‹ La reine de Chypre, opéra en cinq actesChapitre 12 sur 43 · AIR · texte numérisé non relu

AIR

Le gondolier, dans sa pauvre nacelle, Retourne aux toits où le bonheur l'attend. La cloche sainte à l'église l'appelle.

Il va prier, il va dormir content.

Ah ! sous vos toits hospitaliers,

— i7 — Priez pour moi, bon godoliers.

Pour moi, qui n'ai plus d'espérance, Pins de bonheur et plus d'amour, Rêves heureux de mon enfance, Vous avez fui comme un beau jour!

Ah ! sous vos toits hospitaliers.

Priez pour moi, bon gondoliers.

(Avec désespoir.)

Et je perdrais mon bien suprême!

Et je perdrais celui que j'aime!

Je supporterais un tel sort!

Ah! quand je vois ma destinée Au malheur ici comdamnée, Que me reste-il?... la mort!

(Elle fait quelques pas vers la croisée donnant sur la canal, puis s'arrête tout-à-coup.) A ma douleur extrême.

Seigneur, pardonnez ce blasphème.

Mais, par pitié pour tant de maux, Retirez-moi des jours désormais sans repos.». Cherchons encor dans la prière A calmer ma douleur amère, Et que mon cœur quitte la terre Pour demander au roi des cieux, Dans l'oubli, dans le calme, un refuge pieux. (Elle va lentement s'agenouiller sur le prie-dieu, ouvre un livre d'heures et s'écrie :

Quevois-je? ô ciel ! dans ce saint livre, Un billet!... un éciit ! de Gérard !... Dans quel but? Au courage, à l'espoir, je renais, je me livre. Là, mon bonheur, ma perte ou mon salut! (Lisant.) « Lorsque vous entendrez au loin sur la lagune

« Chanter- un gondolier h l'heure de minuit,

« Pas de terreur, pas de crainte importune, u Ouvrez votre balcon doucement et sans bruit : « Je viendrai vous ravir a l'horrible infortune « Qui sépare deux cœurs que Dieu lui-même unit! » (Avec transport.)

Moi frémir, moi trembler, Quand la voix de Gérard à lui va m 'appeler? Gérard, la fille de Venise Est fidèle à la foi promise; Elle sait attendre et souffrir.

Elle sait aimer... et mourir!

CABALETTA.

Je vais le voir, lui mon bien, lui ma vie. De transport, de surprise, ah ! mon âme est ravie. Mon Dieu, soyez béni.

Vous permettez qu'ici Sa voix rende à mon cœur Le calme et le bonheur.

Cette douce espérance Vient calmer ma souffrance; En ce moment heureux S'ouvrent pour moi les cieux!

(Ecoutant.) N'entends-je pas, sur la vague tranquille, Glisser rapidement une barque docile?...

Est-ce l'instant qui va changer mon sort?... Non, non... tout est calme... tout dort! Mon Dieu ! veillez sur lui, etc.

(A ce moment on entend une voix appeler : Catarina ! Eile se retourne avec effroi, et se trouve auprès de Mocénigo qui sort de la chambre secrète.)

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