HISTORIQUE
Il semble qu’au xvi siècle la possibilité d’une réinfection syphilitique était généralement admise. Bartholomeo Maggi (1550), Vidius (1556) citent les cas d'une seconde syphilis.
Puis cette opinion s’est-elle conservée, ou a-t-elle peu à peu laissé place à la conviction contraire ?
Ceci s’expliquerait par la rareté des cas ou la complexité des accidents observés chez les syphilitiques.
En fait, c’est au xix* siècle que s’engagent des débats passionnés sur la question. Ricord, Fouruier, Leloir attaquent la thèse de la réinfection, tandis que Diday la défend.
Ricord ne disait-il pas : « Non plus que la diathèse, l’induration ne se répète pas » ; et parlant de réinfection il prétend «qu'il n'y en a pas un seul exemple probant dans la science ». Cependant son esprit se refuse à nier de parti pris et définitivement la possibilité d’une nouvelle infection quand il écrit : « La loi de l’immunité est-elle absolue ? Probablement non. On doit trouver pour la syphilis, quoique bien plus rarement, ce qu'on trouve pour
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la variole et pour la vaccine. La disposition acquise peut s’atténuer et finir par s’éteindre ; dans le premier cas, une nouvelle infection devenue possible produira des accidents constilutionnels modifiés ce qui expliquerait les affections syphiloïdes qu'ont admises quelques auteurs et qui seraient à la syphilis ce que la varioloïde est à la variole ; dans le second cas, une infection nouvelle donnera lieu à la reproduction d’accidents constitutionnels à forme et à successsion régulières. »
Fournier exprime la même conviction : « Il résulterait de là que l’organisme humain est susceptible de subir à courte échéance plusieurs inoculations successives du virus syphilitique, alors que la clinique et l'expérimentation s'accordent à nousle montrer réfractaire à ce virus après une contamination première, alors qu’il est d'expérience commune et de notion vulgaire que (sauf exceptions prodigieusement rares) la vérole ne se double jamais... »
«En réalité les cas de réinfection syphilitique restent à l’état de faits rigoureusement possibles, mais absolument exceptionnels. » Il croit fermement que les cas signalés de nouveau chancre chez un ancien syphilitique sont des erreurs de diagnostic clinique.
Pour lui, ce sont des syphilides tertiaires à base indurée, ce sont des gommes petites, ulcérées «& C'est avec cette gomme chancriforme qu'en constitue de toutes pièces les syphilis doublées, voir triplées sur le même sujet. » Il a créé un mot pour ne
pas accepter le chancre de réinfection, il appelle
€ pseudo-chancre induré de récidive » les lésions qu'il tient pour des syphilides papulo-érosives dont la base s’indure et qui cliniquement offrent toutes les apparences d'un chancre primitif.
Leloir emploie le mot de syphilome chancriforme : « la distinction est tellement difficile, que le pseudochancre a donné lieu à bien des interprétations dont la théorie des réinfections n’est pas la moindre ».
Thibierge, dans le Traité de Médecine, Charcot- Bouchard (t. II, page 238), écrit : « Comme un certain nombre de maladies spécifiques, l'infection syphilitique confère l'immunité contre toute nouvelle atteinte de la maladie. »
La thèse de l’immunité ne pouvait que triompher avec des champions de la valeur et du poids de Ricord Fournier. Elle fut admise sans conteste pendant un certain temps, en France tout au moins, par les médecins en général et fut ancrée profondément dans l'opinion publique. L’avarié se disait en guise de consolation et souvent avec quelque crânerie déplacée : au moins je ne crains plus de lPattraper.
L'avènement de la réaction de Bordet-Wasseriwann et de la médication arsénicale remit la question à l’ordre du jour, dans l'espoir de prouver surtout que l’on guérissait la syphilis. La réinfection étant tenue par beaucoup comme preuve de guérison
Les docteurs : Queyrat, Marcel Pinard, Carle (de Lyon), Thibierge, Lacapère et beaucoup d’autres en France militent en faveur de la réinfection. Smith en Angleterre, Lagage en Belgique, Sainz de Aja, J. de
Azua, Covisa en Espagne, Spagallo en Italie, Gennerich, Benario, Lesser et bon nombre d’autres en Allemagne.
D'ailleurs le courant nouveau est si fort qui entraîne les esprits à voir trop fréquemment la réinfection ; que beaucoup de cas doivent être rejetés après un examen serré, ce à quoi s'emploient Cassar, Ravaut, etc.
Et l’on en est arrivé maintenant à voir la réinfection possible, assez fréquente même, mais ne pouvant être considérée comme inattaquable que pour les cas dont l'observation s’étaie de données rigoureuse-
ment scientifiques.