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CHAPITRE IV

LE SYSTÈME VOLONTAIRE; DIFFICULTÉS QU'iL RENCONTRA EN AMÉRIQUE.

3° A raison de l'existence de l'esclavage.

L'existence simultanée, et aux mêmes lieux, de la race européenne ou caucasienne et de la race africaine, dans les relations de maîtres et d'esclaves, ne peut que retarder les progrès de la religion. C'est un

poinl qu'admettront sans peine tous ceux qui connaissent quelque peu la nature humaine.

L'esclavage fut, dans tous les temps, une vraie malédiction; et il ne se peut qu'il en soit autrement. Il développe, chez les maîtres, l'orgueil, l'arrogance et l'insensibilité; chez l'esclave, le servilisme, c'est clair, la bassesse, la ruse et la dissolution. De toutes manières, rien n'est plus funeste à la piété.

Il n'entre pas dans mon plan d'exposer tout ce qui lient à l'esclavage aux Etats-Unis, ni son histoire, ni son état actuel, ni son avenir; je veux simplement l'indiquer comme lin des plus grands obstacles au régne de l'Evangile, et par conséquent aux succès du système volontaire.

Voyez d'abord la répugnance qu'éprouvent les esclaves à servir Dieu dans la môme congrégation que leurs maîtres. Cette répugnance est incontestable, et j'en appelle à ceux qui ont vu les choses de près. Elle est telle que, même dans les familles qui les traitent avec le plus de bonté, les esclaves ne se joignent qu'avec peine au culte domestique.

On peut, du reste, se rendre aisément compte de ce fait. Quelque dégradé que soit un homme, et que sa peau soit de couleur blanche ou noire, il y a toujours en lui certain orgueil , ou plutôt certain sentiment de ce qui lui est dû; en sorte que, s'il le peut, il évite tout contact avec les personnes auprès desquelles il occupe une position d'ignoble dépendance, quelque respectables et bienveillantes qu'elles soient. Et voilà pourquoi les nègres des Etats du Sud préfè- I. 17

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rent les églises où l'on ne voit que des gens de leur couleur. Ils lesaiment mieuxaussi parce qu'ils peuvent s'y livrer à une animation bruyante qu'on ne tolérerait pas dans les assemblées des blancs.

Par quelque cause que ce soit , au surplus, le fait existe , et l'on ne saurait douter que cette séparation des noirs d'avec les blancs ne nuise aux intérêts spirituels des uns et des autres. Entre les obligations qu'impose la qualité de maître , ily a celle de pourvoir aux besoins spirituels des esclaves. 11 ne suffit pas pour cela de les laisser aller où bon leur semble, pour entendre le premier prédicateur venu. Cet entier abandon n'est un bonheur que dans les cas^lrop fréquents où le maître lui-même ne prend nul souci de sa propre âme. Toujours est-il qu'il serait bien nécessaire que maîtres et esclaves s'entendissent rappeler leurs devoirs en présence les uns des autres.

Un des plus grands maux de l'esclavage , relativement au sujet qui nous occupe, c'est qu'il crée un état social où il devient extrêmement difficile de pourvoir en suffisance, et d'églises et de pasteurs, toutes les classes de la société, pauvres et riches, esclaves et hommes libres. Représentez-vous ces vastes domaines où des esclaves par centaines sont la propriété de quelques riches citoyens. Une église capable de contenir deux cents personnes suffit aux maîtres et à leurs familles; encore faut-il une circonscription paroissiale assez étendue ; mais, pour réunir leurs esclaves, il s'agit d'avoir un édifice immense. N'est-il pas à craindre que les propriétaires ne se refusent à faire les

frais d'un culte destiné aux seuls habitants de leurs domaines? Ils ont des équipages au moyen desquels ils vont, s'il le faut, chercher le temple loin de chez eux; mais leurs esclaves et, parmi les blancs, la population ouvrière , restent entièrement privés de culte.

Aussi l'on ne saurait douter que , s'il est quelque partie des Etals-Unis oij il y aurait de l'avantage à ce que les frais du culte se fissent au moyen de taxes imposées par la loi , ce sont les comtés du Maryland, de la Virginie et des deux Carolines qui avoisinenl les bords de la mer. C'est là que le système volontaire rencontre incontestablement le plus de difficultés; et toutefois il y a produit des effets qu'on aurait pu croire impossibles, comme je le montrerai plus lard.

Et il était d'autant plus nécessaire d'y faire entendre la prédication de l'Evangile, que cette prédication y trouve plus d'obstacles. Ce n'est, au pied de la lettre , qu'en écoutant la Parole que les esclaves peuvent arriver à la connaissance du salut. Par la plus insensée et la plus inique des législations, il est presque partout défendu d'enseigner la lecture aux esclaves. Sans doute que la loi est souvent éludée. Il y a toujours quelques esclaves qui parviennent à savoir lire et qui s'enseignent les uns les autres en cachette. Il n'en est pas moins vrai que la grande masse de celle population malheureuse ne peut s'instruire des choses de Dieu que par un enseignement oral. La législature d'aucun Elat du moins n'a défendu de prêcher l'Evangile à ceux que retiennent les chaînes

de l'esclavage, cl il en est parmi eux des milliers qui ne l'ont pas entendu en vain.

Je dirai, pour terminer et comme renseignement, que l'esclavage existe dans treize Etats et dans un territoire; c'est la moitié méridionale de l'Union. Ces Etats sont le Delaware, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord et celle du Sud, la Géorgie, le Kentucky , le Tennessee , le Missouri , l'Arkansas , la Louisiane, le Mississipi et l'Alabama; le territoire à esclaves est celui de la Floride.

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