L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DU TERRITOIRE DEPUIS
Depuis la création du Territoire sa population s’est, dans l’ensemble, accrue d’environ 10 % :
Population enregistrée.
1922 (recensement du 6 avril) . . . . 713.105 LAN TOILE NET ED. Ke «0 749.397 — LOPSAN E r hect rte 763.196 = I RPINES RMI DRD FOUR CE ETTE 773.764 — LOS N I NS .. CE cjée 786.098 = ; TOO SRE EE ES LR PE ie 774.546 SE ADOBE TEE MINE EEE 782.960 == FOIS O RSS NE cer à 793.001 + IN EE ou ee EL eut ME AN A 805.274 —= HOT AMNNERE NEEC e 815.907
Il y a eu au début une forte poussée d'immigration qui à compensé, et au delà, les pertes de la Guerre. Par ailleurs l’émigration vers le Reich, qui avait été très forte pendant la Guerre, cessait complètement. Ce sont des Allemands surtout, attirés par la situation écono mique plus favorable du Territoire et, en moindre proportion, des Français qui ont constitué ce flot. Le mouvement s’est ralenti après 1995, lors du relèvement du Reich, et il s’est même renversé en 1927. Mais il a repris l’année suivante, dès les premiers symptômes de crise en Allemagne. Il a fallu alors réglementer, puis interdire l’entrée en
RÉG. IND. SARROISE 21
Sarre des ouvriers du Reich. Néanmoins l'immigration a continué jusqu’à ce que la crise ait fait sentir tous ses effets en Sarre.
Gains ou pertes résultant de l’immigration et de l’émigration.
1918 + 12.255 1923 + 18.141 1928 843 1919 + 11.549 1924 + 1.741 4929 + .2.020 1920 + 14.634 LI2OES 134 41930 #13:529 4921— 2159 1926 + - 3.359 193162027977 192250024591 1927 — 20.416 (1) 1932 363
Au total, en quinze ans, le Territoire a gagné 49.475 individus par excédent des arrivées sur les départs. Le chiffre de population, au 1er janvier 1933 (823.444), est le plus haut qui ait été enregistré. Il y a donc eu, en dépit de la conjoncture, consolidation des gains de la région industrielle. A l'inverse de ce qui s’est passé dans la plupart des grandes villes allemandes, la crise n’a pas provoqué d’émigration notable, d’abord parce que les pays voisins étaient atteints par le chômage, sans doute aussi parce que la concentration urbaine étant moins prononcée en Sarre que dans beaucoup de pays industriels, l’ouvrier sarrois n’avait pas complètement perdu l’habitude des champs.
Le reste de l’accroissement est imputable au seul excédent des naiïssances. Sans doute la natalité a fléchi. De 32,7 %, en 1913 elle est tombée à 28,08 %, en 1923 et à 21,06 en 1930. Mais elle est encore très supérieure à celle de l'Allemagne (17,5). Comme la mortalité a baissé, l'excédent des naissances sur les décès se maintient à un taux honorable (11,02 %,, en 1930), deux fois plus élevé que celui du Reich. Le taux de natalité actuel assure à lui seul, en dépit des fluctuations déterminées par les circonstances économiques, un accroissement régulier de la population fixée à demeure dans le Territoire.
Une partie des pays qui composent aujourd’hui la région mdustrielle de la Sarre, le Plateau du Gau et la Campagne de Tholey, ont été peuplés depuis l’époque préhistorique et ce peuplement des régions agricoles a suffi à alimenter la colonisation qui s’est opérée pendant tout le Moyen Age dans le Pays aux Bois. Jusqu’au début du
(1) Ce chiffre élevé n’est pas dû à une brusque poussée d’émigration; il résulte de la correction effectuée après le recensement de 1927, la population inscrite ayant été ramenée au chiffre de la population effectivement présente.
st cer Al D apr: UP) OR GE
x1xe siècle, il y a eu ainsi infiltration continue de populations palatines et surtout lorraines dans le comté de Sarrebruck.
A partir de 1850 le mouvement s’intensifie et s'étend à des régions nouvelles, Hunsrück et Eifel. Par contre la Lorraine cesse de fournir une contribution importante à l’émigration vers le Bassin de la Sarre. A l'immigration ouvrière, originaire surtout de la rive gauche du Rhin, se superpose un courant quantitativement faible de fonctionnaires et de techniciens venus de la rive droite. Tout ceci lentement, sans à-coups. Rien de comparable au rush qui s’est produit dans la Rubr à la fin du xixe siècle. Jamais en Sarre la population autochtone n’a été submergée par le flot des arrivants. Non seulement l'afflux a été modéré, mais la résistance locale s’est montrée vigoureuse parce que la population sarroise se défendait par une natalité forte, au moins aussi élevée que celle des immigrants; conditions toutes différentes de celles qui ont été réalisées dans la Lorraine minière et métallurgique. Aussi l’amalgame s'est-il fait aisément sans que le caractère ethnique des habitants fut sensiblement modifié (1) et les dissensions qui, au siècle dernier, opposaient les Sarrois de vieille roche et les intrus ou, comme on disait alors, les Alldahiesigen et les Hergelaajene, ont définitivement disparu. Les rivalités confessionnelles, ellesmêmes (2), exaspérées, avant la Guerre, par les brimades dont les catholiques étaient victimes, entretenues plutôt qu’effacées, depuis 1920, par l’âpreté avec laquelle le Centre à pris sa revanche, toujours prêtes à reparaître quand des difficultés surgissent entre le Reich et le Vatican, ne peuvent, si vives qu’elles soient, compromettre l'unité profonde de cette population.
Est-ce à dire que l’arrivée de ces immigrants n'a pas laissé de traces dans les sentiments des Sarrois? Bien imprudent qui oserait l’affirmer, en tirant argument de ce que la masse ouvrière est homovène et son dialecte presque pur de tout élément étranger. Sans doute il n’y a pas eu colonisation systématique, comme à l'Est de l’Oder; mais les Campagnes de Tholey et de Saint-Wendel, longtemps fidèles à leur passé lorrain ou trévirois, ont été inondées de mineurs dépourvus de traditions particularistes; des fonctionnaires, des techniciens, des secrétaires de syndicat ont répandu la fierté de la science et de l’organisation allemandes; l’école et l’armée ont fait le reste. Mais l'unification morale de cette population d’origine composite, à forte ascendance lorraine, n’eût pas été possible, malgré tous ces
(1) Cf. Fr. Merz [18], p. 240. À À (2) Le Territoire compte 72,5 % de catholiques, 26,1 % de protestants (évangéliques) et 0,3 0, d’israélites.
fourriers du Reich, sans la poussée irrésistible de l’industrie. Sarrelouis, jusqu’en 1870 vivant îlot de langue et de sentiments français (1), ne trouvait pas en elle et autour d’elle les ressources nécessaires pour tenir tête au bassin minier. Ce qui en définitive a donné à la population sarroise son cachet actuel, c’est moins l’immigration que l’industrialisation : rien n’agit efficacement sur les pensées comme les genres de vie.