INFLUENCE DE L'UNION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT EN AMÉRIQUE
1° Nouvelle-Angleterre.
Avant tout, j'avertis mes lecteurs que je ne me propose point de discuter les avantages et les inconvénients de l'union de l'Eglise et de l'Etat en thèse générale ; je veux simplement faire connaître les résultats, bons et mauvais, de cette union en Amérique, I. 14
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telle flii'ellc y exista sous diverses formes, soit au nord, soit au sud. Je laisse donc entièrement de cAté la question de savoir ce qu'elle pourrait 6lre en d'autres circonslances, réelles ou hypothétiques.
Relativement à la Nouvelle-Angleterre, il est incontestable que l'union eut pour avantage d'assurer de bonne heure aux colonies la prédication de l'Evangile. La loi voulait que tout le pays occupé se divisât en paroisses officiellement circonscrites. Aussitôt que cette circonscription territoriale renfermait un certain nombre de familles, les magistrats de la localité convoquaient une assemblée où les colons prenaient des mesures pour l'établissement du culte public. Cette assemblée votait les dépenses de construction des temples et de salaires des pasteurs, et l'on y pourvoyait au moyen d'un impôt qu'on levait sur les ressortissants de la paroisse, ou par capitation, ou suivant la valeur des propriétés.
On voit donc que c'était à la paroisse elle-même de décider quel genre d'édifice on construirait et le taux du traitement que recevrait le pasteur. Et comme le peuple choisissait lui-même ses ministres sans que les autorités civiles eussent aucune part à la nomination, la Nouvelle-Angleterre ignorait les inconvénients du patronage. Il est cependant à observer que l'Etat intervenait, sous une certaine forme, dans l'élection des pasteurs; car voici la marche qu'on suivait invariablement. Vocation était adressée au pasteur par l'Eglise, c'est-à-dire, parle corps des fidèles, et l'on entendait sous ce nom ceux qui étaient membres actifs de la
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congrégation, les communiants; puis celte vocation devait être confirmée par la commune ou paroisse, c'est-à-dire, par les hommes de la localité qui jouissaient des droits politiques. Dans ce système tout démocratique, on avait eu à cœur de respecter les droits de chacun. C'est ainsi que les choses se passèrent durant plus de .cent cinquante ans dans le Massachusets, et , si je ne me trompe, dans les autres Etats de la Nouvelle-Angleterre où le pouvoir civil se mêlait des affjfiires de l'Eglise.
Par l'effet de telles lois, il faut en convenir, l'établissement d'un culte public suivit pas à pas les progrès de la population, lors du moins que celle-ci devenait assez considérable sur un point donné ; les salaires des ministres de l'Evangile furent aussi plus assurés et probablement plus élevés qu'ils ne l'eussent été dans une organisation différente. Il est permis toutefois de se demander si les puritains de la Nouvelle- Angleterre, avec l'esprit qui les animait et qui les poussa vers le Nouveau-Monde, n'eussent pas d'euxmêmes, et par le système âiivolontaire, obtenu des résultats tout aussi avantageux. Quoi qu'il en soit, j'accorde encore une fois de bon cœur qu'il y eut dans ce mode de vivre quelque chose de bienfaisant. Jamais à coup sûr la loi ne pourvut aux frais du culte d'une manière plus populaire et plus à l'abri de la critique. Je parle de la loi telle qu'elle exista d'abord , et qu'elle fonctionna durant un temps assez long.
J'ai fait observer précédemment que, dans le Massachusels et à New-Haveii, si ce n'est même dans tout
le Connecticut, l'on n'accorda l'exercice des droils politiques qu'aux membres des églises. Ce n'était pas, je l'ai déjà dit, avec la pensée de soutenir de la sorte les intérêts de la religion ; les auteurs de celte loi connaissaient trop bien la nature du cœur humain. Leur but essentiel avait été de ne confier le pouvoir qu'à des hommes dont ils fussent sûrs. Comme on s'est beaucoup récrié contre leur intolérance, parla raison sans doute qu'on ignorait les difficultés de leur position, il me sera permis, je pense, de les justifier. Ils avaient traversé les mers et fondé une colonie dans ces déserts pour s'assurer, à eux et à leurs enfants, la liberté de conscience et pour servir Dieu par un culte purifié de toute superstition. D'accord sur les sujets religieux et sur d'autres points importants, ils se crurent en droit de fonder leur colonie sur la base d'une foi commune et d'un même culte, et il serait certainement difficile de prouver qu'ils n'avaient pas ce droit. Craignant toute intervention de la part de l'Angleterre, alarmés à la seule pensée que des partisans del'épiscopat ne vinssent renverser leurs établissements civils et religieux, ils s'efforcèrent de creuser un abîme entre eux et les personnes qui n'auraient aucune sympathie pour leurs opinions. Ils atteignirent certainement leur but. Non-seulement ils placèrent leurs institutions hors des atteintes de Charles I" et de l'archevêque Laud, * mais encore ils éloignèrent d'eux
* 11 est avéré que Winthrop et les siens eurent à peine passé trois années dans le Massachusets , que le roi Charles commença de
grand nombre d'hommes turbulents qui, désespérant d'y déployer leur coupable activité, les quittèrent bientôt pour retourner en Angleterre, ou pour gagner quelque autre colonie.
Voilà ce que je considère comme les plus grands avantages que le Massachusets et quelques autres provinces de la Nouvelle-Angleterre aient recueillis de l'union de l'Etat et de l'Eglise, avantages qui n'étaient pas de faible valeur dans les circonstances des colons. Mais il reste à voir si le mal ne surpassa pas le bien.
La confusion du civil et du religieux provoqua nécessairement des mesures qui froissèrent bien des consciences et qui eurent pour effet de véritables persécutions. Un des premiers événements de cette nature se passade l'an 1633 à 1635, et il ébranla dans sa base la colonie naissante. Il s'agit du célèbre Roger Williams. Après avoir étudié le droit, cet homme reregretter la charte qu'il leur avait octroyée. Les succès des puritains en Amérique éveillèrent la jalousie de Laud, de tout le haut clergé et de ses partisans. Il y eut comme une grande conspiration contre le repos et l'existence même de la Nouvelle-Angleterre. L'archevêque avait plein pouvoir, en politique aussi bien qu'en religion. Jamais les colonies ne coururent des dangers plus réels ; aussi déployèrent-elles à cette occasion beaucoup d'énergie. Sans se borner à des remontrances , les colons se mirent à recueillir de l'argent pour fortifier la ville de Boston ; et Ton comprend combien il fut utile à cette province de n'avoir, dans la magistrature, que des hommes sur lesquels on pouvait compter. Malgré tout cela, elles eussent sans doute fini par succomber, sans les événements dont la métropole devint le théâtre. — Pour plus de détails, voir Winthrop, Savage, Hubbart, Hutchinson, llazzard, et surtout Bancroft, vol. I, p. 408-414.
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inarquable prit les ordres dans l'ùglise anglicane, punélrc qu'il était de sa vocation au saint ministère. Mais comniu on eut à lui reprocher une tendance au puritanisme, son évoque le destitua, et, l'an 1631, la ville de Boston le vit arriver dans ses murs.
Instruit par les persécutions mômes qu'il avait essuyées en Angleterre, Roger Williams avait dirigé ses pensées sur les limites que le législateur doit s'imposer dans le gouvernement de la société. Il avait compris que la loi n'a pas à gérer le domaine de la conscience, et il ne put que blâmer la marche qu'on se mettait à suivre en Amérique. A ses yeux, l'intolérance était un péché; et l'intervention du pouvoir civil en matière spirituelle, tout ce qu'on pouvait imaginer de plus contraire à la doctrine de Jésus- Christ. Exiger au nom de la loi la fréquentation du culte public! Mais, s'écriait Williams, c'est imposer l'hypocrisie ! Il ne trouvait pas moins étrange que l'on exigeât l'impôt du culte, de la part d'hommes qui pouvaient désapprouver en conscience le culte entretenu par les deniers de tous. « Quoi, disaient ses antagonistes, l'ouvrier n'esl-il pas digne de son salaire?» « Oui, répliquait Williams, mais ce salaire doit lui être payé par ceux qui l'emploient. » « Et puis, ajoutait-il, vous ne voulez choisir vos magistrats que parmi les membres de l'Eglise ! Autant vaudrait-il décider que, pour être médecin ou pilote^ il faut savoir la théologie.» * Après de vives contestations, on finit
' Bancrofl's History, etc., \).'m).
par le chasser de la colonie. Ce fut alors qu'épousant les doctrines baplistes et s'étant retiré dans la baie de Narraganselts, il fonda, comme je l'ai dit ailleurs, l'établissement devenu plus tard l'Etat de Rhode- Island, province qui, dès sou origine, ne cessa d'être le séjour de la liberté religieuse.
La seconde affaire de ce genre eut lieu en 1657, et se termina par l'expulsion de Wheehvriglh , d'Anne Hutchinson et d'Aspinwall. Ces personnages avaient sans doute, sur divers points, des idées extravagantes. Toujours est-il que, si l'on n'eût employé contre eux d'autres armes que celles de la vérité, ils eussent pu vivre dans la colonie sans lui porter aucun préjudice.
L'histoire du Massachusets nous offre d'un bout à l'autre un pareil spectacle. « Par cela même que la loi sanctionnait certaine forme d'église, tout acte irréligieux était réputé délit civil. On envisageait l'Etat comme le royaume de Christ sur la terre; la révolte contre le gouvernement, comme une révolte contre Christ: et réciproquement, tout ce qu'un juri baptisait du nom de blasphème était considéré comme le plus grand crime social qui se pût commettre. Quelqu'un avait-il nié qu'un livre de l'Ancien ou du Nouveau-Testament appartînt à la Parole infaillible de Dieu, on le punissait d'une amende, ou on le faisait fouetter, et s'il s'obstinait, on le condamnait au bannissemenl ou à la mort. » En somme, tout allait de manière que, par le fait même de l'union de l'Etat et de l'Eglise, les droits et les principes constitutifs de l'un et de l'autre se perdaient rapidement.
Pour citer encore quelques faits, ce fut avec une extrême sévérité qu'à diverses reprises on traita les anabaptistes. Quand les quakers firent, en 1651, la tentative de s'établir dans la colonie, ils furent expulsés et menacés de l'échafaud s'ils se représentaient. Quatre d'entre eux, ayant méprisé la menace, payèrent de leur vie cette témérité.
Il faut bien dire que les quakers n'étaient pas alors ce qu'ils sont de nos jours. Il n'y avait rien de plus fanatiques, ni de plus scandaleux que leurs actes. Ils se plaisaient à insulter les magistrats et à troubler le culte public parleurs clameurs. Les femmes, oubliant toute décence et osant même s'autoriser d'une sorte d'inspiration divine, se barbouillaient le visage et couraient dans les rues, dépouillées de leurs vêtements. Il n'y avait pas moyen sans doute de tolérer de semblables désordres; mais la punition eût pu être moins cruelle, et surtout on n'aurait pas dû la motiver sur l'hérésie des délinquants.*
^ En 1657, on prononça contre les quakers la peine de la mutilation, qui consistait à leur percer la langue avec un fer rouge, et à leur couper les oreilles. Mais bientôt la colonie, honteuse d'une telle législation , l'effaça de ses statuts. Toujours est-il , comme le remarque Bancroft, vol. 1, p. 451, que «l'existence d'une église nationale exclusive développa chez les congrégationalistes du Massachusets les passions mêmes qui avaient déshonoré leurs persécuteurs, et qu'ils se chargèrent ainsi d'excuser, en quelque sorte, ce Laud qui les avait si horriblement traités. »
Toutefois, il est juste, avant de prononcer un arrêt de condamnation contre ces puritains, de considérer les circonstances atténuantes, et ainsi de se rappeler ce qui se passait dans ce même temps en Angleterre. Là, un avocat, William PryDne, esq., avait
Quarante ans plus tard on mit à mort vingt personnes pour fait de sorcellerie.* Or, quelle que fût
attaqué le théâtre. Au moyen du système des interprétations, on prétendit que son écrit était un libelle contre la reine. Pour peine , il fut chassé de l'ordre des avocats, et condamné à perdre les deux oreilles, à être mis au pilori, à paver 5,000 livres st. d'amende, et à subir une prison perpétuelle. Le D' Bastwick, médecin, se vit interdire sa profession, excommunier, muleter d'une amende de 1,000 livres st., et emprisonner jusqu'à ce qu'il abjurât ses erreurs : il avait nié que l'autorité des évêques fût supérieure à celle des anciens ou prêtres. Et le D-^ Alexandre, Leighton , théologien écossais, père du célèbre archevêque, qui fut, en 1630, si je ne me trompe, condamné à 10,000 livres st. d'amende, à subir le pilori, à avoir une de ses oreilles coupée, et une de ses narines déchirée, puis à être conduit quelques jours en prison; après quoi il devait être remis au pilori pour y recevoir le fouet, y avoir son autre oreille coupée et son autre narine déchirée, et, dans cet état, se voir rejeter dans une prison pour le reste de ses jours ! Ce sont là des faits incontestables. Et que n'aurais-je pas à dire des massacres dont furent victimes les protestants de France, de Belgique, de Bohême et de Moravie ; pour ne pas parler des scènes de sang qui effrayèrent l'Ecosse au temps des Stuarts? Véritablement, la liberté religieuse n'était guère comprise à cette époque ! L'est-elle beaucoup mieux de nos jours, dans la plupart des contrées de r Ancien-Monde?
Je dois ajouter que les magistrats du Massachusets prétendaient bien ne pas mettre à mort les quakers et les antinomiens à cause de leurs erreurs , mais parce qu'ils violaient les lois de l'Etat. Pauvre excuse ! Elle avait toutefois quelque réalité ; et c'est ainsi , du plus au moins, partout où l'Etat se fait protecteur de l'Eglise. Les partisans de l'inquisition elle-même 1 ont souvent défendue par cette considération. C'est dans la violation de la loi qu'est tout le crime ; mais dans la violation d'une loi qui ne devrait pas exister.
1 II est juste de voir ici un effet naturel de l'espèce de théocratie qu'on avait voulu fonder, en se modelant sur les institutions ci-
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alors l'opinion régnante sur la réalité des arts magiques, il est évident que ni ces condamnations, ni celles qui eurent pour victimes les quakers, ou les anabaptistes, ou les antinoniens Weelwright et les autres, ou enfin le respectable Roger Williams, n'auraient pu ôlre prononcées si la loi ne fût malheureusement intervenue dans les questions religieuses, ou, en d'autres termes, si l'Eglise n'eût été unie à l'Etat. Tout le mal provint plus ou moins directement de l'ordonnance qui contraignait à suivre le culte public de la colonie.
Mais les effets que produisit une autre loi religieuse non moins fondamentale furent, bien plus fâcheux encore. Je veux parler de celle qui bornait la jouissance des droits politiques aux seuls membres de l'église officielle. Les conséquences ne s'en firent pas longtemps attendre.
Non-seulement la colonie admit dans son sein beaucoup de gens que l'Eglise ne put recevoir au nombre des communiants, mais encore (et les dignes fondateurs de ces provinces semblaient ne l'avoir pas prévu ) les enfants ne marchèrent pas tous sur les traces de leurs aïeux. Il en fut qui vieillirent sans donner aucun signe de conversion et qui, par conséquent, ne participaient point à la Sainte-Cène. Car les églises de la Nouvelle-Angleterre avaient conservé la
viles de la république des Hébreux. Mais n'y avait-il, en ce temps, que la Nouvelle-Angleterre où l'on mît à mort les sorciers? Que le lecteur s'en informe, et il verra ce qu'il en était.
discipline stricte en vertu de laquelle on ne reçoit à la communion que ceux qui paraissent réellement convertis et qui ont une instruction religieuse suffisante. Or, les individus qui ne pouvaient satisfaire à ces conditions, trouvèrent naturellement fort dur de se voir privés des droits du citoyen, bien qu'il n'y eût rien à dire contre leur moralité. Leurs plaintes, toujours plus vives, ne parurent point déraisonnables, et leurs pères, eussent-ils été des Brutus, devaient finir par s'en laisser toucher.
Quelle fut alors la détermination que prirent les législateurs de la colonie, après avoir consulté leurs guides spirituels? Au lieu de rapporter la loi, ils décidèrent qu'on envisagerait comme membres de l'église tous ceux qui y avaient reçu le baptême. C'est ainsi qu'ils firent un nouvel empiétement sur le terrain religieux, et que, pouvoir civil, ils réformèrent une des antiques lois de l'Eglise. Car, s'il est vrai que les enfants soient, par leur baptême, membres de la société chrétienne, ils ne lui appartiennent toutefois qu'en qualité de pupilles, et l'on ne saurait les mettre sur la même ligne que ceux qui, venant plus tard à se convertir, font une profession explicite de leur foi. Pour sauver les apparences, il fut exprimé dans la loi qu'il ne suffirait pas absolument d'avoir été baptisé, mais qu'il faudrait être d'une bonne conduite et avoir ratifié le vœu ou l'alliance du baptême [covenani], cette ratification d'ailleurs n'emportant pas de droit l'admission à la Cène du Seigneur.
La loi dont je viens de reproduire les dispositions
essentielles fut, par ses conséquences, moins funeste à l'Etat qu'à la religion. Les églises se remplirent de gens qui avaient «ratifié l'alliance,» mais, avec le temps, on vit diminuer le nombre des communiants. Beaucoup de gens se contentèrent du minimum religieux que la loi requérait. Le mal ne s'arrêta pas là. Pour rétablir une sorte d'équilibre entre le nombre des communiants et celui des membres de l'Eglise, bien des pasteurs se mirent à envisager la Cène comme un simple moyen de grâce, ni plus ni moins que la prédication de la Parole. En sorte qu'ils y admirent sans scrupule tous ceux qui manifestaient quelques bonnes dispositions, espérant que leur conversion pourrait s'effectuer par cet acte même, et pensant qu'il y avaitlà tout au moins de l'édification pour les fidèles. Or, je ne puis m'empêcher de voir, dans ce principe, une erreur vraiment dangereuse.
Ainsi, tandis que la loi remplissait l'Eglise de gens qui se bornaient à ratifier l'alliance, les mesures auxquelles cette même loi conduisit les pasteurs encombrèrent la Sainte-Table de communiants non convertis. Au bout de quelques générations,il y eut un déclin marqué dans TEtat religieux des églises et de la colonie tout entière. Le personnel des pasteurs ne put que s'en ressentir. Il fallait toujours pour leur élection le concours des citoyens de la paroisse et des communiants ; mais ceux-ci ne servaient plus de contrepoids à l'influence du corps politique. On conçoit comment la porte s'ouvrit de cette manière aux fausses doctrines, et cela d'autant plus aisément que cha-
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que église était indépendante de toutes les autres.* La troisième loi par laquelle les colons avaient réglé l'union de l'Etat et de l'Eglise, était celle qui enjoignait à chaque ville ou paroisse d'entretenir le culte public au moyen de contributions levées sur tous les habitants. Rien de mieux en apparence, aussi longtemps que la colonie ne se composa que de membres des églises établies, ou d'amis francs de leurs doctrines et de leur système ecclésiastique ; mais lorsque certaines paroisses finirent par compter bon nombre de personnes hostiles au culte reçu , ou inditîérentes à toute religion, il est clair que cette loi dut leur paraître onéreuse et injuste. De là surgirent de sérieuses difficultés; difficultés qui ne firent que s'accroître lorsque; par un vrai progrès, la législation
' Ceci n'est pas autre chose, en dernière analyse , que l'histoire de tous les Etats protestants. Partout on a voulu que les citoyens donnassent à l'Etat des garanties, en se joignant au culte établi; et partout il a fallu que l'Eglise se relâchât dans sa discipline. On put croire, au premier moment, que ce que l'Etat exigeait dans son intérêt tournerait au profit de la religion ; mais l'expérience a démontré le contraire. L'Eglise s'imaginait peut-être qu'elle imposait sa loi à l'Etat, et c'est elle , au contraire, qui se mettait ainsi sous le joug du pouvoir civil. — Au fait, l'union de l'Etat et de l'Eglise ne peut jamais exister sur le pied d'une égale réciprocité. Toujours l'un des deux dominera l'autre ; non pas sur tous les points à la fois, j'en conviens ; ici l'Eglise a le dessus, là c'est l'Etat ; peu importe en faveur de qui, somme toute, la balance incline; le problème impossible à résoudre, c'est d'équilibrer le pouvoir entre ces deux autorités. La raison en est, si je ne me trompe, que l'une et l'autre sont souveraines, chacune dans la sphère qui lui a été assignée de Dieu. {Trad.)
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étendit h tout le monde les droits de cité et toléra tous les cultes cliréliens. F! fut impossible d'admettre plus longtemps que des citoyens feraient à la fois les frais de leur culte et ceux d'un culte paroissial qu'ils ne fréquentaient pas.
Alors vint une loi qui, n'exemptant personne des contributions destinées au maintien de la religion, autorisait chaque citoyen à faire au culte de son choix l'application de sa cote d'impôt. Quelque belle que cette mesure paraisse, il n'y en eut pas de plus funeste au vrai christianisme. Les ennemis de l'Evangile, voulant avoir une religion à leur gré, se formèrent en églises ou plutôt en sociétés universalisles * et unitaires. Obligés de payer un impôt, ce fut à entretenir de faux docteurs qu'ils l'employèrent; tandis que, s'ils eussent été complètement libres, jamais ils n'eussent réalisé rien de pareil. Impossible de décrire tout le mal que ce déplorable système a causé dans le Connecticut, au Maine, je crois aussi dans le New- Hampshire, mais surtout au Massachusets !
Il ne fallait plus qu'un pas pour consommer la ruine des églises, et ce pas se fit. Il y a vingt ou vingt-cinq ans que la cour suprême du Massachusets déclara légalement abolie l'ancienne distinction qui existait entre l'église et la paroisse; en sorte que le corps entier des contribuables, sans aucune espèce de contre-
' J'entends par universalisles ceux qui, se donnant pour chrétiens, et au milieu d'ailleurs de bien des différences, sont d'accord à croire que tous les hommes seront finalement sauvés. J'aurai à revenir plus tard sur ce qui les concerne.
poids, eut à prononcer sur les questions les plus vitales de l'ordre religieux. Lorsqu'un pasteur évangélique déplaisait, ou supprimait son salaire et l'on appelait à sa place un universaliste ou un socinien. * D'où il résulta que la majorité de l'église réelle se vit souvent obligée d'abandonner le temple oîi ses pères avaient rendu leur cuUe au Seigneur, de se bâtir autre part une maison de prière et d'entretenir l'ancien culte par leurs contributions volontaires, tandis que la nouvelle doctrine recevait seule la protection et les subsides de l'Etat. On ne sait vraiment où le mal se serait arrêté, si l'union n'eût été finalement abolie dans le Massachusets, l'an 1833.
Plus tard, je ferai le récit de cet événement, et j'abandonne d'ailleurs ce qui précède aux réflexions de mes lecteurs.