C. — LES SURFACES D’ÉROSION
Le rocher de la Cloef qui domine la rive gauche de la Sarre, à l'endroit où elle sort du Territoire, n’est pas seulement un site pittoresque d’où l’on aperçoit la rivière enveloppant l’étroite crête boisée d’où émerge une ruine couleur de pourpre, tandis que, sur l'autre rive, les éboulis et les essarts mettent des taches claires aux versants; il offre le meilleur point de vue pour analyser le relief, au point sensible où la Sarre, en passant d’une région de sédiments peu inclinés au-dessus d’un horst de terrains plissés, effectue sa trouée héroïque, tout comme la Meuse ou le Rhin.
Au premier plan (photo pl. XIII) l'observateur a devant lui le lobe interne du méandre, nettement dissymétrique. Il est formé de quartzite,
(1) C’est ce col qu’emprunte la ligne de Mayence pour passer de la vallée de la Blies à celle de la Nahe.
avec des placages de grès vosgien reconnaissables parfois à leurs escarpements ruiniformes. Par dessous ces placages triasiques on reconstitue une surface d’érosion, celle-la même qui suit le chemin de crête de Montclair à Mettlach, accidentée de creux et de bosses, mais présentant une pente générale vers l'Est : tel nous apparaît le premier élément de la topographie, la surface d’érosion posthercynienne.
A l'horizon, des hauteurs boisées semblent soudées les unes aux autres et ne former qu’un plan incliné descendant régulièrement vers le Sud, interrompu seulement par le bassin de Losheim. D’un autre côté une échancrure entre le Peterkopf et le Judenkopf permet de se rendre compte que l’altitude s’abaisse à nouveau vers le Nord, au delà de ce dernier sommet. On reconnaît la surface du Hochwald bombée et légèrement dissymétrique.
Entre la crête de Montclair et la ligne d’horizon, on remarque, abstraction faite de niveaux secondaires, que toutes les collines qui entourent Saarhülzbach culminent à la même altitude. La dissection du relief est trop forte pour qu’on songe tout de suite à les raccorder ou à les réunir aux éléments de plateau qui ferment l’horizon, audessus de Merzig. Maïs si on se retourne, l'impression de surface continue se confirme.
Abandonnons la Cloef pour un belvédère symétrique, le Herrgottstein par exemple, d’où la vue s'étend sur la rive gauche jusqu’au delà de Freudenburg. Cest un panorama moins pittoresque, mais plus significatif encore. Au premier plan, la masse compacte des bois où tout disparaît : routes, ruisseaux, replats. [Il y avait là une surface à la même altitude que les collines dominant Saarhülzhach, mais elle a été lacérée par les ravins et il n’en reste que des crêtes.
Mais si, suivant ces crêtes, l’œil se porte un peu plus loin au Nord- Ouest, il retrouve aisément la continuité de la surface.
C’est une première apparition du Plateau Lorrain avec ses terroirs nus, ses villages agglomérés et ses grandes routes toutes droites. Trois voies romaines empruntaient cette surface pour gagner Trèves : la première par Saarburg, la seconde par Merzkirchen, la troisième par Bitzingen : or toutes les trois (sauf la première au Nord de Castel) se tiennent aux environs de 400 mètres. Sans doute le Muschelkalk est là : on le devine à la couleur plus claire du sol, à l’étendue des champs, mais il y a aussi des plaques de grès couvertes de prairies, et à Ouest d’Orscholz, des taches sombres de sapins révélant les quartzites. Tout cela est plat : à moins d’un kilomètre de la Sarre, près d’Orscholz, existent des marais; c’est bien une surface d’érosion que jalonnent les routes romaines.
Surface fossile de Montclair, surface du Hochwald, surface d’Or-
scholz, toutes les trois ont plus qu’une importance locale. Elles se prolongent à l’amont, permettant ainsi de reconstituer l’histoire du relief et du réseau hydrographique.