PRÉTENDUE DISETTE D'ÉGLISES
Il faut dire après cela que ces mêmes sociétés tiennent souveiît un langage qui est de nature à induire en erreur des étrangers. Leurs besoins assurément sont assez considérables pour jusiificr les appels chaleureux qu'elles adressent au peuple chrétien ; mais on ne doit pas oublier cependant que leur langage n'est qu'hypothétique. Oui, sans doute que, si l'on ne pourvoit pas à ces besoins, il y a danger imminent de voir l'irréligion couvrir le pays, et le roraanismc faire d'abondantes récoltes; mais ces appels ont précisément pour effet de détourner le danger.
Il faut dire enfin que les agents de nos sociétés de missions à l'intérieur n'ont pas peu contribuéà répandre, sans le vouloir, des idées plus ou moins erronées :< sur la détresse morale du pays. » Lorsque ces sociétés se formèrent, il y a dix ou quinze ans, les missionnaires à l'ouest trouvèrent effectivement beaucoup de districts et des comtés tout entiers dans un dénùment déplorable. Leurs rapports peignaient sous les couleurs les plus sombres l'étal de ces troupeaux errant sans pasteurs dans ce «désert moral. » Ils se croyaient seuls comme le prophète Elie ; et ils ne pensaient pas aux ministres d'autres communions qui exerçaient leur ministère dans ces mômes contrées, non pas, il est vrai, en qualité de pasteurs à poste fixe, mais comme prédicateurs itinérants. Aussi les Égiises méthodistes et baptistes qui fournissaient ces prédicateurs , se hâtèrent-elles de réclamer contre des assertions un peu précipitées ; et dès lors on a soin de tenir compte, comme on le doit, de leurs utiles travaux. Souvent aussi des hommes bien intentionnés, s'abandonnant à la peiîie que leur font éprouver des vides tiès-réels, se laissent aisément aller à les exagérer ; et s'ils confient aux jom'naux leur tristesse, on conçoit que des étrangers se trompent sur la situation vériuible. Il n'y a pas quinze jours que je lisais, dans un de nos m.eilleurs journaux religieux, une communication d'un ministre de l'Est qui venait de traverser la Pensylvanie. Il disait n'avoir vu d'églises que dans un très-petit nombre de villes et de villages, sur toute la route si peuplée de Philadel-