LES CARACTÈRES DE L'ÉVOLUTION RELIGIEUSE
chacun. Mais, dans l'individu même où elle se détermine ainsi, elle suit la môme progression, toujours susceptible de se réaliser plus encore, comme elle tend, semble-t-il, à se réaliser de mieux en mieux dans l'humanité. C'est, en effet, peu à peu que chaque homme acquiert le degré moyen de conscience intellectuelle et morale, d'autonomie spirituelle, (jui constitue son caractère personnel, et qu'il réalise sa propre liberté. Car cette liberté n'est pas la faculté abstraite du choix entre les divers objets qui s'offrent au désir ou à l'action, mais la libération intérieure, l'affranchissement progressif de la volonté qui devient de plus en plus maîtresse d'elle-même et des appétits naturels, en même temps que l'intelligence est mieux avertie des différentes formes et valeurs de l'intérêt humain. Même chez les mieux doués, l'esprit, le sentiment, le goût, la volonté ne se forment pas en un jour. Ainsi en a-t-il été, ainsi en est-il dans les sociétés pour le développement de la culture intellectuelle et morale, de l'industrie et de l'art.
L'évolution humaine est comme un flux perpétuel dont l'effort positif et la direction, non exempte de relâches, ni de défaillances, ni d'égarements, ni de faillites innombrables, tant dans les sociétés que dans les individus, tendent à une réalisation plus grande de conscience claire et libre dans un ordre plus parfait. La loi de cette évolution n'est ni l'asservissement, la subordination totale de l'individu
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à la société, car c'est une loi de liberté, et l'essor de la liberté est caractéristique du progrès humain ; ni l'anarchie, l'émancipation totale de l'individu à l'égard de la société, car c'est une loi de dévouement, et finalement la liberté apparaît comme la condition d'un meilleur service rendu par chacun de ses membres à la société, à l'humanité. Le progrès humain ne délie pas l'homme de son devoir envers l'humanité ; il ne fait, au contraire, que rendre ce devoir plus présent à son esprit, à son cœur, à sa volonté, le lui montrant avec plus d'évidence, le lui faisant sentir plus intimement et plus délicatement, le rendant plus apte à s'y porter de lui-même par un libre mouvement de son action. 11 a transformé en vieux mythe le droit divin des pontifes et des rois ; mais il commence aussi bien à dénoncer que le droit divin de l'individu, son autonomie absolue, est un autre mythe. 11 a découvert que la liberté est la condition du progrès ; il est en train de découvrir qu'il n'est liberté vraie que dans la soumission à une loi supérieure. Il n'a élevé l'individu à la liberté que pour être par lui mieux servi. 11 n'a pas libéré, il ne pouvait pas libérer l'homme de son devoir envers l'humanité ; il a, au contraire, approfondi le devoir et rendu l'homme plus capable de s'en mieux acquitter. L'humanité grandissante réclame davantage de ceux à qui elle a plus donné. Elle les a rendus plus libres pour qu'ils soient meilleurs et plus dévoués. Son service
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ne connaît pas d'exemptions ni de catégories privilégiées. La parole de l'Évangile (1) y a son application, le plus grand n'étant qu'un serviteur plus obligé que les autres envers la communauté, et nul n'ayant le droit d'être inutile.
Au premier rang des facteurs intimes de ce progrès humain il faut mettre la foi. Ce mot est, bien à tort, quelque peu discrédité parmi nous, — au détriment de la chose, — parce que certains en ont abusé pour signifier la profession obligatoire de telles croyances déterminées qui seraient éternellement vraies et pratiquement nécessaires au bien de tous, au salut des hommes et de l'humanité. A prendre tels que nous les connaissons le monde, l'homme et l'histoire, il ne semble pas que des croyances ainsi caractérisées existent ni qu'elles puissent môme exister : révélées d'en haut, — comme si jamais l'humanité avait connu semblable révélation ; — depuis le commencement, — comme si l'on pouvait dater le commenrement de l'humanité, et que ces débuts fussent