réseau sur toute la région septentrionale de notre province.

L'extension de l'Ouest, ayant pour point de départ la Rivière-à-lierre, traversera toute la région du Saint-Maurice, et, suivant la vallée de l'Outaouais Supérieur, aboutira à l'extrémité nord du lac Témiscamingue. La Compagnie se propose d'établir un service de vapeurs sur le Saint-Maurice, entre la Tuque et les Piles, une longueur de 70 milles, ce qui serait d’un grand secours aux colons déjà établis dans la vallée du Saint-Maurice, et augmenterait considérablement le commerce de bois dans cette région. Dans les vallées de l'Outaouais Supérieur et de ses tributaires, on coupe annuellement près de 4,000,000 de billots de pin, ce qui forme le chiffre énorme de 600,000,000 de pieds de bois. Le chemin de fer dont il est question une fois construit, la plus grande partie de ce bois serait scié dans des moulins établis sur son parcours, transporté à Québec et de là expcdié en Europe et aux ports de l'Amérique méridionale. Le pays que le nouveau chemin de fer traverserait est loin d'être aussi montagneux qu'on le croit. Ilest établi entre autres choses que le Saint-Maurice à La Tuque est à peu près au niveau de Lorette. Une grande partie de ce pays, surtout les régions du Témiscamingue et de l'Outaouais, est éminemment propre à la colonisation.

En jetant un coup d'œil sur la carte, on constate immédiatement que la ligne projetée constitue la base du triangie formé par le fleuve Saint-Laurent et la rivière Outaouais, diminuant la distance entre le Témiscamingue et la mer. Mais il y a plus. Si du Témiscamingue on construisait une extension jusqu'au Sault Sainte-Marie, les exportateurs de grain des Etats de l'Ouest auraient 120 milles de moins à

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| parcourir jusqu’au port ne Dsmnt Ajoutons que si | le pont sur le Saint-Laurent, à Québec, était construit, la | distance entre Winnipeg et Halifax. en passant par Cha- | pleau, Témiscamingue, Québec et Témiscouata serait de 180 | milles plus courte que par la ligne courte du Maine.

Québec deviendrait ainsi un des plus grands entrepôts | de orain du continent. On pourrait objecter que notre port eat ouvert à la navigation que pendant sept mois de ‘l'année. Ce n’est pas une objection sérieuse. Le grand entre- : pôt de grain de la Russie est Archangel, au fond de la mer | Blanche, dans le cercle arctique. La navigation n’y dure que quatre mois. Cependant les exportations de cette seule | ville dépassent, nous dit-on, celles du Canada tout entier.

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L'extension orientale consisterait d’abord en un chemin “ de fer entre Chambord, Chicoutimi et Saint-Alphonse, plus «de 60 milles à travers une région agricole comptant les deux «tiers de la population du comté. Saint-Alphonse serait choisi comme terminus, parce que son port est accessible aux plus Fe gros Vaisseaux en presque toute saison et sans tenir compte “de la marée. La Compagnie établirait alors une ligne de (paquebots entre Saint-Alphonse et la Rivière-du-Loup, de “telle sorte qu'un touriste, parti de Québec à huit heures du “soir, pourrait y être de retour le lendemain à la même “heure, ayant accompli en vingt-quatre heures tout le tour “du Saguenay, ce qui ne peut se faire aujourd’hui en moins de deux jours.

* Il n’est pas du tout inopportun, en parlant des projets de “la Compagnie du chemin de fer du Lac Saint-Jean, de “signaler le puissant concours que leur apporterait la con- Éstruction d’un pont entre Québec et Lévis. L'exécution “de cette entreprise doublerait le mouvement des voyageurs “et augmenterait dans une forte mesure le trafic général “sur le chemin de fer du lac Saint-Jean. Un des princi- “paux avantages serait de permettre l'exploitation en grand “des carrières de granit des montagnes du nord. Dans l'Etat

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