SEPARATION
Les fêtes se prolongèrent de jour en jour et de semaine en semaine ; chasses , spectacles, combats de bêtes féroces, réjouissances de toutes sortes dans la ville et dans le palais , auxquelles d'ailleurs la reine et son hôte se mêlaient peu ; ils paraissaient quelques instants, puis s'éloignaient, avec un groupe de favoris. Leurs vraies fêtes, à eux, étaient d'être ensemble, sans trop de contrainte , entourés d'amis sincères qui , s'ils devinaient leur amour, ne les trahiraient pas. Bussy avait voulu revoir l'île du Silence et la chambre d'ivoire, éclairée par des étoiles de pierreries. Puis, la reine l'avait conduit sur l'emplacement du hangar où il avait été porté blessé. Sans déblayer tout-à-fait les cendres et les ronces, en grand secret, ils posèrent ensemble la première pierre d'un temple à Kama*Déva,
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29O LA CONQUÊTE DU PAJtADIS
qu'elle voulait faire construire là, dès qu'on le pourrait, sans danger.
Quelquefois, ils s'amusaient à voir déjeunes pages, à l'aide d'oiseaux dressés à les prendre vivants, chasser les merveilleux papillons, qui semblaient des joyaux sur la soie des fleurs; on en emplissait des cages de gaze , puis Ton donnait la volée à toutes ces ailes éclatantes, dans une jolie cour plantée d'arbustes et recouverte d'un filet d'or, pour les garder prisonnières.
Ils se plaisaient dans les jardins, au bord des fontaines, oy dans quelque fraîche salle d'un pavillon d'où Ton découvrait la campagne ; mais ils affectionnaient surtout un étrange balcon de pierre, tout ajouré des plus fantasques sculptures, et qui faisait une trouée dans un grand arbre. Quand ils étaient là, tout près du chant des oiseaux, ne voyant rien qu'un entrelacement de branches, il leur semblait être vraiment dans un nid. Et les heures s'écoulaient rapides et heureuses, sans qu'ils eussent l'idée que ce temps de bonheur pouvait finir.
Un jour qu'ils étaient sur ce balcon, seuls avec Lila, perdus dans un silence plein de pensées, un bruit de pas pressés se fit entendre dans la salle, et un messager parut.
Bussy, qui tous les matins recevait par un courrier des lettres de Rugoonat-Dat et de Kerjean, le tenant au courant des affaires, fut effrayé de voir ce messager, arrivant dans l'après-midi, tout couvert de poussière et qui avait certainement brûlé la route. Ce fut avec un
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frisson d'inquiétude qu'il prit la lettre qu'on lui tendait.
La reine s'était levée toute pâle, et s'appuyait à la balustrade du balcon, regardant avec effroi et colère cet homme qui, peut-être, venait briser sa joie.
Le marquis lut tout haut la lettre composée de quelques lignes, écrites fiévreusement de la main du roi.
c Reviens vite, mon Bussy, nous sommes perdus î Les Mahrattes ont envahi le Dekan et menacent Aurengabad. »
— Hélas ! ce malheureux pays ne cessera donc pas d'être une proie convoitée de tous, s'écria, le jeune homme en jetant à Ourvaci un regard désolé.
Elle se tordait les mains en murmurant d'un air égaré:
— Les Mahrattes 1
— Eh bien, dit Bussy en souriant, qu'ont-ils donc de si terrible ? S'ils ne m'arrachaient pas à un bonheur céleste, ils m'inquiéteraient fort peu.
— Seigneur, dit Lila, avant que la gloire des Français ait tout effacé dans l'Hindoustan, les Mahrattes passaient pour les plus braves et les plus redoutables des guerriers. Rien ne leur résistait et leur nom seul faisait fuir les armées.
— Leur défaite manquait à notre renommée, dit-il, et il est bon que l'orgueil et l'insolence de ce peuple soient humiliés. Je t'en conjure, ma reine, ajouta-t-il en voyant qu'Ourvaci baissait la tête avec accablement, aie plus de confiance dans nos armes. La bravoure des Mahrattes ne pourra rien contre une bravoure
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égale, soutenue par une artillerie tellement supérieure, qu'ils disent tous ici que nous avons la foudre pour alliée.
— Je crois Rama invincible, dit-elle, mais est-il, invulnérable ?
— Pourrai-je mourir lorsque tu daignes t'inquiéter pour ma vie? dit-il. Mais hélas ! je n'ai plus que quelques moments à passer près de toi. Veux-tu me permettre, pour que je n'en perde pas une minute, de donner, sans te quitter, les ordres les plus pressés ?
La reine, incapable de parler, fit de la tête un signe affirmatif.
Bussy recommanda que Ton tînt prêts à partir plusieurs courriers, et fit appeler son secrétaire.
Naïk arriva bientôt, et ne put se défendre d'un mouvement de crainte en se trouvant en présence de la reine ; car, pour un paria, c'était un crime irrémissible de s'approcher d'un souverain. Mais il comprit vite, à la pâleur et à l'air de tristesse répandus sur les visages, qu'un malheur était arrivé, et qu'on s'inquiétait peu de savoir si le nouveau venu était tchandala ou brahmane.
Le marquis lui fit lire le billet du roi et lui dicta plusieurs lettres. Naïk portait toujours suspendu à sa ceinture, un étui d'or renfermant le Kalam, l'encrier et le rouleau de parchemin, insignes de ses fonctions ; il mettait un genou en terre et s'appuyait sur l'autre pour écrire.
Bussy donnait l'ordre, àl'umara qui commandait les cipayes de la garnison de Kadapa, nababie toute pro-
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LA REINE DE BANGALORE 2g3
che de Bangalore, dont Salabet-Çingh ayait fait présent à la Bégum Jeanne, de mettre à sa disposition tous les hommes dont il pourrait disposer, sans compromettre la sûreté de la place, et le plus possible de pièces de campagne ; il envoya le même avis au commandant de Kanoul qui se trouvait aussi sur la route qu'il voulait suivre. Puis il écrivit, de sa main, à Kerjean, une dépêche chiffrée, et ces quelques lignes au Soubab :
« Rassure-toi, mon roi, et, ne perds pas confiance dans celui qui t'a jusqu'ici conduit à la victoire ; j'ai un moyen certain de préserver ta capitale, c'est de marcher sur Pounah, la capitale de tes agresseurs. Tu les verras aussitôt rebrousser chemin en grande hâte pour aller défendre leurs Etats. Mais il ne faut pas perdre un instant; je t'en conjure, fais partir tes troupes, dès cet avis reçu, avec le bataillon français qui sera prêt en une heure. Vous me rejoindrez à Béder. »
Ourvaci, immobile et retenant ses larmes, admirait cependant, à travers sa douleur, cette promptitude de décision, cette lucidité froide, que ne troublaient ni la brutalité de la nouvelle, ni le chagrin qu'elle causait. C'était le héros, l'intrépide guerrier, soigneux de sa gloire, qui maintenant se dressait devant elle, et elle avait peine à retrouver en lui l'amant qui tout à l'heure frémissait d'amour à ses pieds. Ce beau visage sévère, à l'expression impérieuse, ces yeux fixes sous le sourcil froncé, semblaient l'avoir oubliée.
Et elle songeait avec un confus sentiment de jalousie :
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— S'il lui fallait choisir entre la gloire et moi, peutêtre serais-je sacrifiée.
— Préviens Arslan-Khan et les officiers français, dit-il à Naïk en le congédiant, que tout ce qu'il y avait de soldats dans le cortège part avec moi avant une heure. Le reste de la suite, les éléphants et les esclaves se mettront en route demain.
— Comment ! dit Ourvaci, tu ne me donnes même pas cette journée ?
— O reine, s'écria-t-il, te causer un regret, quelle douleur et quel orgueil ! Mais décide toi-même s'il m'est possible de ne pas voler, sans perdre un instant, au secours d'un roi qui vient de se montrer si généreux.
— C'est vrai, dit-elle, en baissant la tête, c'est impossible, il faut partir.
Elle semblait suffoquer, prête à s'évanouir.
— Quelle triste reine, n'est-ce pas ? reprit-elle en essayant de sourire. Sans courage!... Oh! je ne suis pas toujours ainsi ; mais je ne sais quelle angoisse m'oppresse, il me semble que nous sortons de la lumière, pour entrer dans une ombre opaque et sans issue. Ah, j'ai beau vouloir le chasser, un pressentiment funeste me tient dans ses serres et me dévore le cœur.
Et elle cacha sur l'épaule de Lila son visage inondé de larmes.
Bussy, agenouillé devant elle, lui baisait les mains.
— Hélas ! elle m'ôte toute ma force ! disait-il ; la voir souffrir est une torture impossible à supporter.
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— Ma douce reine, ne te laisse pas abattre à ce point, dit Lila en lui caressant les cheveux ; la secousse trop brusque de cette séparation est affreuse, c'est vrai ; mais l'ambassadeur ne devait pas rester toujours ; songe qu'il reviendra victorieux, et, que d'ici là, la renommée nous parlera de lui.
Ourvaci abaissa ses beaux yeux humides sur le jeune homme.
— Eh bien, dit-elle, s'il meurt, je mourrai. Puis, elle s'attrista de nouveau.
— Hors de ce monde, nous ne serions pas réunis, s'écria-t-elle ; j'oubliais que le ciel de mes dieux n'est pas celui des siens.
— Mon seul dieu c'est toi, mon ciel c'est l'air qui l'enveloppe, cria-t-il. Mais, si cela peut te rassurer, j'adore Brahma, Indra, Ganésa et l'effrayante Kali qui danse sur des cadavres, et le dieu bleu qui vogue sur ta mer de lait, et tous ceux que tu voudras ; s'il y a quelque sacrifice, quelque cérémonie à accomplir, je suis prêt.
— Pardonne-moi, j'étais folle, dit Ourvaci, j'ai honte virament d'amollir ton courage par le spectacle de ma lâcheté ; les jours et les nuits ne me manqueront pas pour exhaler ma douleur ; tant que tu es là, il reste encore de la joie. Demandons nos chevaux, Lila ; nous accompagnerons l'ambassadeur jusqu'aux limites de nos domaines.
Une heure plus tard, ils franchissaient ensemble le portique du palais, et le marquis, se retournant une
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dernière fois, embrassait d'un long regard cette demeure où il avait été si heureux.
— Ah ! s'écria-t-il, l'inscription, qui ment aujourd'hui sur les ruines somptueuses d'un édifice de Delhi, serait à sa vraie place sur la porte de ce palais : S'il est un paradis sur terre, cest ici ! Certes, la douleur qu'éprouva Adam n'était pas plus poignante que la mienne lorsqu'il sortit de l'Eden, et pourtant il n'emportait pas, comme moi, l'espoir d'y revenir.
Du haut d'une des terrasses, dissimulé derrière un arbuste, quelqu'un regardait l'ambassadeur partir. C'était le ministre Panch-Anan.
Il s'était si bien effacé, tenu à l'écart pendant ces jours si doux pour les amants, feignant de s'absorber dans le soin des affaires, pour laisser à la reine toute sa liberté, qu'on l'avait presque oublié ; mais il n'oubliait pas, lui, et le regard dont il accompagnait l'étranger, était gros de haine et de menaces.
Les cavaliers dépassèrent la ville et, piquant leurs montures, galopèrent en silence, cherchant à se dissimuler l'un à l'autre leur désespoir.
Le moment de la séparation vint pourtant, ils s'arrêtèrent, osant à peine se regarder. La princesse, plus courageuse d'ordinaire, semblait à son tour accablée.
— Je ne puis m'empêcher de croire, dit-elle, que la destinée nous garde quelque trahison. Mon œil droit frémit, et j'ai vu tout à l'heure un oiseau fatal voler à notre rencontre. On veut rire des superstitions, ne pas croire aux pressentiments, et pourtant le cœur se glace quand les présages menacent un être cher.
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Ourvaci, pâle comme une perle, se taisait.
— Le vrai, le seul malheur, c'est de se quitter, dit Bussy. Il n'en peut être de pire; l'absence n'est-elle pas sœur de la mort ?
Il leur baisa les mains rapidement.
— Adieu ! cria-t-il en s'enfuyant, je reviendrai. Mais lorsqu'un mouvement du terrain lui eut masqué
la reine, qu'il ne la vit plus en se retournant, une horrible douleur lui tordit le cœur, et, à son tour, il fut frappé par une crainte affreuse, il lui sembla que le vent qui passait lui criait à l'oreille : tu Tas vue pour la dernière fois.
Il s'arrêta, sans souffle , terrifié. Puis tout à coup, s'écria :
— Je ferai mentir cet affreux pressentiment, je ne l'ai pas vue pour la dernière fois.
Et il remonta la pente au galop.
Ourvaci était toujours à la même place, immobile. Elle l'aperçut, courut à lui, et, tandis que leurs chevaux se cabraient, dans une étreinte éperdue ils échangèrent un baiser plein d'horreur et de délices.
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RAHOU
C'est un grand tapage, un bruit métallique, retentissant, de boucliers heurtés violemment par le pommeau des sabres, de grands tambours, rapidement battus, de cymbales qui vibrent, et les cris de toute une armée se mêlent à ce tumulte.
La pleine lune verse sa lumière sur les blancheurs du camp mahratte, où les guerriers éveillés, la plupart en vêtement de nuit, agenouillés ou debout, ont tous les yeux au ciel. On distingue des figures énergiques et fines, sous le hérissement particulier de la barbe, partagée en deux et peignée à rebrousse-poil.
La manœuvre de Bussy a parfaitement réussi : les ennemis se sont repliés au plus vite vers leurs frontières menacées. Dans plusieurs escarmouches déjà, cette célèbre cavalerie mahratte, dont l'impétuosité
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LA REINE DE BANGALORE 29g
balayait tout d'ordinaire sur son passage, pour la première fois est restée sans effet : une infranchissable barrière de mitraille a toujours arrêté son élan. Maintenant, toute l'armée est réunie, avec son roi, Baladji- Rao, au milieu d'elle, à une journée démarche des Français, et une bataille décisive est imminente. Mais, pour l'instant, un danger plus grave que celui des combats menace le monde et agite tous les esprits ; les astrologues l'ont prédit, Rahou, le monstre sans corps, va dévorer la lune.
L'on fait tout ce bruit pour l'effrayer et l'éloigner de sa victime, qui, toute pâle, roule dans le ciel limpide comme fuyant épouvantée. Mais déjà le dragon avide l'atteint ; sa geule noire vient de saisir le bord de la courbe pure et brillante, les dents cruelles la mordent, l'échancrent ; Tchandra ne peut plus échapper, Rahou ne la lâchera pas, il l'avalera, plongeant ainsi le monde dans la nuit.
Alors des invectives, des imprécations éclatent, mêlées de hurlements de désespoir, croissant à mesure que l'astre disparaît entre les mâchoires du monstre.
— Va-t-en ! va-t-en, hideux vampire ! mauvais génie qui traîtreusement te glissa parmi les dieux, tandis qu'ils barataient la mer !
— Infâme voleur î tu leur dérobas un peu de l'amrita d'immortalité, afin de ne pas mourir.
— Mais, les deux yeux du ciel, l'œil d'or et l'œil d'argent, t'ont reconnu et dénoncé.
— Alorç, Vichnou furieux t'a tranché la tête, et elle roule dans l'espace loin de ton corps.
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— Et tu poursuis sans cesse ceux qui t'ont trahis, pour te venger en les dévorant.
— Brûle- lui la langue, Tchandra, répands sur ses gencives impures un poison tellement corrosif que l'horrible Rahou soit forcé de s'enfuir, en hurlant de douleur, après t'avoir rejetée dans le ciel.
Quand l'ombre fut complète, le vacarme grandit encore, les cris redoublèrent, les cymbales et les tambours semblèrent pris de folie. Mais, tout à coup, une voix formidable, qui semblait le rugissement du monstre qui mangeait la lune, couvrit ces clameurs, l'horizon se raya d'éclairs, et des globes, rouges comme des braises, passèrent en sifflant : les Français canonnaient le camp mahratte.
La surprise fut complète. A la terreur superstitieuse succéda une épouvante plus sérieuse, une stupeur qui ôta toutes leurs facultés à ces hommes demi-nus, perdus dans l'ombre. Ils ne savaient même pas de quel côté fuir, à travers la fusillade ininterrompue qui les enveloppait de nuages, c On ne respirait, dirent-ils plus tard, que feu et fumée. »
Quand Rahou eut rejeté la lune et que la clarté revint, elle illumina les baïonnettes françaises à la place où était tout à l'heure le camp. Les Mahrattes qui l'occupaient encore étaient morts ou prisonniers, tout le reste avait fui, Balladji-Rao, en chemise, ne s'était échappé que grâce à un cheval rencontré sur sa route et qu'il avait enfourché.
Cette victoire, qui rompait l'antique prestige des guerriers mahrattes, les plongea, pour la première
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fois peut-être, dans un morne découragement, et, quand Balladji-Rao eut compris que le général français ne comptait pas se reposer et continuait sa marche vers Pounah, il fit des propositions de paix.
Bussy les accueillit volontiers, et, impatient de voir Salabet-Çing, qu'il n'avait pu rejoindre encore, décida d'aller conférer lui-même de la paix avec le roi, et, laissant le commandement à Kerjean, rebroussa chemin vers le camp du Soubab, qui était, comme toujours, une ville ambulante.
Lorsque le marquis entra sous la tente royale, Salahet se leva vivement et courut à lui.
— Ah ! Gazamfer, s'écr ia-t-il; tes triomphes sur les Mahrattes mettent le comble à notre gloire ! Heureux le roi que tu protèges ; défendu par ton bras, il n'a rien à redouter du sort.
— Ne parlons pas de moi, dit Bussy avec émotion, près des faveurs dont tu m'as comblé, c'est à genoux que je dois te demander pardon de n'avoir pas su deviner un cœur comme le tien.
— Enfin, tu m'aimes donc ? s'écria le roi avec une charmante expression de bonheur, en ouvrant ses bras au marquis, c'est là ma plus grande victoire ! Tu ne sais pas ce que tu m'as fait souffrir, et quel supplice c'était pour moi de recevoir tout d'un homme qui me haïssait. Vois-tu, j'aurais donné mon royaume pour fondre cette glace de ton regard et y faire luire ce chaud rayon d'amitié qui s'en échappe aujourd'hui. Méchant, qui n'a pas compris que je savais son secret, et que j'étais heureux de pouvoir enfin lui témoi-
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gner ma reconnaissance par un sacrifice digne de lui.
— Ah ! j'étais fou, aveugle et stupide, et plus le charme de ta personne m'entraînait vers toi, plus tu te montrais digne de mon amour, plus la jalousie me dévorait.
— Oui, tu as même songé à me tuer, dit le roi ; j'ai vu ma mort écrite dans l'expression de ton visage, quand je venais vers toi plein d'impatience, t'apporter le bonheur.
— C'est vrai, dit Bussy, j'ai eu cette pensée horrible, toute ma vie ne suffira pas à la racheter.
— Tais-toi, c'est oublié, dit le roi; je me suis vengé d'ailleurs en te laissant souffrir quelques jours de plus ; pourtant, en fermant de mon sceau la lettre que je voulais d'abord te donner ouverte, je ne pouvais retenir mes larmes à l'idée que je prolongeais ta peine. Mais, j'avais tout fait pour t'éclairer, je ne pouvais rien de plus ; il n'est pas dans nos coutumes de parler le premier à un homme, fût-il notre frère, de la femme qu'il aime; contre toutes les convenances, je t'ai cependant nommée plusieurs fois Radiah, ma favorite, pour t'entraîner à m'ouvrir ton cœur en te laissant voir que le mien était pris ; mais tu n'as pas su me comprendre.
— Je suis indigne de ton pardon, dit le marquis ; mes torts sont si graves que leur poids m'accable ; ils laisseront, malgré ta magnanime bonté, une ombre dans ton esprit.
— Tu me méconnais encore, Gazamfer, si tu crois que je te garderai la moindre rancune; l'amitié est pour moi une chose rare et sacrée que rien n'ébranle.
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Je t'ai donné la mienne spontanément et tout entière, tellement que Timmense gratitude que je te dois n'a rien pu y ajouter. Et, tu le vois, en ce moment, l'ami oublie le roi ; je ne te demande pas ce qui t'amène ni quels sont les papiers que tu portes.
— Ce sont les propositions de paix de Balladji- Rao, dit le marquis; j'ai fait avertir Rugoonat-Dat de me rejoindre auprès de toi, afin que nous puissions, sous tes ordres arrêter les conditions.
La belle et douce figure du brahmane parut à l'entrée de la tente.
— Il m'aime, vizir, et c'est grâce à toi, s'écria lé roi, tu peux me demander pour cela telle faveur que tu voudras î
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PANCH-ANAN
Au moment où les premiers rayons du soleil levant doraient les remparts neufs de la ville, et, où le pavillon d'Angleterre montait rapidement le long du mât dressé sur le fort Saint-Georges, un char traîné par deux bœufs blancs entra dans Madras, dont les portes venaient de s'ouvrir.
Ce char, surmonté d'un dôme d'où tombaient des rideaux fermés, s'avançait lentement, guidé par son conducteur qui marchait à la tête des bêtes ; un homme à cheval, dont le type laissait deviner un topase, c'està-dire le fils d'un européen et d'un indigène, précédait le char de quelques pas et paraissait le guider à travers la ville.
On est fort matinal dans ce pays brûlant, où les premières heures de la journée sont les plus agréables ;
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LA REINE DE IUNGALORE 3o5
aussi les rues étaient-elles déjà très peuplées. Cependant, le topase, lorsqu'il arriva en vue de la maison vers laquelle il se dirigeait, fut surpris de voir arrêté devant la porte, un brillant carrosse avec de grands laquais en livrée magnifique, et derrière le carrosse, plusieurs palanquins qui semblaient attendre, au milieu d'un groupe de badauds. Il revint en arrière, et, après avoir très respectueusement conseillé à la personne invisible derrière les rideaux du char, de rester quelques instants à l'angle de la place, tandis qu'il irait s'informer de celui qu'elle cherchait, il laissa son cheval au conducteur et ret ourna à pied vers la maison. Avant qu'il eût laissé retomber le marteau de la porte, le battant s'ouvrit brusquement et un grand jeune homme qui sortait, le heurta si violemment, qu'ils serait tombé à la renve rse si un des laquais, debout près de la portière du carrosse, ne l'avait retenu en riant.
— Dieu vous damne aussi ! Quelle idée de venir vous jeter dans mes jambes ! Vous ai-je fait mal ? Qu'est-ce que vous vouliez ?
— Je veux parler au capitaine Robert Clive.
Le jeune homme pouffa de rire.
— Vous êtes donc païen, s'écria-t-il, que vous ne voyez pas à la fleur qui embaume mon uniforme, au milieu d'une touffe de rubans blancs, que je suis garçon d'honneur et qu'il y a une noce ici, eh bien, mon cher, le marié c'est Robert Clive î Si vous avez à lui parler, repassez dans une quinzaine.
Plusieurs officiers en habit écarlate sortirent de la
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3û6 LA CONQUÊTE DU PARADIS
maison, et parmi eux Robert Clive que le topase reconnut aux insignes de son grade et au bouquet attaché sur sa poitrine.
Le topase s'avança vivement vers Robert Clive et lui dit quelques mots à voix basse.
Le capitaine s'arrêta et sembla réfléchir, sans que son visage, pâli par les fatigues, laissât deviner si la présence de cet inconnu lui causait une émotion pénible ou agréable.
— Il est là, dites- vous ? demanda-t-il.
— Oui, Votre Grâce, il est venu lui-même ; les choses qu'il a à vous dire demandent le plus grand secret.
— Qui êtes-vous ? •
— L'humble interprète en qui, celui qui vous attend, a toute confiance.
Robert Clive regarda l'heure à sa montre :
— Je suis en retard déjà, dit-il, impossible de le voir pour le moment. Mais conduisez-le au palais du gouvernement.
Il tira ses tablettes et écrivit quelques lignes qu'il donna à l'interprète.
— Avec cela, vous serez introduit, et aussitôt après la cérémonie je vous rejoindrai, en amenant le gouverneur.
— Eh bien, Bob, allez-vous faire attendre miss Maskeline le jour de ses no ces, s'écria Wheeler en agitant ses longs bras d'un air consterné, et cela pour bavarder avec un métis ? Vous êtes bien toujours le même amoureux, taillé dans un bloc de neige.
— La brûlure de la glace ressemble beaucoup à
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celle du feu, dit Clive en souriant. Mais Dieu me préserve de faire attendre ma chère fiancée ! Allons, messieurs, je suis prêt.
Il monta en carrosse avec Wheeler et deux des officiers ; les autres prirent place dans les palanquins, et la foule, qui avait grossi, s'écarta devant les piaffements des chevaux et les cris du cocher.
L'interprète retourna vers le char et rapporta, toujours a travers les rideaux fermés, à celui qui l'occupait, ce qu'avait dit le capitaine anglais.
— Allons au palais du gouverneur, répondit une voix.
Le métis remonta à cheval et se dirigea vers le centre de la ville blanche où s'élevait le nouveau palais du gouverneur de Madras. Les sentinelles d'abord refusèrent l'entrée, mais sur le mot écrit par Clive on laissa le char pénétrer dans la cour d'honneur, tandis qu'on allait appeler un officier.
Les soldats de garde regardaient curieusement cette voiture close, s'imaginant qu'ils allaient en voir descendre une femme, mais lorsque les rideaux s'écartèrent, ils aperçurent un brahmane fort laid, dont le visage, qui avait le ton du vieil ivoire, montrait la plus déplaisante expression de mépris et de dégoût. Il resta d'abord assis au bord du char, paraissant ne pas oser poser ses pieds sur les dalles de la cour, comme si elles eussent été couvertes de boue et d'immondices ; puis il leva les yeux au ciel et s'écria en émiettant une herbe sèche qu'il tenait à la main :
— Étends sous mes pas un tapis sacré, herbe
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3o8 LA CONQUÊTE DU PARADIS
sainte, préserve-moi du contact de ce sol maudit ; Varouna, dieu des eaux purifiantes, toi qui chevauches un crocodile, chasse loin de moi le danger des souillures ; accours, flamboyant Agni, sur ton bélier aux cornes d'or, dévore autour de moi tout ce qui pourrait me nuire ; de ton souffle puissant, disperse tout danger, ô Vahyou, qui sortis des narines du créateur ; et que la fièvre et le malheur fassent leur proie de mes ennemis !
Il se décida enfin à descendre, et d'un air fort majestueux monta les degrés du perron, sans paraître apercevoir l'officier qui l'introduisait en le saluant poliment. Au moment de franchir le seuil, le brahmane toucha Tune après l'autre des amulettes de différentes pierres et de différents métaux, qui cliquetaient sur sa poitrine, et il continua à marmottçr des prières.
Le salon dans lequel on le fit entrer avec son interprète était vaste, peu garni de meubles, et ses nombreuses portes-fenêtres, ouvraient sur une fraîche pelouse. L'officier avança des fauteuils, puis voyant qu'on semblait toujours ne pas l'apercevoir, il s'en alla, sans saluer, avec un haussement d'épaules dédaigneux.
Lorsqu'ils furent seuls, le topase, avec les marques de la plus grande humilité, et en se tenant à distance, invita son compagnon à s'asseoir, car l'attente serait longue probablement ; mais celui-ci fit signe qu'il resterait debout. Il alla s'adosser au chambranle d'une porte, et tant de pensées l'occupèrent, qui se reflétèrent sur son maigre visage, qu'il ne s'aperçut pas du long temps qui s'écoula.
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LA REINE DE BANGALORE OOÇ
Une voix haute et rude, mêlée à des bruits de pas, se fit entendre du côté de la cour, si brusquement, que le brahmane, tiré de sa méditation, tressaillit et se hâta de toucher son front avec une bague d'herbes tressées qu'il avait au pouce, et tout bas il récita une formule d'exorcisme.
— Par Jupiter ! cette collation semblait exquise, et à peine ai-je goûté les vins que vous m'en arrachez, sans pitié pour les charmantes ladies que mon départ désespère ! Quel diable d'homme êtes-vous ? A-t-on jamais vu s'occuper d'affaires au moment même de ses noces ?
<• Et le gouverneur Saunders, gros, grand, rouge de visage, l'aspect vulgaire et lourd, mais plein d'énergie, entra dans le salon.
— On prend la fortune quand elle vient, répondait Clive, et il est toujours l'heure de servir sa patrie.
— Voilà une terrible rivale pour la délicieuse mistress Clive. Que va-t-elle en penser? Comment! ajouta-t-il en baissant la voix, lorsqu'il aperçut le brahmane, c'est pour contempler cette vieille momie au crâne pointu que vous m'avez fait quitter les beaux yeux de votre femme ?
Mais il reprit d'une voix plus sérieuse :
— Est-ce l'homme avec lequel vous avez depuis quelque temps une mystérieuse correspondance ?
— C'est lui, dit Clive, mais je le vois pour la première fois.
— Prenez la peine de vous asseoir, dit le gouverneur en s'approchant du brahmane.
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3lO LA CONQUÊTE DU PARADIS
Mais celui-ci, après que l'interprète lui eut traduit la phrase, ne bougea pas.
— Tu veux rester debout î A ton aise, grommela Saunders, en s'installant dans un fauteuil, sur lequel Clive s'appuya.
Le topase, en quelques mots rapides, fit comprendre à son maître, qu'au point de vue anglais, il se mettait dans une position subalterne en restant debout devant un homme assis. Alors, le brahmane, brusquement, se jeta dans un fauteuil.
— Singulier oiseau ! dit Saunders, qui regardait à travers le verre d'un lorgnon, qui est-ce î
— Il signait ses lettres « un ennemi des Français », dit Robert Clive, je ne sais rien de plus.
Le gouverneur demanda au brahmane :
— A qui avons-nous l'honneur de parler î
— Mon nom de Panch-Anan ne vous apprendra rien. Je suis un personnage de très haut rang, qui désire ne pas être complètement connu.
— Je le crois ministre de quelque rajah, dit Clive tout bas.
— Eh bien, qu'a-t-il de nouveau ? Il vous proposait, n'est-ce pas, de puissants moyens pour ruiner le prestige des Français dans le Dekan î
— Il parlait même d'un prétendant à opposer au Soubab que Dupleix soutient : le fils aine du vieux Nizam-el-Molouk, qui, par ses droits incontestables, réunirait beaucoup de partisans.
— Gazi-ed-din, le fils de Nizam, demande votre appui, dit le brahmane en tirant de sa ceinture un
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LA REINE DE BANGALORE 3ll
magnifique collier de diamants ; il vous prie d'accepter ce léger cadeau comme gage d'amitié. Le moment d'agir est venu.
— Ces diamants sont fort limpides, dit le gouverneur en jouant avec le collier ; mais je crois que nous ferons sagement de limiter notre lutte avec les Français au territoire du Karnatic ; il entoure nos possessions et l'intérêt de la compagnie est là. Le rival de Chanda-Saïb nous promet d'assez beaux avantages si nous le faisons triompher. Enrichir la compagnie vaut mieux, à mon avis, que de risquer de l'amoindrir par de lointaines et chanceuses expéditions.
— Enrichir la compagnie ! Est-ce là seulement votre but ? s'écria Robert Clive avec véhémence ; mais vous n'avez donc pas deviné l'immense ambition de Dupleix ? Il veut conquérir l'Inde à la France, et ses étonnants succès nous montrent assez que ce projet n'a rien de chimérique. Voulez-vous le laisser s'accomplir tranquillement, sous nos yeux î N'avez-vous pas comme moi, le désir cuisant d arracher cette conquête à la France pour la donner à l'Angleterre î
— Diable ! ce que vous me dites là mérite réflexion, mais sommes-nous en mesure d'attaquer le Soubab avec l'espoir de triompher ? Si l'incapacité de ce Law, qui commande l'armée du Karnatic, nous fait la partie belle, c'est autre chose dans le Dekan ; il faut reconnaître que ce Bussy est un homme hors ligne, et le roi a près de lui, un ministre prudent et sage, tout dévoué aux Français. Eh bien! brahmane, qu'as-tu à nous offrir pour renverser ce général et ce ministre î
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3l2 LA CONQUÊTE DU PARADIS
— Les dieux ne pouvaient permettre qu'un homme qui les avait servis les insultât et deshonorât sa caste en se faisant l'esclave d'un musulman, dit Panch- Anan ; le vizir Rugoonat-Dat a expié son crime, il est mort.
— Comment I mort ? C'est lui, dit-on, qui vient de remettre à BalladjiRao le traité de paix signé par Salabet-Çingh.
— Tandis qu'il retournait à Aurengabad, des soldats afghans, on ne sait sous quel prétexte, l'ont poignardé.
— Ah ! ah I et qui succède à ce vizir coupable que les dieux ont puni ?
— Le ver est dans le fruit, dit Panch-Anan ; le nouveau ministre est un homme à nous, qui, sur mon conseil, s'est glissé depuis quelque temps à la cour et par sa conduite habile s'est fait aimer et estimer.
— Voilà qui est parfait; mais que comptez-vous faire du général français ? Il n'est pas facile à renverser celui-là.
Le brahmane eut une expression de haine féroce :
— Celui-là, dit-il, c'est lui-même qui détruira son œuvre, et avant peu il disparaîtra, s'étant fait haïr, lui et sa nation.
— Un instant ! dit le gouverneur d'un air froid ; il est bien entendu que nous n'avons aucune part à ces assassinats ; nous les renierons absolument, prenezles sur vous seul.
— J'en réclame toute la gloire, dit Panch-Auan avec un mauvais sourire, lorsque la phrase lui fut traduite.
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LA REINE DE BANGALORE 3l3
— Eh bien, dites à votre prétendant... comment s'appelle -t-il ?
— Gazi-ed-din, dit Clive.
— Dites à Gazi-ed-din que nous consentons à avoir une entrevue avec lui, et à le seconder, s'il a vraiment des chances de succès.
Le brahmane se leva vivement comme s'il avait hâte de fuir cette demeure .
— Que ce soit bientôt, dit-il, je vous enverrai un messager dès que le futur Soubab aura votre réponse.
Et il s'éloigna sans saluer, la main sur ses amulettes.
— Bonsoir ! s'écria Saunders en éclatant de rire. Étrange personnage ! il ne serait pas bon, de l'avoir pour ennemi ! Mais, retournons vite là-bas, peut-être sera-t-on encore à table. Vous me permettrez d'attacher moi-même ce joli collier au cou de mistress Clive.
— Oh ! ce serait trop de bonté ! dit le jeune homme avec un geste de refus.
— Allons donc ! ce premier présent de notre nouvel allié vous revient de droit. La nation vous devra bien autre chose si, par impossible, vous alliez réaliser ce rêve merveilleux dont vous venez de m'éblouir : conquérir l'Inde ! rien que cela. Vous serez lord, pair d'Angleterre, tout ce que vous voudrez. Eh bien, laissez-moi, pour embellir encore vos noces, prophétiser que vous réussirez.
— Dieu vous entende ! dit gravement le jeune capitaine.
— Allons, venez, ajouta Saunders en riant, je boirai à lord Clive !
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