‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 84 sur 185 · EFFETS DE LA REVOLUTION D AMERIQUE SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA REVOLUTION D AMERIQUE SUR LA RELIGION

Les vingt-cinq premières années de l'existence nationale des Etats-Unis furent une longue crise où la religion courut les plus grands dangers. D'abord 'vint la guerre de l'indépendance, qui , à la lettre, absorba tous les esprits. Ce n'était pas un léger embarras, en effet, pour un peuple alors si peu nombreux, répandu sur un vaste territoire, divisé en treize colonies isolées les unes des autres, ou peu s'en fallait, sans trésor public, sans gouvernement central, uni parle seul lien d'un même patriotisme! A la guerre succéda l'épuisement; et cependant il fallait que cette jeune nation , maintenant détachée de la mère-patrie, vécût de sa vie propre, et qu'au sein d'inquiétudes et d'agitations de I. 16

toute espèce, le gouvernement de chaque Etat et celui du pays se donnassent leur organisation. A peine le pouvoir central est-il constitué et les Etats commencent-ils l'apprentissage du système fédèratif , que la révolution française éclate comme un volcan et menace d'envelopper l'Amérique dans sa lave brûlante. Pour défendre l'honneur de leur république, ou plutôt son existence, les Etals-Unis durent enfin déclarer la guerre à la France , et ce ne fut qu'à l'avènement de Bonaparte au consulat qu'un traité de paix vint assurer, pour le dehors du moins, quelque repos à nos contrées.

De ces vingt-cinq années, les huit premières surtout furent vraiment funestes aux églises de toutes les communions. Sans parler des préoccupations générales qui détournaient si fort la pensée des intérêts de l'éternité, l'on vit les jeunes hommes s'éloigner du toit paternel et de la maison de Dieu pour vivre dans l'atmosphère démoralisante des camps ; en quelques lieux des congrégations entièrement dispersées, des églises brûlées ou converties en casernes et en hôpitaux, plus d'un pasteur massacré , l'activité pastorale interrompue, les travaux d'évangélisation généralement suspendus, les collèges et les séminaires fermés faute d'étudiants et de professeurs; on vit enfin la morale publique s'altérer à maints égards et par des causes de tout genre. Le christianisme est une religion de paix; les orages de la guerre flétrissent et jettent au loin les feuilles de l'arbre que le Seigneur a planté pour la guérison des peuples.

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Qu'il me soit permis de transcrire ici un fragment d'une lettre écrite à cette époque par un digne ecclésiastique allemand. * C'est une lecture qu'on ne saurait faire sans demander à Dieu qu'il écarte tout ce qui pourrait troubler la paix actuelle des nations.

«r Dans le pays entier ce sont d'immenses préparatifs de guerre, et presque tout le monde est soldat. Impossible de décrire l'ardeur générale. Si l'on met cent hommes en réquisition, il s'en présente aussitôt le double, et ceux qu'on refuse se retirent la douleur dans l'âme. L'histoire n'offre point de spectacle pareil. Des districts qu'on aurait pu croire ne devoir s'ébranler qu'au bout de quelques années, ont couru aux armes dès qu'ils ont connu les résultats de la bataille de Lexington. Les quakers eux-mêmes et les mennonites, oubliant les principes de leur secte, font l'exercice militaire. A toute heure on entend le tocsin dans les rues. Cette agitation, hélas! n'est pas médiocrement nuisible à la piété. Nous sommes toujours sur le qui-vive, courant après les nouvelles , comme les Athéniens de jadis; et au milieu des bruits divers qui circulent, que de cœurs qui se ferment à la douce voix de la Parole de Dieu ! Le Seigneur châtie son peuple, mais le peuple n'a pas l'air de le comprendre. Ceux que les calamités de la guerre n'ont pas encore atteints, se flattent d'y échapper ; et les autres, pleins

*Le révérend D^ Helmuth, anciennement pasteur à Philadelphie. Sa lettre se trouve dans le recueil intitulé ; Hallische Nachrichlen, p. 1367-68.

de fureur, ne pensent qu'à la vengeance. Il y a, dans l'année américaine, beaucoup d'ecclésiastiques qui servent en qualité de chapelains ou même d'officiers. J'en connais deux en particulier, dont l'un est colonel, et l'autre capitaine. Le pays brûle d'un parfait enthousiasme pour la liberté. De la Nouvelle-Angleterre jusque dans la Géorgie, le peuple, sur ce point, n'est qu'un cœur et qu'une âme. S'il est un petit nombre d'individus qui pensent autrement, toujours estil qu'ils n'osent manifester leur opinion. A Philadelphie, les étudiants anglais et allemands, organisés en compagnies, ont endossé l'uniforme et s'exercent au maniement du fusil. Plaise à Dieu qu'on en vienne une fois à combattre pour la liberté spirituelle avec le même zèle et le même ensemble qu'on met à conquérir l'indépendance politique! »

On comprend qu'il fallut du temps pour que les Eglises se remissent quelque peu d'une si effroyable secousse. Toutefois, et par la grâce du Seigneur, nonseulement elles retrouvèrent de la tranquillité dans la paix qui fut donnée au pays, mais encore on peut dire que, depuis cette époque et malgré quelques temps d'arrêt, elles n'ont cessé de croître et de se fortifier dans la vie qui vient de Dieu.

11 n'est pas facile d'évaluer le nombre exact de ministres et d'Eglises qui existaient aux Etats-Unis avant leur séparation d'avec l'Angleterre, mais l'estimation suivante ne doit pas être fort loin de la vérité :

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Eglise épiscopale : 250 ministres (au plus), 300* églises; presbytériens, en 1788: 177 ministres, 419églises; luthériens: 25 ministres, 60^^ églises; réformés allemands : approximativement les mêmes chiffres; réformés hollandais, en 1784: 30 ministres, 82* églises; l'église associée, en 1776, 13 ministres, 20 églises ; moraves : 12 ministres, 8 églises; congrégationalistes: 575 ministres, 700 églises; baptistes, en 1784: 424 ministres, 471^ églises.

Les méthodistes, au moment de la révolution , ne formaient pas un corps à part. Confondus avec l'église épiscopale, aucun de leurs ministres n'avait reçu l'ordination.

Quant aux catholiques romains , suivant le calcul de l'évêque England , le nombre de leurs prêtres ne dépassait pas 26, et leurs congrégations s'élevaient à plus du double.^

D'après les meilleurs renseignements , il ne paraît donc pas que la totalité des ministres de l'Evangile aux

* D'après un grand nombre de documents que nous avons consultés avec soin.

* Hislory of the Presbyterian Church m (he Uniled States, by D'' Hodge, part. II, p. 304.

* D^ Schmucker's Retrospect, etc.

* Voyez l'Esquisse historique sur l'Eglise hollandaise réformée, qui trouvera place ailleurs dans notre ouvrage ( Liv. VI ).

^ yiew of ihe Baplisl Churches in America ( .\merican Quarterly Register, vol. XIII et XIV. )

* Lettre de monseigneur England de Cbarlestown au conseil central de la société pour la propagation de la foi à Lyon, publiée dans les Annales de la Propagation de la foi. Mai 1858, vol. X.

ElîUs-lIiiis s'élevàl, en 1775, au-delà de quatorze mille, el les congrét^alions au-delà de mille huit cent cinquanlc.^ La population des colonies, àcelle époque, était d'environ 3,500,000 individus, dont près de 500,000 étaient esclaves. D'où il suit qu'il y aurait eu un ministre pour 2,500 ànies. On n'y voyait d'ailleurs aucun évoque, ni parmi les catholiques, ni parmi les protestants.

11 s'y trouvait neuf collèges et deux écoles de médecine ; mais il n'existait aucun établissement public où l'on enseignât le droit et la théologie.

Tel fut en gros l'état des choses durant les dix premières années de notre existence nationale.

Dès que le gouvernement central et les gouvernements des Etats eurent pris leur assiette , ce fut avec eux que les églises durent s'entendre. C'est donc le moment d'exposer de quelle manière se rompit le lien

» Voici, mais toujours par approximation, ce qui me paraît le plus exact :

Ministres. Eglises.

Episcopaux 250 300.

Baptistes 350 380.

Congrégationalistes 575 700.

Presbytériens 140 300.

Luthériens 25 60.

Réformés allemands 25 60.

Réformés hollandais .... 25 60.

Associés 13 20.

Moraves 12 8.

Catholiques romains .... 26 52.

qui unissait au pouvoir civil, soil le cougrégalionalisnie dans le nord, soit l'épiscopat dans le sud. Nous dirons quels furent les résultats de cette rupture et quelles sont actuellement les relations des églises avec l'Etat. Mais il est bon de rappeler auparavant les obstacles que LE SYSTÈME voLOîVTAiRE dut nécessairement rencontrer en Amérique, et nous tâcherons de le faire sans trop revenir sur nos pas.

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