ET LES
Problèmes sociaux
Je vais vous parler ce soir de l’application de la théorie de la Réincarnation aux problèmes sociaux et je crois que vous serez d accord avec moi pour admettre que toute personne intelligente doit avoir une philosophie de la vie, sur laquelle elle puisse baser sa conduite, car on ne peut supporter la vie sans faire un effort pour la comprendre; en un mot on ne peut vivre sans essayer d’éclairer et de solutionner les problèmes qui nous touchent. Vous admettrez aussi que nous devons essayer de comprendre notre propre nature comme aussi la possibilité de l’évolution humaine, afin de voir comment peut se fonder une société fraternel^ où nous aurons comme minimum de bien-être la possibilité, pour chaque' membre de cette société, d’avoir l’occasion de se développer et d évoluer les qualités innées qu’il apporte avec lui dans la vie. Une société qui n’offre pas semblable occasion à chacun de ses membres et qui n’est pas établie sur ce grand idéal de fraternité sans lequel on ne peut être heureux, est une société qui ne peut durer.
Je dois vous dire, en commençant, que ce que j’ai l’inten-
f) Celte conférence a été faite en français par Mme Armie Dosant dont nous avons respecté les expressions, (.note de l’éuiteliv).
tion de vous exposer n’est pas un dogme de la Société Théosophique, car la Société Théosophique n’a pas de dogmes ; la Réincarnation n’est même pas une doctrine exclusive à la théosophie ; son application à la vie pratique est faite par chaque étudiant, selon ses possibilités, selon sa sagesse. Chaque étudiant est libre de l’accepter ou de la refuser ; mais si le théosophe accepte la doctrine de la Réincarnation comme un fait de la nature, il doit s’efforcer de l’appliquer à sa vie propre, sans l’imposer aux autres. Et vous ! qui, probablement, n’êtes pas théosophes, vous êtes aussi, vous, absolument libres de juger comme vous l’entendrez les applications de ces doctrines.
Si vous comprenez la doctrine, vous êtes aussi capables que moi de l’appliquer aux problèmes sociaux. Ici, je fais appel seulement à votre intelligence, à votre jugement, je ne cherche pas à imposer mes idées, mais seulement à vous les présenter.
Vous pouvez faire de ces idées ce que bon vous semblera.
Je viens de dire que toute personne intelligente, doit avoir une philosophie de la vie, c’est-à-dire qu’elle doit compren- # cire assez la vie pour vivre en harmonie avec les lois de la nature et servir la société dans laquelle elle est née.
Je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui, bien qu’intelligentes, n’ont pas une philosophie de la vie. 11 est probable que plusieurs de nos hommes politiques vivent sans une philosophie, sans une théorie de la vie. Quand ils voient des maux, ils y apportent des remèdes, mais comme ils n’ont souvent aucune base philosophique à leur manière de comprendre la vie, leurs remèdes enfantent des maux pires que ceux qui les ont précédés. Bien souvent, les remèdes qu’on propose nous rappellent ces jardiniers qui coupent seulement les têtes des mauvaises herbes, laissant les racines en terre ; les maux réapparaissent parce que les racines subsistent, et c’est seulement avec une sage philosophie qu’on peut espérer changer, réformer la société.
Avant d’aborder l’application de la Réincarnation, il importe d’expliquer ce qu’est la Réincarnation, car il est bien probable qu’il y a parmi vous des personnes qui n’ont pas étudié ce sujet et qui ne comprennent pas très bien ce qu’on entend par Réincarnation. Permettez-moi donc de vous donner une courte explication de cette doctrine.
Selon la doctrine de la Réincarnation, chacun de nous est une intelligence spirituelle, éternelle,, une parcelle de cette Vie universelle -qu’on trouve partout dans l’univers. Cette parcelle de la Vie universelle est comme un germe jeté par un grand arbre dans la terre. Ce germe, dans la terre, arrosé par les pluies, vivifié par les rayons du soleil, commence à pousser, produit des racines, puis des petites branches. Au bout d’un certain temps, il y a un tronc, des branches plus fortes, des feuilles; les feuilles périssent, mais les produits de leur activité persistent. La sève, en descendant par le tronc dans le sol, entraîne avec elle les produits de l’activité des feuilles. Pendant l’hiver, cette sève accrue contient les matières qui nourrissent l’arbre. Quand le printemps revient, la sève remonte encore, par le tronc de la vie, aux branches ; des feuilles apparaissent et recommencent leur activité; ainsi l'arbre va croissant d’année en année et, après plusieurs années, il ressemble à l’arbre de la forêt qui a produit le germe qui l’a fait naître. Ceci présente une analogie presque parfaite avec la doctrine de la Réincarnation.
Ce germe de la Vie universelle, — parcelle de Vie, — est jeté dans le champ de l’expérience humaine ; arrosé par les larmes de la douleur, vivifié par le soleil de la joie, il commence à pousser, à produire un tronc qui est la conscience humaine dans des corps de matière subtile et ténue, des corps immortels. A chaque printemps, à chaque naissance, ce tronc humain produit des feuilles qui sont la vie. Dans cette vie, on sème des' expériences, on les récolte; quand la mort vient — vers l’automne — ces expériences descendent dans le tronc immortel de l’âme de la conscience enveloppée de ses corps de matière fine et subtile. Pendant
Miiver, passé dans les mondes invisibles, ces expériences sont élaborées, sont transformées en qualités; Quand le printemps revient — une autre naissance sur terre — cette conscience, enrichie de ces facultés, produit de l’expérience, s’enveloppe dans les corps grossiers (les feuilles de l’arbre). Ces corps périssent après chaque vie sur la terre, tout comme les feuilles qui tombent, mais les produits subsistent après la mort. Ainsi, de vie en vie, la conscience va toujours en croissant ; de vie en vie, elle devient plus riche, plus complexe, plus nourrie de toutes les expériences des vies précédentes, et enfin, de ce germe de Vie universelle, la conscience développée a fait un tronc parfait, divin, perfectionné, maître de soi-même et maître de la nature, éternel, souverain. Voilà donc l’idée de la Réincarnation, et si le Christianisme n’avait pas rejeté la doctrine d’Origène, et par conséquent toute la doctrine de la Réincarnation, le Christianisme n’aurait pas été effrayé par l’idée de l’Evolution, quand la science, la biologie, ont proclamé ce fait de la nature; car, vraiment, l’évolution de la conscience, Révolution psychologique correspond à l’évolution des corps, à l’évolution biologique; ce sont les deux faces d’une même chose. L’évolution humaine sans ces deux évolutions est inconcevable, impossible. La conscience, en devenant toujours plus complexe, demande des corps toujours plus parfaits avec un système nerveux plus fin, plus sensitif; et, à quoi bon ces corps plus parfaits, s’il n’v avait pas une conscience évoluée qui puisse s’en servir comme outil, comme instrument ?
Les deux évolutions s’expliquent l’une par l’autre. L’évolution des corps ne peut pas s’expliquer sans l’évolution de la conscience, celle-ci nous la rend absolument claire et visible. Voulez-vous vous poser, un instant, la question suivante ;
« Comment peut évoluer l’homme que nous connaissons aujourd’hui, l'homme intellectuel, l’homme moral, l’homme Spirituel ? »
Si vous demandez à la science, elle ne peut pas expli-
quer l’évolution de l’homme moral, de l’homme social, de l’homme au point de vue de la fraternité; dans les combats perpétuels qu’on rencontre dans la nature non humaine, on ne trouve pas l’explication de l’homme en tant qu’être sociable. 11 me semble qu’il faut accepter une des trois théories de la vie : ou la théorie d’après laquelle la mort est la fin de chacun, qu’il n’y a ni existence avant la naissance, ni existence après la mort. Ces deux choses sont, en ce cas, inséparables l’une de l’autre. Si l’âme, pour apparaître, pour se manifester, demande un corps, il est évident qu’après la mort de ce corps, l’âme doit disparaître, telle est l’idée des matérialistes qui ne voient dans l’homme qu’un animal supérieur, qui pensent que tous deux, l’animal comme l’homme, ont simplement une seule vie entre la naissance et la mort, une seule vie dans ce monde. On peut choisir cette conception — celle de la science matérialiste — avec toutes ses difficultés, tous ses problèmes de la vie humaine ; l’on peut toutefois choisir aussi la conception religieuse, d'après laquelle l’homme est une âme créée par Dieu, jetée dans la vie humaine, passant, par la mort, dans le Purgatoire, ensuite au Ciel ou, peut-être, dans l’Enfer.
V otre conception de la vie doit dépendre de la théorie que vous choisissez. S’il n’y a pas d’âme, il faut alors baser la sociologie sur cette idée, chose assez difficile, pourtant il faut tâcher de le faire; ou bien baser cette sociologie surl’idée que l’homme a une âme créée de toutes pièces par Dieu — âme d’un homme intelligent, d’un idiot, d’un génie, d’un saint, d’un héros, d’un criminel. Ainsi, l’homme n’est pas responsable, puisqu’il est créé de par une volonté qu’il ne peut dominer, et voué ensuite à une vie perpétuelle, soit dans le Ciel, soit dans l’Enfer ; voilà une philosophie. Vous pouvez essayer de baser une sociologie sur ces idées. Mais, si vous rejetez ces deux théories, il ne vous reste plus que la troisième, c’est-à-dire la double évolution d’une conscience et des corps. Si vous acceptez cette théorie, votre attitude envers la vie en sera tout à fait modifiée. La sociologie, basée sur cette idée, serait une sociologie bien différente de celle
qui règne aujourd’hui dans le monde de la pensée, si diffélente que toutes les idées changent en l'acceptant ; vous envisagez la vie d une autre façon, vous voyez une évolution de l’homme, basée sur l’évolution du germe issu de Dieu. Vous voyez alors que chaque vie humaine n’est qu’un seul jour dans la vraie Vie perpétuelle, éternelle et toute votre sociologie doit être établie sur cette idée, si vous voulez l’appliquer à la vie, si vous voulez l’appliquer aux problèmes sociaux. Voilà donc où nous en sommes en ce moment. Tâchez de comprendre comment, actuellement, l’acceptation de cette idée de l’évolution humaine, de la conscience et des corps peut être appliquée aux problèmes de notre société. Et ces problèmes demandent une réponse ! Q«e nous dit-on de tous côtés ? Que les nations du monde actuel sont dans une situation dangereuse, sans stabilité ; que les classes sociales les plus basses sont celles qui sont les plus prolifiques ; que la civilisation est menacée par une majorité immense d’hommes et de femmes ignorants et même abêtis. On les nomme dégénérés. On doit les appeler des jeunes, des non-évolués . Ils ne sont pas dégénérés d’un état plus haut, plus beau; ils sont comme de petits enfants qui n’ont pas encore eu beaucoup d’expérience de la vie; mais si vous les considérez comme de jeunes âmes, alors vos méthodes seront très différentes des méthodes actuelles, .et c’est de cela que je désire vous entretenir.
Abordons les problèmes de la pénalité des criminels, des criminels nés. Que pouvez-vous faire d’eux ? Tous ceux qui connaissent l’état des classes sociales les plus basses savent très bien qu’il y a une quantité de personnes qui sont nées criminelles et qui ne peuvent pas être autre chose. Vous avez beau les emprisonner, quand elles redeviennent libres, elles recommencent leur carrière de criminels et vous prononcez des peines de plus en plus longues ; les années remplacent les mois comme auparavant les mois avaient remplacé les semaines. Mais ils sont incurables, tout le monde le reconnaît, et on ne trouve pas de remèdes. Au point de vue de la Déincarnation, que sont-ils ? Qu’est au juste un criminel né ?'
C’est une âme jeune, un vrai sauvage né clans une civilisation peu appropriée à son degré d’évolution. Il ne peut pas se dominer, et on lui dit qu'il est libre ! Mais la liberté pour lui n’est pas une bénédiction, c’est plutôt la chose la plus funeste que vous puissiez lui donner. Il ne sait rien, il a une intelligence très bornée; si vous examinez la conformation de son crâne, vous pouvez voir qu’au point de vue physique, il n’v a pas de place là pour l’intellect dont l’instrument est le cerveau. Vous constaterez que son crâne est comprimé, qu’il n’a pas de front; rien en lui ne rappelle la conformation physique de l’homme qui possède de hautes qualités, et vous ne pouvez éveiller en lui les qualités qü’il ne possède pas, que son corps ne lui permet pas de posséder. Que faire de cet homme né dans une civilisation belle et grande ? Il a le droit d’en profiter et non pas seulement d’en souffrir ! mais il souffre toujours par son contact avec notre civilisation. Il aurait été beaucoup plus heureux dans une île sauvage quelconque, parmi ses semblables et non dans une civilisation comme la nôtre. Cette civilisation le regarde en ennemi, l’exclut de son amitié, l’écrase sous ses lois. Que peut-on faire de plus, c’est-à-dire de mieux ? On peut reconnaître le fait qu’il est un sauvage, c’est-à-dire que c’est une âme très jeune, qui ne possède pas l’expérience que vous avez acquise, qui est privée des instruments grâce auxquels vos facultés morales et intellectuelles s’expriment. Il ne possède pas ces instruments, il ne peut pas avoir ces qualités, la chose lui est impossible, à cause de son degré d’évolution. Ce qu’on doit faire de lui au point de vue de la Réincarnation, c’est de le considérer comme un enfant et non pas comme un ennemi, de l’instruire, de le discipliner. Il a droit à l’instruction, à la discipline. Il ne peut pas se guider lui-même, il n’a pas de contrôle sur luimême; ses passions sont trop fortes, sa pensée est trop faible; ce n’est pas un animal, mais il est plus dangereux que l’animal parce qu’il a un commencement d’intelligence humaine : il ne doit pas être libre, et voilà le point de vue où probablement plusieurs d’entre vous ne seront pas d’ac-
<eord avec moi. Je pense qu'u-n homme comme celui-là, enfant en intelligence et en morale, mais physiquement fort, ne doit pas être libre dans une société qu’il ne comprend pas, qu’il déteste, qui est pour lui un ennemi, contre laquelle il est tou- • jours en révolte. Je ne le punirais pas, je l’entourerais de bonnes conditions, mais de conditions qui exerceraient, sur lui une impulsion constante vers la sobriété, vers l’activité, et qui l’entraîneraient à faire des efforts l’obligeant à •évoluer petit à petit. Je lui confierais des travaux qui, maintenant, sont exécutés par des ouvriers qui sont capables de faire des travaux plus difficiles et plus importants, des travaux dans les mines, des travaux dans les grandes villes, des besognes ingrates pour lesquelles son corps est apte et son intelligence bornée, suffisante.
Tel est le champ de travail pour cette jeune âme, qui ne •doit pas encore être libre, parce qu’elle ne sait pas se servir ■de la liberté sans nuire à la société et à elle-même.
Je ne lui demanderais pas des heures de travail trop longues, parce qu’il est important qu’elle commence à aimer le travail et non pas à le détester. Voilà sa leçon. Je voudrais lui procurer des amusements qui puissent le divertir, sans le faire tomber plus bas qu’il n’est; des amusements où il puisse trouver du plaisir, mais je ne lui accorderais pas la liberté, parce xjue l’homme ignorant, l’homme qui est sous le joug de ses vices n’est pas libre, il est esclave. La liberté complète du corps, lorsqu’il n’y a pas la liberté réelle de la connaissance et de la vertu, ne peut pas aider révolution de l’homme; elle ne peut que nuire au prochain. Je sais eue cette idée n’est pas populaire aujourd’hui, qu’on pense qu’il est préférable d’emprisonner les criminels et de les punir. On ne doit pas punir le criminel parce qu’il ne comprend pas, on ne doit pas faire de sa vie une alternative de liberté mal employée et d’emprisonnements qui châtient. Je vous ai exposé la vie telle qu’elle pourrait être pour un semblable criminel qui, pour moi, est un enfant ayant droit à la même école que les jeunes gens laborieux; faire sa vie aussi bonne que possible. Par la douceur, par la bonté,
tâchez d évoluer en lui ces germes d’amour ei de reconnaissance , qui sont vraiment le commencement d’une vraie humanité où 1 on commence à apprendre, à obéir, à aimér.
Cependant, il y a des criminels qui ne sont pas nés criminels, qui sont aussi de jeunes âmes et qui ne sont pas entièrement sauvages, qui ont accompli une petite évolution morale et intellectuelle, mais qui sont encore faibles *et qui demandent des secours aux plus forts. Pour eux, l’instruction est, au début de leur vie, un travail qui demande plus d’intelligence ; pour eux existe la possibilité de gagner la liberté par la vertu, par la diligence, par les efforts. Cette seconde classe de criminels est plus avancée que les autres, et elle n’est pas incurable dans cette vie.
Il y a encore une autre classe vraiment plus difficile que les deux dont j’ai parlé : celle où l’intelligence est plus évoluée, mais où la morale n’existe pas, véritable ennemie delà société qui en est la proie. Pour eux, je ne vois pas d’avenir dans cette vie, si ce n’est que les astreindre aux travaux dont ils sont capables, sans leur donner la liberté qui doit être le résultat de la vertu et de l’intelligence.
\ous voyez donc qu’au point de vue de la Réincarnation il est possible d’aider révolution des personnes les plus basses de la communauté. Nous ne voyons pas l’égalité dans 1 humanité. On ne peut pas avoir une égalité vraie parmi ceux dont les capacités sont si différentes.
Même si vous donnez des opportunités, des occasions égales à chacun, c’est la capacité de saisir l’occasion qui est si différente entre les jeunes et les plus âgés d’entre nous. Pour moi, la société est comme une famille où il y a des frères aînés et des frères cadets, où le bébé ne doit pas porter les fardeaux des plus âgés, mais doit être instruit, dirigé par les aînés. De cette façon, quand le criminel est frappé par la mort, il apportera avec lui dans la vie qui succède à la mort des expériences utiles, des habitudes meilleures que celles qu’il apporta avec lui à sa naissance, et qu’il aura développées dans cette vie, avec l’aide
et 1 amour de ses frères. Dans la période qui s’écoule, entre la mort et la renaissance sur la terre, il développera ces expériences en qualités intellectuelles et morales et, quand il renaîtra sur la terre, il sera un être plus évolué, plus développé, prêt à entrer dans une civilisation, prêt à porter le fardeau comme les frères aînés, parce qu’on aura cherché à l’aider et non pas à l’écraser par la loi.
Laissons cette question des criminels et abordons maintenant la question de l’éducation de l’enfant. Qu’est-ce que 1 enfant d’après la Réincarnation ? Vous vous souvenez peut-, être de ces mots de Platon : « Que toute connaissance c’est la réminiscence », c'est-à-dire « connaître une chose c’est se souvenir de cette chose.» Voilà vraiment la clef d'une éducation raisonnable et suivie. L’enfant, pour nous, est une âme peut-être jeune, peut-être âgée. Il est possible que l’âme de l’enfant soit plus âgée que celle de l’instructeur. Le corps c’est le corps d’un enfant, mais l’âme peut être celle d’un génie, d’un héros, d’un saint. Ainsi l’éducation, au point de vue de la Réincarnation, doit commencer par une étude suivie et soignée du caractère de l’enfant, de ses facultés mentales et morales, de ses tendances, de toutes les qualités qui le font différent des autres, de toutes ses possibilités de développement. La première chose à faire pour un enfant c’est de l’étudier, et avant cette étude on ne peut pas lui donner une éducation raisonnable. Il faut comprendre l’enfant avant de commencer son éducation, son instruction. Chaque enfant demande une instruction à soi, qui doit être commencée par le père et par la mère, et ensuite dirigée par les instructeurs dans les écoles; mais cette instruction doit être Convenable pour l’enfant. On ne devrait pas avoir des classes trop nombreuses comme on en rencontre ordinairement dans les écoles, où nous avons trop d’étudiants et pas assez d’instructeurs.
L’enfant demande à être instruit comme individu, et non
pas comme s’il s’agissait de produits à l’emporte-pièce, jetés par centaines dans les écoles; aussi doit-on tâcher, non pas d’imposer sa volonté à l’enfant, mais d’évoluer la volonté qui lui appartient, chercher à l'aider, à diriger cette volonté dans le droit chemin.
On doit laisser l’enfant aussi libre que possible, afin qu’il puisse se manifester tel qu’il est et qu’il puisse trouver le chemin convenable pour lui, et vous devez tâcher, vous qui êtes mères et pères, de ne pas restreindre l’enfant quand ce n’est pas absolument nécessaire. Il y a bien des personnes plus âgées qui disent toujours : « Ne fais pas ceci, ne fais pas cela »; l’enfant ne sait pas ce qu’il doit faire. Continuellement, on lui dit « non, non, non ». Mais l’enfant doit être aussi libre que possible, afin qu’il puisse choisir son chemin. Nous devons l’aider par notre expérience, mais ne pas opprimer le développement de l’empire de l’âme sur le corps de l’enfant. Aussi l’instruction doit-elle toujours être attrayante pour l’enfant. Un enfant est avide de connaissance, pose toujours des questions, désire savoir où il est, comprendre le monde où il se trouve. Tous ceux qui ont des enfants connaissent très bien les questions continuelles qu’ils posent. Quelquefois j les plus âgés sont impatients de cette multiplicité de questions. S’il désire ne pas aller à l’école, s’il a une répulsion pour ses leçons, c’est parce qu’on ne sait pas comment l'instruire. C’est la faute de l’instructeur et non celle de l’enfant, qui désire toujours comprendre, mais qu’on ne sait pas instruire par des méthodes raisonnables, qui l’attirent vers les connaissances, que vraiment il désire saisir. Ainsi, dans l’éducation, on doit tâcher avant tout d’étudier ses facultés, l’aider à se développer aussi librement que possible. Laissez-le trouver son chemin comme il le désire, en lui offrant votre plus grande expérience dans cette vie, et tâchez toujours de choisir avec lui et non pas pour lui la carrière la plus convenable pour ses facultés; ne pas le faire entrer dans une carrière contraire à ses aptitudes, dans laquelle il ne saurait avoir de succès.
C’est ainsi qu’on doit étudier l'enfant, d’après la théorie
de la Réincarnation, afin de pouvoir le comprendre à fond,, l'aider, non pas le tyranniser. II lui faut la liberté dans la famille, une discipline affectueuse, tendre et bonne, et jamais il ne doit éprouver de crainte.
Voyez 1 enfant si petit, si faible, il craint les personnes, plus grandes; il ne doit jamais craindre. C’est le haïr que de lui mettre la peur dans le cœur ! Vraiment, c’est un crime contre 1 enfance, quand les aînés lui inspirent la peur. C’est par une éducation basée sur ce mot de Platon, que jeviens de citer, que nous pouvons trouver chez l’enfant, en l’étudiant, les connaissances pour lesquelles il est apte, et capable. Voilà les connaissances qu’on doit lui offrir Si vous trouvez d autres branches de connaissance pour lesquelles il n a pas d’aptitude, vous ne devez pas insister* pour qu’il les suive. Voilà donc la liberté que je demande pour l’enfant.
Maintenant, parlons des villes, de nos cités et de lamisère, de la pauvreté que partout on rencontre. Sachez que, si vous voulez une population, une nation capable de grandeur morale et intellectuelle, il faut créer des conditions pour les âmes qui possèdent ces hautes qualités et qui ne veulent pas vivre dans les nations où elles ne peuvent trouver quedes milieux misérables, dégradés. Le foyer que nous formons dans nos villes attire les âmes qui conviennent à ce foyer. Si! nous offrons des conditions misérables pour les^ pauvres,, .nous attirons des hommes sauvages, et alors nous avons les criminels. Tâchons de réaliser cet idéal dont j’ai parlé, créons une société qui offre des conditions à chacun de ses membres, pour développer toutes les qualités innées en eux,, des conditions raisonnables pour tous, et non pas seulement pour la minorité, comme aux temps actuels, tandis que des, conditions mauvaises attirent des âmes peu développées, et Ja nation est formée d’éléments qui ne sont pas bons, qui ne peuvent pas avancer sur le sentier du progrès. Ainsi, la lté in-
carnation enseigna à la société humaine cjne c’est un devoir absolu, des plus sages, de ceux qui possèdent des connaissances plus étendues, de trouver par la pensée des conditions sociales meilleures que les conditions qui existent au jourd hui, d établir ces conditions et de former une société vraiment fraternelle et bonne. Comment le faire ?
Non pas par la révolution des misérables; ils ne peuvent que détruire, ils ne peuvent qu’abattre. Misérables, pauvres, tourmentés par la faim, ils peuvent détruire la société qui leslaisse dans leur condition de misère, mais c’est seulement les sages, les bons, qui peuvent faire la société par le sacrifice, par 1 effort, donner toute leur connaissance pour établir une société où il n’y aura pas les conditions de misère qui existent aujourd’hui, qui ne sont pas nécessaires, qui sont produites par l'égoïsme humain, par l’indifférence que nous trouvons partout.
Il faut que la conscience sociale s’élève parmi nous, queles classes sociales les plus hautes, les plus instruites, s’adonnent à cette tâche de la réforme sociale.
Si vous qui êtes instruits, vous qui êtes dans des circonstances favorables, si vous ne voulez pas prendre entre vos mains la grande tâche d’établir une société fraternelle, bonne, bienveillante... alors, les pauvres, par la révolution, la détruiront.
On leur donne la misère et non pas le bonheur. Il est encore temps de le faire. 11 y a encore des années pendant lesquelles vous pouvez travailler pour cela, mais il faut faire des sacrifices, car le sacrifice est l’instrument le plus grand dans la main de l’humanité. Consacrez vos connaissances pour résoudre ces questions sociales. Tâchez d’instruire les ignorants au lieu de les dédaigner; faites-vous des amis parmi ceux qui ne sont pas si évolués que vous-mêmes, mais qui sont capables d’une évolution plus rapide, si vous voulez les aider. Acceptez l’idée du Christ que tous les hommes sont vos frères et que vous devez les traiter en frères et non pas en ennemis. Tâchez de comprendre la
vérité que, si vous avez derrière vous une évolution plus longue, plus riche en expériences, c’est afin que vous puissiez aider les âmes moins évoluées que vous-mêmes. Consacrez vos connaissances a leur ignorance, votre pouvoir d’aider à leur faiblesse. Le peuple demande des hommes dignes, et la seule autorité c’est la sagesse. La seule autorité devant laquelle chacun veut baisser la tête, c’est une sagesse plus grande que la nôtre. Voilà la vraie autorité parmi les hommes.
Ainsi, je fais appel aux âmes plus âgées qui savent davantage, dont les connaissances sont plus grandes, les facultés plus développées, la morale plus parfaite, pour se consacrer à aider les autres, à relever les ignorants, les misérables, les pauvres. On peut les sauver, si ceux qui savent veulent tâcher de constituer une société raisonnable, où le bonheur sera pour tous. C’est à ce but que nous conduit la Réincarnation, car elle nous dit que toutes les âmes sont vraiment divines, capables d’évolution, capables de perfection ; et que les aînés doivent aider les plus jeunes, comme les bons frères dans une fa rs les cadets et
tâchent de les rendre heui
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Annie Besant