‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 134 sur 270 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA SIDÉRURGIE

Le bassin houiller de la Sarre se double d’un centre complexe d’industries se rapportant toutes à la sidérurgie. Il existe d’abord une importante métallurgie lourde représentée par 30 hauts fourneaux dont la capacité de production annuelle atteint 2 millions et demi de tonnes de fonte et 4 grandes aciéries, équipées pour produire 2 millions de tonnes d’acier. La production effective s’est élevée, en 1929, année record, à 2.104.940 tonnes de fonte et 2.208.900 tonnes d'acier, qui représentaient respectivement 2,1 et 1,8 0, de la production mondiale : la part de la Sarre dans la production sidérurgique mondiale est donc nettement supérieure à sa part dans la production houillère. Sur cette métallurgie lourde s’appuie une industrie de transformation extrômement variée représentée par plus d’une centaine de firmes qui font de la construction métallique, mécanique et électrotechnique. La diversité de la production empêche d’en indiquer exactement le poids; mais la place qu’elle tient dans lexportation sarroise suffit à en montrer la valeur.

Entre l’industrie lourde qui produit sa fonte et son acier et qui s’arrête à la fabrication des laminés, et l’industrie de transformation qui achète à celle-ci ses barres ou ses profilés, mais pousse l’intégration jusqu’à la fabrication des machines, il y a une industrie mixte qui, ou bien produit elle-même son acier dans de petits fours avant de passer à la fabrication de certains produits spéciaux, ou bien achète ses lingots, mais les lamine elle-même. Ces établissements appelés forges, aciéries ou fonderies, dont la place dans la classification est souvent indécise, complètent la gamme d’usines qui va de la forge complète (cokerie, haut fourneau, aciérie, laminoirs) au simple atelier d'usinage.

C’est cet ensemble d'industries étroitement solidaires, et non la

seule industrie lourde qui trop souvent accapare l'intérêt, que nous désignerons désormais sous le nom de métallurgie sarroise. Ainsi définie, elle constitue un élément essentiel de l’activité régionale.

Avant tout, elle est liée à l’exploitation des mines. Sa consommation tant en charbon à coke qu’en charbon de fabrication représente entre le tiers et le quart du total des ventes (1). En toute circonstance la courbe de l’extraction reproduit fidèlement l'allure de la courbe des principales fabrications métallurgiques. Tout le problème de l’économie sarroise consiste à faire passer dans le domaine des prix cette solidarité de fait entre les forges et les mines.

D'autre part, cette métallurgie a son importance propre. Ses 58.000 ouvriers (1927) forment avec leur famille presque un quart de la population totale et les produits qu’ils livrent à la consommation représentent une valeur considérable et, dans la balance commerciale du Territoire, un élément actif supérieur à la houille elle-même. En effet, si on prend pour base l’année 1931, les 5.500.000 tonnes de houille vendues en dehors du Territoire ne valaient guère, à 113 fr. 70 la tonne, que 625 millions de francs environ. La même année, les ventes de produits métallurgiques avaient atteint 109.000 tonnes de fonte et 1.107.000 tonnes d’acier qui représentaient respectivement (?) 31,6 et 608,8 millions de francs, soit une valeur totale de 640 millions de francs, rien que pour les produits de la sidérurgie lourde. En y ajoutant la valeur des produits de l’industrie de transformation on doit atteindre le milliard.

Pourtant cette construction puissante semble par certains côtés chancelante. Aucune industrie de la région n’est plus prompte à gémir de la concurrence lorraine ou westphalienne. Des trois bassins sidérurgiques rivaux, c’est celui où les progrès de la production ont été les plus lents. Des crises périodiques secouent la sidérurgie sarroise et, de 1919 à 1929, au cours de dix années qui ont été marquées, en somme, par une reconstitution générale, la sidérurgie a été le principal et quelquefois le seul point névralgique de l’économie sarroise. La crise mondiale une fois venue, elle n’a pas été épargnée : au 1€r janvier 1932, sur 30 hauts fourneaux, 17 seulement étaient en marche et, pour un personnel ouvrier inférieur à celui des Mines, le nombre des chômeurs était presque trois fois plus élevé.

(1) Voir plus loin, p. 390, n. 2. ; (2) À 290 francs la tonne de fonte et 550 francs la tonne d’acier marchand (prix intérieur au 1e janvier 1931).

LA SIDÉRURGIE 351

Cette création serait-elle donc artificielle? N’a-t-elle jamais eu, ne conserve-t-elle pas des bases solides dans la situation et les ressources de la région où nous la voyons établie? Et à défaut de conditions géographiques plus favorables, n’existe-t-il pas pour elle, indépendamment des différents systèmes politiques et douaniers auxquels elle a dû s'adapter, des chances de succès? La réponse n’est pas douteuse. S'il est vrai qu'il existe dans toute grande industrie moderne une espèce d'inertie qui y entretient le mouvement quand l’outillage et la main-d'œuvre ont été rassemblés à un même endroit, l’importance numérique des chiffres de la production sarroise constitue, à elle seule, une première raison de durée; les hommes et la nature, dans un jeu complexe et différent suivant les époques, apportent les autres.

Page 1