CHAP. XV. LES PREM. COL. — PIÉMONTAIS
du nord de l'Italie et du midi de la France qui se conservèrent pures durant une longue apostasie, et dont nous avons un beau symbole dans le buisson de Sinaï que la flamme enveloppait sans le consumer.
Les Vaudois, ayant appris dans leurs montagnes le mouvement prodigieux que la réforme occasionnait en Allemagne et en France, députèrent quelques-uns des leurs à Genève pour s'informer de Calvin quelles étaient ses vues et celles de Luther, et pour savoir ce qu'il fallait penser de ces doctrines qui bouleversaient le monde. Quelle ne fut pas leur joie de découvrir que la foi des réformateurs était la foi même qu'ils professaient dans leurs vallées, et avec quel empressement ne se mirent-ils pas en relations avec des hommes qui rejetaient le joug de la Babylone mystique, de cette Rome ivre du sang des martyrs, et depuis tant de siècles l'ennemie déclarée de leur foi !
On sait comment la persécution qui pesa sur toutes les églises protestantes sévit avec une violence particulière contre ces malheureux Vaudois du Piémont. Ni leurs profondes retraites, ni leur petit nombre ne les purent protéger. Il y fallut la voix puissante de Cromwel, que l'empereur même n'osait mépriser; et à cette voix se joignit celle du plus grand poète de l'Angleterre, qui ne mit pas moins d'intérêt à ramener aux sentiments de l'humanité un prince persécuteur, qu'à célébrer l'éternelle Providence de Dieu et à justifier ses voies envers les hommes! Les monuments de la bienfaisance britannique subsistent encore dans les vallées. Mais avant que le gouvernement an-
glais les eût prises sous sa protection, plusieurs de leurs habitants avaient fui l'intolérance dont ils étaient les victimes. Il leur l'allait un asile, et ce fut la ville d'Amsterdam qui le leur procura, en les faisant transporter gratuitement sur les côtes d'Amérique. Quelques centaines d'émigrants, profitant de cette facilité, trouvèrent au milieu de nous l'accueil le plus cordial. '